Citroën et moi

ICCCR 2008

  • CIMG2349
    4 ans déjà...oui, 4 ans ont passé depuis le dernier ICCCR d'interlaken (Suisse). Derrière ce nom barbare se cache le plus grand rassemblement de collectionneurs et adorateurs de la marque aux Chevrons. Un grand shoot Citroën où l'on croise des engins de toutes sortes, des hommes et femmes (si, si, il y en a aussi) venus pour certains de très loin, Etats-Unis, Australie, Europe de l'Est, Danemark, et pour les autres de France, Pays-Bas, Allemagne et Italie, les quatre grands pays où l'on rencontre le plus de collectionneurs de Citroën. Cette année, c'est donc près de Rome, en Italie, que se déroule cet événement tant attendu...

Traversée de Paris - Janvier 2008

  • 13 - Julien sur le Tricycle Benz : teuf, teuf, teuf...
    Quelques photos choisies de la Traversée de Paris 2008, organisée par Vincennes en Anciennes. Une très belle manifestation qui nous a permis de redécouvrir la Capitale en Ancienne : succès garanti, comme le montre l'affluence record (340 participants inscrits ainsi que beaucoup d'autres...), ainsi que la foule venue admirer les machines au Trocadéro. Et en plus, le soleil était de la partie...

Rallye Vacances 65 : de Paris à Vienne (partie 1)

  • 16 - L'Hôtel des 500 bornes
    Ca y est. après tant d'attente, nous sommes enfin arrivés au jour J, le 8 juillet, départ du Rallye "Vacances 65" organisé par Thierry Dubois. Ce n'est pas un rallye comme les autres : ici, pas de chronométrage ni de moyenne imposés : juste un road book indicatif et des points de rassemblement. Le but est de se retrouver, de partager, de revivre un âge d'or disparu, de sortir du quotidien, du présent, pour se retrouver, une fois n'est pas coutume, dans les illusions de la nostalgie. Eric, un des participants du Rallye travaillant, comme moi, pour un constructeur automobile, a écrit cette définition parfaite de la nostalgie : "La nostalgie, c'est comme un bain chaud. Elle dégage un sentiment de bien-être et permet de se soustraire à la réalité froide de tous les jours. N'est-ce pas qu'autrefois tout était mieux, plus paisible, plus doux, plus vrai ? Ou n'est-ce qu'une illusion, puisque, pour demain, aujourd'hui est déjà le passé"... Je vous invite à découvrir quelques photos de cette semaine inoubliable. Je vous invite aussi à lire ma note "Vacances 65", qui évoque ce Rallye en mélangeant le réel et l'imaginaire...Bonne route !

Rallye Vacances 65 : de Vienne à Grasse (partie 2)

  • 16 - L'Esterel
    Suite du Rallye. Nous repartons de Vienne pour la deuxième partie du voyage, sur la N7. En dehors de quelques traversées d'agglomérations devenues difficiles, la N7 reste une très belle route au Sud de Valence. De longues lignes droites paisibles au son des cigales et abrités par les platanes aux traversées de villages beaucoup moins difficile qu'à l'époque, la route est un vrai régal et passe presque trop vite. Nous nous retrouvons toujours avec plaisir aux points de rassemblement pour échanger nos impressions. Nous avons connu très peu d'incidents mécaniques, preuve que nos voitures sont en forme...et ont été bien préparées. En route pour la suite du voyage...

Rallye Vacances 65 : de Grasse à Menton (partie 3)

  • 11 - Chez Thierry
    La fin du voyage approche, nous voici sur la Côte d'Azur. Le temps est magnifique, les payasages grandioses...mais la circulation se densifie. Nous nous arrêtons au poste frontière de Menton, étape ultime, et nous passons et repassons devant des douaniers médusés qui n'avaient certainement pas vu cela depuis le Corniaud. Nous finirons ensuite par rejoindre Saint-Paul de Vence, avec un rassemblement sur la place principale qui nous vaudra une affluence record de touristes qui feront crépiter leurs appareils photos... A dans deux ans....

La Route Nationale 7 en DS 19

  • 14
    Au départ, il y avait une vraie raison qui m'a décidé à entreprendre un périple de près de 1.000 kilomètres jusqu'à Castellane. En effet, j'avais demandé à mon ami Henri Fradet de bien vouloir se pencher sur l'allumage de ma DS 19 qui commençait à donner des signes de faiblesse. Seul hic, il fallait descendre en voiture à Castellane avec la dite DS, en risquant de tomber en panne. Qu'à cela ne tienne, j'ai fait réparer l'allumage à Paris...et je suis quand même descendu à Castellane au volant de ma DS 19 en compagnie de Thierry, dont vous connaissez tous le site internet passionnant sur les Nationales 6 et 7. Nous partîmes à 6h00 du matin, et ce fut un moment extraordinaire de revivre avec cette DS 19 qui fonctionnait à merveille la descente de la Nationale 7 jusqu'à l'Esterel, puis la montée de la Route Napoléon jusqu'à Castellane. Il nous a fallu deux jours pour accomplir ce périple, et nous n'avons vraiment pas trainé ! Que de belles images récoltées le long de ces routes de légende...je vous en ai sélectionné 14, dont certaines passées en sépia nous replongent 40 ans en arrière...En route...!

Tour de France (décembre 05)

  • 4
    Quelques semaines de break m'ont permis de réaliser un vieux rève : celui d'effectuer un tour de France presque sans contraintes horaires, afin de rencontrer des amis, m'arrêter devant un paysage ou dans un village, flâner, admirer... Un voyage au fil des autoroutes et nationales, agrémenté d'un temps d'hiver magnifique. C'est ce voyage qu'évoquent ces quelques photos...

L'incroyable Musée Citroën d'Henri Fradet

  • 13
    Henri Fradet a mis 25 ans à rassembler une collection fabuleuse de Citroën de l'immédiat après-guerre à 1975. Les véhicules qu'il a trouvés se caractérisent par un état de conservation exceptionnel, avec pour la plupart quelques milliers de kilomètres, elle n'ont subi aucune restauration et sont toutes en état de marche. La visite de ce Musée, situé dans un cadre magnifique à Castellane vaut le voyage. En voici un (court) aperçu...

Jubilée DS 2005

  • Le défilé
    Un moment exceptionnel et inoubliable: le jubilée DS qui a eu lieu du 6 au 9 octobre a tenu ses promesses : nombre et variété de voitures présentes, animations, boutiques, expositions : il était impossible de s'ennuyer et ce week end passa trop vite. Voici quelques photos pour le souvenir ...en attendant le prochain jubilé en 2055 ?!!!

Sortie Idéale DS : l'expo Bertoni

  • 12 L'expo
    Le 21 mai dernier, je participais à une sortie émouvante à Sceaux, avec mon Club Idéale DS, sur les traces de Bertoni (voir la note qui lui est consacrée). Le rendez-vous au Parc de Sceaux nous permit d'admirer de nombreuses créations du styliste génial de Citroën qui accompagna les 30 plus belles années de la marque, avec les Traction Avant, 2 CV, DS et Ami 6. Vous pourrez admirer quelques photos des Citroën présentes à cette sortie, sa maison, l'endroit où il est enterré, ainsi 2 visuels de l'expo fort intéressante...Bonne visite.

L' ICCCR 2004

  • P8150344
    Août 2004 : le rassemblement mondial des citroënistes se tient à Interlaken, en Suisse, sur un magnifique sîte, un aérodrome au milieu des montagnes. 3 jours (seulement) pour découvrir des milliers de citroën de tous types, de toutes versions, de la plus ancienne à la plus récente...Ce fut un moment de bonheur intense, qui a lieu malheureusement tous les trois ou 4 ans...Il semblerait que le prochain se déroule en Italie...

L'Âge d'Or Monthléry 2004 : l'album souvenir

  • P6200098
    2004 fut la dernière édition de l'Âge d'Or à Monthléry. C'est avec beaucoup d'émotion que j'y ai fait mes dernières photos de cet événement unique organisé sur un circuit mythique qui a accompagné l'aventure automobile tout au long du XXème siècle. L'Âge d'Or est a présent organisé sur le circuit de Dijon, et y connaîtra, je l'espère, le même succès. Mais la magie de Monthléry a quant à elle vraissemblablement disparu à jamais...

Visite au conservatoire citroën

  • P2180043
    La visite du conservatoire Citroën fut un privilège (ce n'est pas un musée) et un moment jubilatoire pour le passionné que je suis. Le conservatoire a vu le jour il y a quelques années seulement lorsque J-M Folz, nouveau PDG du groupe demanda à voir le patrimoine Citroën et qu'on le traîna dans de sombres sous-sols pour lui montrer quelques véhicules pleins de poussière : personne ne prenait soin jusqu'alors de s'occuper de la "mémoire" de Citroën. C'est désormais chose faite et Citroën reconstitue petit à petit toute sa gamme avec des véhicules en parfaite condition ou restaurés, et y ajoute systématiquement toutes les nouvelles productions sorties de chaîne. Il est également possible de demander un certificat d'authenticité pour son véhicule, étant donné que le conservatoire a recueilli tous les registres de production...Si vous avez la chance de pouvoir visiter cet endroit, allez y, c'est magique...

Mon garage actuel : Ami 6 berline 1963

  • 14
    L'Ami 6 blanc carrare de 1963 trouvée l'été dernier a enfin rejouit mon garage, après une longue remise en route. Avec ses 50.000 kilomètres d'origine, son entretien scrupuleux et son historique limpide (1 seul propriétaire), elle est dans un magnifique état d'origine, sans aucune corrosion. La remise en route ne concerna donc que la mécanique et les freins, et vous avez pu en suivre les différentes étapes sur mon site. Elle roule enfin, et plutôt bien ! Voic quelques photos permettant de se faire une idée de cette voitures au style unique !

Mon garage actuel : DS 19 1958

  • 4 Ma DS 1958
    C'est le tout premier modèle de DS, la conduire est une expérience unique et la regarder, un enchantement...

Mon garage actuel : GS Club Convertisseur 1973

  • 9 - Sur l'autoroute A10...
    Voilà un achat qui n'étonnera pas les lecteurs assidus de Citropersoboulot. J'ai en effet écrit le 19 janvier dernier un article intitulé "Ah non, pas une GS !", dans lequel je faisait part de mon intérêt pour le modèle. Et là, surprise, je trouve la GS de mes rèves moins d'un mois plus tard. C'est encore une belle histoire : une GS 1220 Club de décembre 73, avec l'option boïte à convertisseur, seulement 73.000 km d'origine, 1ère main, jamais repeinte et dans un état absolument incroyable de fraicheur. Je dois cette trouvaille à mon ami Damien qui a effectué une très efficace veille des parutions d'annonces. Je roule donc depuis quelques jours en GS, et je peux vous dire que les 500 premiers kilomètres m'ont confirmé ses très grandes qualités : moteur, confort, tenue de route, freinage, et un look...décalé.

Celles que j'ai eues : Ami 6 break club 1968

  • 6
    Après la berline de 63, voici un break club de 1968 qui rejoint mon Garage. Cette voiture a été restaurée par son ancien propriétaire qui l'a conservée plus de 25 ans. Elle a donc un historique limpide et son état est remarquable, et pour cause : la famille qui me l'a vendue compte un ancien agent Citroën et un carrossier toujours en activité qui a restauré toute la carrosserie, en y passant, m'a t'il dit, un temps sans commune mesure avec la valeur de la voiture. Le moteur, un échange standard Citroën de seulement 40.000 km, vient d'être révisé, la segmentation est neuve, ainsi que l'allumage. La boîte a été également ouverte. J'y ai mis un intérieur d'Ami 6 break en skaï d'époque, qui présente beaucoup mieux que l'intérieur d'origine fatigué : bref, elle est prête à me rendre de bons et loyaux services : Elle me sert le week-end, et je n'hésite pas à l'utiliser, car elle ne correspond pas aux standards de mes véhicules d'origine tout en étant en très bon état de marche et de présentation : je voulais une ancienne pour le quotidien, afin de l'utiliser sans étât d'âme : la voici !

Celles que j'ai eues : Citroën DS 23 i.e.

  • 1 ma Citroën DS 23 i.e.
    La déesse de la route. Quel symbole ! La Citroën DS 23, ultime évolution de l'espèce vous attend...

Celles que j'ai eues : Dyane 4 1968

  • P1010088
    Pas très sexy, une Dyane 4...pas très rapide non plus d'ailleurs. Mais beaucoup de charme dans cette couleur et surtout dans cet état que l'on peut qualifier de concours. C'est Philippe Losson qui me l'a vendue : j'étais allé le voir pour lui dire bonjour...et je suis reparti avec cette auto qui n'avait que 40.000 km d'origine. Je regrette aujourd'hui de l'avoir vendue trop vite : avec son toit en toile découvrable, elle était très agréable en été. Je m'en suis séparé sur un coup de tête car je ne savais pas où la garer. J'aurais certainement dû y penser avant me direz vous...la prochaine fois, je prends un parking, promis !

Celles que j'ai eues : Citroën Traction Avant 1954

  • Ma traction avant
    Voici quelques photos de ma Traction Avant 11 BL 1954. Bienvenue à bord...

Sortie de grange

  • Nouvelle sortie de grange d'un lecteur : DS Pallas 73
    Cet album est le vôtre : j'y publierai les photos de vos "sorties de granges" ou épaves retrouvées...

Mes liens : Automobiles d'autrefois

  • Une mémoire pour l'autodrome
    Un site dédié à la sauvegarde de l'autodrome de Monthléry, lieu d'histoire et de mémoire de l'automobile. Nombreux articles intéressants et infos importantes en provenance de l'exploitant des lieux, l'UTAC.
  • Le garage de Thierry Dubois
    Thierry Dubois a créé ce blog consacré à ses autos, leur histoire, leur restauration...intéressant et bien écrit, comme toujours, cher Thierry...
  • Autos International, le site de l'automobile de collection
    Le site partenaire de LVA, l'autre grande revue sur la voiture ancienne. Très nombreuses annonces.
  • Les panneaux Michelin
    L'histoire des panneaux Michelin qui peuplent nos routes françaises depuis les années 20.
  • Road Movie
    Un site superbe sur le patrimoine routier et urbain avec de nombreuses photos de publicités murales, commerces anciens, publicités dans le métro. Un plongeon dans le passé !
  • Le site du magazine Gazoline
    Le site du magazine phare de la voiture ancienne. Beaucoup d'informations.
  • Nationale 6 et 7
    Le site de Thierry Dubois sur la Nationale 6 et 7. Pour les nostalgiques des années 50-70, lorsque l'autoroute n'éxistait pas encore...Un site superbe régulièrement remis à jour.

Mes liens : petites annonces

  • Où trouver les plus belles DS...
    Philippe Losson est devenu un ami. Il parcours les routes toutes l'année à la recherche des plus belles Citroën. J'y ai acheté plusieurs voitures et je ne peux que recommander son sérieux et son professionnalisme. En plus, il est à Tournus, sur la RN 6...destination idéale pour le week end...
  • Novaweb
    Un annuaire de nombreux sites de négociants d'anciennes affilés. A découvrir...
  • Anciennes de France
    Un bon site de petites annonces d'anciennes. On peut y faire des afaires...

Mes liens : pages Citroën

  • Le site de la GS
    La GS ? Quelle idée ! Longtemps délaissée par les collectionneurs pour son image ringarde et sa fabrication "biodégradable", la GS qui fut un temps le modèle le plus vendu en France se fait de plus en plus rare. Raison de plus pour redécouvrir le modèle, première incursion de Citroën dans la catégorie des voitures "moyennes", mais authentique Citroën par ses solutions techniques et ses qualités dynamiques...ce site fort bien fait comporte une mine d'informations et des petites annonces pour trouver la GS de vos rèves...
  • Le site du Club Idéale DS France
    Voici le nouveau site de mon Club DS...
  • Les Citroën en Asie
    Voici un thème peu commun : les Citroën en Asie. Pierre habite en Asie et sa passion pour Citroën l'a incité à faire un site très intéressant sur les DS présentes dans ces contrées lointaines : Japon, mais aussi Birmanie ou encore Cambodge. Très complet, ce site intéressant nous apprend que là aussi, des passionnés de DS existent et circulent même parfois en DS, ce qui est autrement plus difficile que chez nous, ne serait-ce que pour l'entretien. Les DS en Asie? voici un bon sujet d'article pour votre serviteur. En attendant, allez voir sur ce site qui mérite une visite...
  • Garage Crescia
    Un spécialiste renommé qui restaure toutes les Citroën et en particulier les Chapron, avec une qualité exceptionnelle. Egalement un Musée Citroën à visiter sur RV.
  • Pièces détachées DS
    Un spécialiste de la pièce DS qui propose de télécharger un catalogue très complet.
  • Génération CX
    La CX revient ! N'en déplaise à certains, c'est une vraie Citroën dotée de qualités routières rares. Ce site est le meilleur consacré à ce modèle.
  • Les carrosseries spéciales Traction Avant
    Très beau site sur les carrosseries spéciales (coupés, cabriolets et autres) de la Traction Avant.
  • La Traction universelle
    Le site sympathique du club Traction le plus important en France.
  • SM Passion
    Un site très complet avec historique, anecdotes et petites annonces sur une autre citroën mythique, la SM.
  • Le nuancier de la DS
    Un site remarquable qui recense toutes les couleurs des DS. Indispensable pour les collectionneurs en quête d'origine et intéressant pour les autres.
  • Le site d'Idéale DS
    Le site de mon club...où je retrouve avec plaisir de très nombreux passionnés et de belles voitures...
  • Le site qui recense tous les sites sur Citroën
    Un site qui regroupe l'essentiel des sites existants sur Citroën...
  • Un site sur la SM et un nom qui lui est associé : Régembeau
    Un site qui regorge d'informations sur cette Citroën fabuleuse, la SM.
  • Nuancier DS-ID
    Pour tout savoir sur les couleurs des DS et ID...Une mine d'informations utiles
  • Site sur Paul Mages
    Un site intéressant sur Paul Magès, père de l'hydrlique Citroën et inventeur de génie.
  • Site sur la marque Citroën
    Un site dédié à Citroën avec l'actualité de la marque actuelle et ancienne.
  • L'expo Bertoni
    Un site complet sur ce génie qui contribua à la conception des 3 modèles les plus mythiques de Citroën : Traction, 2 CV, DS mais qui dessina également l'Ami 6...
  • Passion citroên
    Un site très très complet sur la passion vouée par de nombreux amateurs à la marque citroën, nombreuses rubriques, petites annonces, liens, trombinoscope etc...
  • Un site qui a de l'ID...
    Beau site très complet d'un possesseur d'une ID de 68.
  • Citrothello
    Un site remarquable sur une collection Citroën d'exception, et beaucoup de photos de restauration. Nombreux liens intéressants.

Ma bibliothèque

Blog powered by TypePad

Traction Avant Type "22" : la plus mystérieuse des Citroën...

TA_22cvLa "22" occupe une place très particulière dans le coeur de tous les citroënistes. En effet, il s'agit sans aucun doute de la Citroën la plus mystérieuse, la plus mythique également, car c'est celle dont tout le monde parle mais que personne n'a vue depuis sa présentation au Salon de Paris 1934. La quête de la "22" s'apparente donc à la recherche d'un véritable Graal pour les Chevronnés les plus passionnés. Tout ou presque a été dit ou écrit à propos de la "22" et à force, il est difficile de faire le tri entre information véritable et fable tant ce modèle a fait couler d'encre. Je recommande d'ailleurs à ceux que le sujet intéresse la lecture de l'ouvrage le plus complet, celui signé Fabien Sabates et Hervé Laronde, "La 22, enquête sur une mystérieuse Citroën", aux Editions Rétroviseur, malheureusement épuisé. Il se dévore comme une véritable investigation policière, avec ses preuves irréfutables, ses témoignages plus ou moins crédibles, ses polémiques et ses inévitables fausses pistes.

Pourquoi la "22" est-elle si mystérieuse ? Qu'a-t-elle de si spécial ? De nombreux prototypes développés dans le secret des bureaux d'études sont pour certains beaucoup plus innovants techniquement et beaucoup plus secrets. Pourtant, ils ont disparu à jamais sans que personne ne décide de s'y intéresser particulièrement. Mais la "22" continue à fasciner et sa quête semble ne jamais devoir s'arrêter, pourquoi ?

1. Le porte-drapeau de la gamme Traction Avant

Doc_TA_9_351934. Alors que la crise économique mondiale a touché la France tardivement mais profondément, Citroën décide de frapper un grand coup, espérant marquer à nouveau les esprits, démoder la concurrence et faire tourner son usine de Javel, entièrement modernisée à grands frais en 1933. Il demande à son équipe de choc de l'époque de développer un modèle révolutionnaire en moins de 18 mois. André Lefebvre, tout juste embauché en 1933 se met au travail, avec entre autres talents, Sainturat qui conçoit le moteur et Bertoni qui s'attèle au style. Et la nouvelle "Traction Avant" est présentée en avant-première aux principaux concessionnaires de la marque dès le 24 mars 1934. Un record !

Effectivement, la "bombe" Citroën démode tout ce qui roule. Elle devait avoir deux ans d'avance sur sa concurrence, mais elle en avait en fait beaucoup plus, avec sa carrosserie monocoque, sa transmission par cardans aux roues avant, ses freins hydrauliques, sa tenue de route extraordinaire et son grand confort. Et quelle ligne ! Malheureusement, un manque de mise au point se fait sentir comme souvent chez Citroën. La caisse n'est pas assez rigide, les joints de cardans Repza ne sont pas au point et doivent être remplacés en catastrophe par des joints Glaenzer, le moteur, par ailleurs excellent, chauffe, les suspensions ont tendance à s'affaisser, la boîte est fragile. Les premiers acheteurs essuient de nombreux déboires, et le Bureau d'Etudes continue à mettre au point la voiture alors que les livraisons ont débuté. Citroën, pressé par ses créanciers et faisant face à une situation financière de plus en plus périlleuse presse ses concessionnaires de commander leurs voitures, afin de faire rentrer du cash...tout ceci ressemble à une fuite en avant, un dernier coup de poker de la part d'un homme qui aimait tant jouer au casino...

Salon_34_22Le Salon 34 est l'occasion d'une démonstration de force de la part de Citroën. Il n'expose pas moins de 12 modèles de Traction, dont l'inédite 22, avec son moteur 8 cylindres, et la promesse de rouler à la vitesse vertigineuse de 140 km/h...La 22 doit devenir le porte-drapeau de la gamme Traction, à la fois moderne, issue de la grande série mais très exclusive. Citroën, toujours fasciné par les Etats-Unis et son mentor d'outre-Atlantique, Henri Ford, souhaite concurrencer sur leur propre terrain les Ford à moteur V8. La 22 doit permettre à l"élève de dépasser le maître... 

2. Un modèle à peine abouti

TA_22_berlineCitroën souhaite aller vite, trop vite. La 22 ressemble aussi à un coup de poker. Personne ne sait que est le degré d'aboutissement du moteur V8 maison qui cube donc très exactement 3.822 cm3, soit deux fois les 1.911 cm3 du 4 cylindres dont il est étroitement dérivé (mêmes cylindres de 78x100, mêmes pistons). Les trois modèles (Limousine, Roadster et Berline) présentés au Salon de 34 ont des capots scellés, mais possèdent vraisemblablement des moteurs factices, puisque certaines photos montrent la limousine capot ouvert, et que le moteur du Roadster a également été vu. Qu'en est-il du reste du véhicule ? Boîte de vitesses, trains roulants, etc..L'homologation semble avoir également été effectuée dans l'urgence, le 5 octobre 1934, soit le lendemain de l'ouverture du Salon. Certains ont essayé la voiture, et il semble acquis que cette dernière manquait de mise au point, et ce d'autant plus que les modèles déjà sortis comme la 7 et la 11 souffraient de nombreux défauts de jeunesse.

Pourtant, la 22 fascine. Et pour cause, elle allait disparaître aussi rapidement qu'elle était apparue, laissant derrière elle de nombreux mystères jamais élucidés. Car la particularité de la 22 CV est d'avoir réellement existé, pendant quelques semaines, ce qui est un fait assez unique dans l'histoire de l'automobile. Il y eut en effet quelques véhicules produits, essayés pas des journalistes et des clients, et peut-être même vendus. La 22 a été vue sur plusieurs Salons, celui de Paris, mais aussi Bruxelles, peut-être à Varsovie. Elle a été exposée dans le hall des Champs-Elysées, mais aussi Rue de l'Europe et certainement à l'Opéra. Certaines auraient même été prêtées à des concessionnaires. Des documentations ont été distribuées, de nombreuses publicités en ont fait mention...bref, la 22 fut, pendant un bref instant, l'événement dont tout le monde parlait...

3. Le naufrage et la disparition

Les usines CitroenNous sommes fin octobre 1934. Le Salon de l'Auto a fermé ses portes. L'euphorie de façade qui avait régné sur le stand Citroën a laissé place à une terrible réalité. Citroën ne peut plus faire face à ses traites, et pour la première fois, André Citroën se résigne à admettre que cette fois, la situation était désespérée. Les tentatives nombreuses de renflouement et de renégociation des dettes de l'entreprise n'ont rien donné. En janvier 1935, André Citroën est chassé de l'entreprise qu'il a créée par le Conseil d'administration. Le principal créancier, Michelin, reprend les rênes, mais le "Patron", rongé par l'échec d'une vie, disparaîtra des suites d'un cancer de l'estomac 6 mois plus tard. Il lui aura manqué quelques mois pour voir le succès de son modèle, celui sur lequel il a tout misé et tout perdu, la Traction Avant...

La reprise en main par les Michelin signera l'arrêt de mort de la 22. En aurait-t-il pu être autrement ? On peut en douter. La priorité pour les Michelin était de fiabiliser la Traction et de mettre en place un sévère plan d'austérité pour stopper l'hémorragie. Dans ce contexte particulier, la "22" était tout sauf un véhicule vital pour l'entreprise. Loin d'être au point, chère à fabriquer, ne représentant que de faibles volumes, elle n'était encore qu'un porte-drapeau virtuel pour la gamme Traction avant, et son arrêt n'aura de conséquences graves ni pour l'image de la Traction avant, et encore moins pour l'entreprise.

Et la "22" disparut donc du jour au lendemain. Certainement considérée comme un symbole gênant du passé un peu trop flamboyant et tumultueux de l'entreprise, toutes ses traces furent méthodiquement effacées, à commencer par les modèles restants, reconditionnés en 11, les plans remisés, les pièces ferraillées, rien ne devait rappeler ce modèle mort né devenu trop encombrant. Et c'est précisément cette volonté de faire "disparaître" tout ce qui avait de près ou de loin un rapport avec la 22 qui allait indirectement être à l'origine du "mythe"...

4. La quête

Doc_22_1Rares sont les passionnés de la marque aux Chevrons a n'avoir pas rêvé secrètement de retrouver au fond d'une grange ou d'un garage une authentique "22" cachée ou oubliée depuis des dizaines d'années...la 22 est en effet devenue un véritable Graal pour beaucoup et le fait de trouver un document, un objet, une preuve de l'existence de la 22 procure un sentiment qui ne doit pas être très éloigné de celui d'un archéologue qui ferait une découverte au coeur de la Vallée des Rois.

Pour ma part, j'ai eu la chance de trouver deux documents certes modestes mais malgré tout assez jubilatoires...il s'agit d'une part d'une brochure présentant la gamme Traction Avant 7-11-22, et d'autre part d'un Tarif client datant d'Octobre 34 et qui comprend le fameux modèle. Ces documents sont rares sans être introuvables. Ma quête personnelle ne s'arrêtera pas là...Certains collectionneurs possèdent des trésors beaucoup plus précieux, voire totalement inaccessibles...ainsi, un certain Lucien Loreille a mis la main par hasard sur ce qui semble Tarif_22être la seule pièce spécifique de 22 jamais trouvée : un entourage de phare très caractéristique, un autre a retrouvé la pancarte de présentation du modèle au Salon de l'Auto 1934...Il existe également de très rares et luxueuses brochures et de nombreux articles dans les journaux de l'époque...autant de témoignages qui rendent le mythe un peu plus réel, presque palpable. Reste à trouver un exemplaire du modèle, une 22, une vraie...est-ce possible? Peut-être. Est-ce souhaitable ? Peut-être pas...pour que le mythe demeure...

Crédit photographique : www.parisenimages.fr

A lire absolument sur le même thème : La Citroën Traction Avant de mon Père, par Yves Buffetaud et Antoine Demetz, Editions E.T.A.I. (voir également Ma Bibliothèque)

1960-1970 : le mythe automobile dépassé par sa réalité

Nous sommes au début des années 60. Tout va bien pour l'automobile qui va connaître pendant encore plus de 10 années un contexte économique favorable, et qui, rétrospectivement, atteindra un véritable âge d'or avant que les nuages s'accumulent...

Beaucoup estiment que l'âge d'or de l'automobile se termina brutalement en 1973, avec la première crise pétrolière...Je considère pour ma part que les premières fissures du mythe automobile sont à rechercher beaucoup plus tôt, au milieu des années 60. La crise de 73 n'a été que l'étincelle qui a tout embrasé, mais les prémices de la rupture entre l'automobile "fin en soi" et la société apparaissent dès le milieu des années 60 . La lecture de divers ouvrages et de la presse des années 60-70 s'est révélée à ce sujet particulièrement instructive et m'a donné une impression d'ensemble assez cohérente malgré la diversité des sujets traités, tel un effet visuel consistant à assembler des dizaines de photos différentes pour faire apparaître une seule image...

1. Années 50 : la voiture "fin en soi".

Ainsi, malgré la persistance du mythe associé à l'automobile tout au long des années 50 et 60, nous sommes imperceptiblement passés en 10-15 ans d'une vision de la voiture "fin en soi" à une vision "moyen de déplacement".

Après 10 années de privations générées par le conflit de 39-45Les années 50 l'auto reine Les années 50 peuvent être caractérisées comme celles de l'euphorie automobile. La liberté retrouvée est très vite symbolisée par la liberté de circuler d'une part (voir note "Vers la route libre"), et par la frénésie de consommer d'autre part : l'automobile est dans ce contexte un pilier psychologique et matériel de l'après-guerre. Elle a toutes les vertus, elle symbolise au delà de tout autre bien matériel la réussite et l'affirmation de soi. Il faut avoir une automobile pour "être quelqu'un", pour exister, à tel point qu'on mentionne à l'époque des cas d'extrême détresse, en particulier dans les milieux modestes et ouvriers, où certains n'ont même plus de quoi nourrir leur famille, ayant fait l'acquisition, à crédit, d'une voiture flambant neuve. Cette dernière est souvent garée au pied de son immeuble et peu utilisée. Georges de Caune pointe du doigt ce phénomène dans un livre satyrique paru à la fin des années 60 (Histoires d'O'tomobiles) : "Qu'on le veuille ou non, c'est là la question. En avoir ou pas, tout est là. Une voiture, naturellement, et non une paire de je ne sais quoi au juste, étant donné qu'aux jours de notre temps, ne pas posséder de voitures est un déshonneur [...]. La voiture ou bagnole comme disent les puristes autotractés, c'est le signe extérieur qui classe l'individu affirme sa dignité et confirme sa personnalité, quitte pour le mieux établir, à se priver du nécessaire suffisant et à ne se nourrir que de sandwiches à air comprimé pour pouvoir se payer 2 ou 3 litres d'essence [...]."

L'apparition des "zones bleues" et du stationnement réglementé n'avaient d'ailleurs pas d'autre but que de mettre fin à ce phénomène qui paralysait petit à petit les grandes villes : la présence d'un nombre toujours plus important de véhicules garés en bas des immeubles, sur la voie publique et qui ne bougeaient que rarement...il était en effet peu fréquent d'utiliser sa voiture tous les jours à cette époque, mais essentiel, comme indiqué plus haut, d'en posséder une : c'est bien l'époque de l'automobile "fin en soi", l'automobile "moyen de transport" venant en second dans l'ordre des priorités.

Les années 50 sont pleines de témoignages attachants de cette vision particulière de l'automobile. On trouve en effet de nombreux ouvrages "populaires" sur l'art de la conduite (rapide, il va de soi...), sur la route, ou même des recueils d'anecdotes plus ou moins drôles uniquement relatives à l'automobile. Vous en trouverez quelques exemples en illustration de cet article.

Le culte de l'auto porte pourtant déjà à cette époque sa part d'ombre, en particulier la hausse du nombre d'accidents graves. On constate certes de timides tentatives de l'administration : premières opérations "sécurité routière" sur le bord des routes, leçons de prévention routière à l'école, premiers avertissements sur les méfaits de l'alcool au volant...malgré cela, l'accident est pendant ces années d'insouciance considéré comme un risque inhérent à la route, une fatalité face à laquelle on ne peut rien faire, forcément imputable à une erreur individuelle et non à un problème de comportement collectif...l'accident fait partie du voyage, les morts sur la route, stars ou anonymes, sont regrettables mais inévitables...on peut même lire que ces dernières sont finalement marginales par rapport au nombre de personnes décédées suite aux ...maladies !

2. Années 60 : le mythe automobile dépassé par sa réalité.

L'imaginaire de la vitesse Au début des années 60, le mythe automobile connaît un pic. Le culte de la vitesse est général et touche tous les moyens de transport...on imagine que la hausse des vitesses moyennes sera vertigineuse, en avion, en train, en voiture, en fusée, etc...De très nombreux ouvrages sur la vitesse destinés aux enfants entretiennent cet imaginaire, alors que les adultes travaillent quant à eux d'arrache pied sur la Grande Vitesse, en avion (Concorde), en train (Aérotrain Bertin, TGV), ou en auto (Citroën SM...). 

Le sport automobile montre la voie...bientôt, la puissance des voitures va connaître une hausse spectaculaire, avec un pic atteint vers 1970, et l'incroyable moyenne de plus de 222 km/h réalisée par une Porsche 917 au Mans 1971. Les voitures de série suivent avec un festival de modèles sportifs flirtant avec les 300 km/h, Lamborghini Miura, Ferrari 250 GT, Aston Martin DB5, tous plus "tendance" les uns que les autres. Malheureusement, la sécurité des routes et des véhicules ne suit pas, et de très loin, cette inflation des performances, et que ce Journal satyrique, début années 60 soit sur circuit ou sur la Nationale 7, la mortalité liée à l'automobile fait de plus en plus parler d'elle. Au début, c'est presque imperceptible : un article de temps en temps, un ouvrage un peu marginal...puis, on assiste progressivement à ce que l'on pourrait appeler une "bipolarisation" du discours. D'un côté, les héritiers de l'auto "fin en soi", fervents défenseurs de l'automobile reine et de son corollaire, la liberté individuelle. De l'autre, la presse grand public, certains pilotes de renom, comme Beltoise, ou certains journalistes spécialisés s'élèvent petit à petit contre le "tout-auto" et ses excès dévastateurs. La société est désormais partagée...et le mythe automobile commence doucement à se fissurer jusqu'à la cassure des années de crise...

Quelques exemples montrent très bien cette évolution profonde de l'attitude face à l'automobile qui, sans perdre de son pouvoir d'attraction, va de plus en plus être considérée comme un moyen que comme une fin en soi...

Match Octobre 62 Paris-Match, 6 octobre 1962, un numéro emblématique. Nous sommes encore en pleine euphorie automobile. la couverture montre une photo de J-P Belmondo, tout sourire, au volant d'une Ferrari 250 GT. Titre : "Jean-Paul Belmondo à 200 à l'heure sur sa Ferrari 250 GT..." Le rêve de vitesse, de liberté cheveux aux vents symbolisé par un acteur en vogue, prescripteur et symbole de l'auto reine...Quelques pages plus loin, le même magazine relate l'accident de deux jeunes romanciers, Roger Nimier et Sunsarié de Larcôme, sur l'autoroute de l'Ouest, non loin de Vaucresson. Le journal précise qu'ils roulaient à 200 km/h dans leur Aston Martin...tiens, la même vitesse que le Belmondo de la couverture, à la différence que pour nos pauvres romanciers, l'histoire se termine bien mal.

Légende de l'article : malgré un titre assez dans l'air du temps évoquant le côté "mythique" de leur mort ("Ils ressemblaient aux héros de leurs romans"), le journal, toujours en phase avec son époque, commence à douter : "Ce sont deux morts de plus, deux nouveaux morts de la route. On parle d'eux parce qu'ils sont romanciers. Mais les 8.500 morts sur les routes de France, l'an dernier, n'avaient pas tous une Aston-Martin Rouge. Pourquoi meurt-on en voiture ? Les statistiques s'ajoutent aux statistiques. Peut-être un jour apporteront-elles une réponse."

Les faits dérangent interrogent, mais finalement c'est encore la fatalité qui prédomine...

3. Années 70 : la rupture.

Cela ne durera pas très longtemps. L'éloge de la vitesse et des nouveaux héros des temps modernes va de plus en plus diviser la société. Le discours unanime disparaît et on assiste quelques années plus tard, vers 1968-1969 à un véritable divorce entre l'opinion générale et les défenseurs du tout-auto devenus minoritaires...là aussi, les images parlent : La comparaison entre un Paris Match de mai 69 et un numéro de l'Action Automobile et touristique de juin 69 est là aussi symbolique. D'un côté (Match), des images dont le but est de choquer. Une légende dont le ton a changé en quelques années : "La population totale de Toulouse à l'Hôpital...pas un seul survivant à Lisieux...C'est l'hécatombe. De quoi s'agit-il ? Une épidémie dévastatrice ? Une catastrophe atomique ? Non, plus simplement le fléau des temps paisibles : les accidents de la circulation. [...] Nous avons le devoir de découvrir la vérité, d'ouvrir les yeux, et de chercher le remède, la solution..."

Dans la mouvance de 1968, c'est aussi une révolution automobile qui se prépare...L'état planche déjà sur le sujet...après avoir mis en oeuvre un nécessaire plan de développement des autoroutes et de suppression des "points noirs" meurtriers sur les routes nationales, Pompidou devra, presque malgré lui, car c'est un fervent du "mythe automobile", mettre en place une politique différente, qui AAT fév. 62 commencera par des limitations de vitesses, véritable "choc culturel". L'Action Automobile et Touristique, au même titre que quelques autres ouvrages spécialisés, s'oppose à ces nouvelles mesures et titre : "Limiter la vitesse, la fausse solution". Même si ce courant de pensée existe toujours, et pour longtemps, il n'est plus le courant dominant. L'opinion publique a pris un autre chemin, imperceptiblement, et l'aube des années 70 marque un tournant important. Pour preuve, voici un extrait de "L'automobile Magazine", daté de février 74. La crise est toute récente, et pourtant, on semble convenir que tout a changé depuis déjà quelques années. Titre de l'article : "Essence, vitesse : les constructeurs au pied du mur". Les P-DG de Citroën, Peugeot, Chrysler et Renault répondent. Les nuages sont nombreux sur l'automobile en ce début 74. Hausse du prix de l'essence, limitations de vitesses, baisse du marché, etc...

Question du journal : Ne croyez-vous pas que le mythe automobile vient de subir un coup irréparable ? Celui-ci entraînera-t-il dans votre société un changement radical de la psychologie de la vente ?

Raymond Ravenel, P-DG de Citroën apporte une réponse étonnante de lucidité : "La voiture, symbole social ou sublimation de certaines pulsions est désormais enterrée. En d'autres termes, l'automobile cesse d'être une fin pour ne plus être qu'un moyen. Mais quelle que soit la signification du mot mythe, la voiture demeurera un formidable outil de travail, de liberté et de loisirs."

A la même question, Pierre Dreyfus, P-DG de Renault répond : "Nous avons depuis longtemps considéré chez Renault que l'automobile était essentiellement un moyen de transport, le moyen le plus pratique, le plus efficace, le plus confortable et celui qui assure la plus grande liberté. C'est pourquoi, pour employer un jargon à la mode, nous construisons des voitures "fonctionnelles". Nous sommes plus décidés que jamais à poursuivre dans cette voie."

A une question "choc", les réponses le sont tout autant : Automobile fonctionnelle, moyen de transport, symbole social "enterré", etc... La tonalité du discours a bel et bien changé. De telles paroles, qui plus est dans un journal spécialisé, n'auraient tout simplement pas été possibles 10 ans auparavant. Et ce n'est pas la seule crise pétrolière qui peut expliquer une telle volte-face. C'est bel et bien l'évolution de la société qui transparaît derrière ce réalisme affiché par ces dirigeants de l'industrie automobile française. Certes, l'imaginaire associé à l'automobile va continuer à vivre, mais les problèmes de société engendrés par cette dernière vont apparaître de plus en plus visibles, et aussi de plus en plus intolérables : pollution, sécurité, encombrements, etc...

4. Et demain ?

Et demain L'industrie automobile a toujours su trouver les réponses et a su faire preuve d'une incroyable capacité d'innovation et de créativité pour relever des challenges toujours plus nombreux, toujours plus difficiles. La période actuelle est également une période de rupture et de remise en cause pour l'automobile. Les conditions d'un véritable changement sont réunies : une nouvelle crise économique, une évolution continue des mentalités et de l'opinion vis à vis de l'automobile, une perte progressive de l'imaginaire qui lui était associé, et de plus en plus une opinion perturbée et tiraillée entre la pression commerciale des constructeurs ("achetez mes voitures"), et un message de plus en plus présent dans les médias et chez les leaders d'opinion selon lesquels, schématiquement résumé, "l'automobile, c'est mal". 

Je ne perds pas une occasion d'évoquer ces sujets avec des responsables de l'industrie automobiles que je rencontre parfois. Et si le discours était encore sûr de lui il y a encore 24 mois, il ne l'est plus du tout aujourd'hui. La prospective en matière d'automobile devient un exercice difficile et nécessiterait presque aujourd'hui le recours à une boule de cristal... Le secteur doit se réinventer sans s'autodétruire : c'est un fait établi. Mais comment ? Pour la première fois, les stratégies proposées diffèrent, parfois radicalement, entre les constructeurs. Qui aura raison ? Qui aura tord et disparaîtra ? Attendons la suite, et espérons juste que le rêve automobile sera aussi un rêve de futur, et pas seulement un rêve du passé...

Citroën : retour vers le futur...

C-METISSE Souvenez-vous, en novembre 2005 (note "Citroën et moi"),  je livrais aux lecteurs d' Un volant, 4 roues et un voyage passionnant mes réflexions sur le lien entre les gènes d'une marque et son présent. Dans le cas de Citroën, j'insistais à l'époque sur le fait que ce lien s'était quelque peu distendu pendant les années 80-90 (malgré des succès commerciaux non négligeables), mais que le potentiel de la marque était bien là, prêt à éclore à nouveau si les hommes et femmes à la barre de la marque aujourd'hui en avaient la volonté et y consacraient les moyens nécessaires.

Puis en octobre 2006, je reprends la plume suite à la présentation au Mondial de Paris du C4 Picasso et du Concept car C-Métisse (note "Mais jusqu'où ira Citroën ? "), pour saluer l'impulsion qui est désormais donnée, et qui devait logiquement se poursuivre, garantissant à la marque une véritable renaissance et un succès durable à la hauteur de son passé.

Très honnètement, je n'ai jamais eu depuis les années 2000, période à laquelle j'ai commençé à m'intéresser à la marque aux Chevrons, accès à quelque information confidentielle sur la stratégie produit ou marque décidée à St Ouen ou à Vélizy. Et pourtant, rétrospectivement, tout ce que j'ai espéré, souhaité, et même rêvé, (puisque je ne pouvais en être l'acteur, travaillant moi-même pour un autre constructeur), s'est progressivement réalisé sous l'impulsion d'hommes comme J.-M. Folz, C. Satinet, Vincent Besson, J.-P. Ploué bien sûr, et la direction actuelle de la marque. 

C'est presque amusant de voir l'évolution des mentalités, y compris dans mon environnement personnel et professionnel depuis 2005, date de mon premier article sur Citroën paru sur mon blog. Les commentaires étaient (presque) toujours les mêmes, du type : "Mais pourquoi donc t'intéresses-tu à Citroën ?"  Ou encore : "Ah, oui, tu aimes donc les voitures de vieux !". A l'époque, je leur répondais "Attendez un peu, vous allez voir"...en croisant les doigts.

Début 2006, je prends possession de mon C4 Picasso commandé juste après sa présentation au Mondial de Paris, et là encore les discours restent sceptiques, malgré l'évidente réussite du modèle et la présentation simultanée de la flamboyante "C-Métisse": "Oui, bon, c'est pas mal, ça change, mais on demande à voir..."

Aujourd'hui, c'est une autre histoire : les annonces et présentations se sont enchaînées à un rythme régulier et soutenu depuis 24 mois, avec la C5, la C3 Picasso, les différents prototypes marquants comme le C-Cactus, et plus récemment l' Hypnos et l'extravagant GT by Citroën, l'inauguration du nouveau showroom C-42, le fort réussi stand du Mondial 2008 et enfin la mise en musique de la nouvelle identité de la marque dévoilée cette semaine avec la présentation surprise du concept "DS Inside" qui préfigure les futurs modèles "premium competitifs" de la marque. Les mentalités ont aussi évolué, plus vite que ce que j'imaginais, et ceux qui dénigraient hier se sont mués en ardents défenseurs du double chevron, devenu très tendance ...

Nouveau logo Le renouveau de la marque s'est donc récemment accéleré avec plusieurs annonces importantes, à commencer par la présentation de la toute nouvelle identité, beaucoup plus structurée qu'avant et symbolisée par un nouveau logo plus moderne, un nouveau "claim" de marque" : "Créative Technologie".

Cette nouvelle identité est mise en scène dans une publicité très originale, ne montrant aucun véhicule, et encrant la marque dans son époque. Une approche dépassionnée de l'automobile , consciente de ses problèmes mais responsable, créative et tournée vers l'avenir.

Le travail effectué par le style, le marketing et l'agence sur la charte graphique est cohérent, le blanc très actuel exprimant la transparence et la modernité, le rouge le dynamisme (et aussi le lien avec l'ancien logo...) les tons de gris et la matière du logo symbolisant quant à eux la solidité, la durabilité et le statut.

Web L'image de marque devrait ressortir renforcée de ce dispositif, en particulier la cohérence d'ensemble, qui manquait cruellement jusque là. Reste à faire appliquer avec un nécessaire dirigisme et avec beaucoup de rigueur ce nouveau dispositif, à l'image de ce qu'ont fait certains constructeurs allemands (j'en sais quelque chose...). Cela passe aussi nécessairement par un nouveau concept de Corporate Identity et de Corporate Design pour le réseau. Le nombre de points de vente ne devrait pas simplifier les choses (près de 8.000)...mais la volonté de faire évoluer les mentalités semble bien présente, puique le constructeur se donne 5 ans pour appliquer partout la nouvelle identité visuelle.

Tout ceci est désormais décliné sur tous les supports client, des lettres et mailings à internet, en passant par l'ensemble des "métiers", avec Citroën Racing (anciennement Citroën Sport), Citroën Select (véhicules d'occasion), Citroën Business (vente aux entreprises), etc...

Quant au produit, il n'est pas en reste, comme en témoignent les dernières nouveautés de la marque, bien nées et connaissant pour la plupart un réel succès commercial : Citroën flirte en effet désormais avec les 14.5 % de parts de marché en France, un objectif longtemps espéré dans les années 90 mais jamais durablement atteint, et 6,8% en Europe. Le style des produits est désormais très sûr et moderne, les véhicules sont intelligents, modulables et agréables à vivre, avec des innovations plus "réalistes" qu'avant, mais plus tournées vers les attentes et besoins des clients que ceux des ingénieurs. On espère maintenant de vraies révolutions en matière de motorisations et de conception pour les futurs modèles...

2009_Citroen_DS3_1 Nous attendons également avec une certaine impatience la déclinaison de la future gamme DS, un nom mythique qui a à lui seul généré un buzz assez incroyable cette semaine, chacun y allant de ses hypothèses sur la renaissance du modèle phare de Citroën entre 1955 et 1975. La révélation du Concept DS Inside a calmé les ardeurs des collectionneurs : non, la DS ne sera pas un revival, n'en déplaise aux nostalgiques, mais plutôt une appellation qui désignera les modèles premium, forcément plus créatifs et un brin décalés comme le fut en son temps la ...DS ! La démarche surprend mais constitue une "troisième voie" entre le refus total du passé de Renault et la déclinaison moderne d'un véhicule à succès d'autrefois, comme par exemple la Fiat 500 ou la New Beetle...attendons donc la suite et la présentation des futures DS 3, 4 et 5...

Ouf ! ça fait beaucoup tout ça ! Est-ce enfin terminé ? Non, ça ne fait que commencer...un peu de fraicheur dans un univers automobile assez morose en ce moment, un beau projet d'entreprise et une belle aventure pour une marque qui n'a pas fini de nous étonner...à suivre !

Jean Nicolas. Derrière les portes du Bureau d'Etudes Citroën

Sm1 Fascinantes. Les 4 ou 5 heures que nous avons passées ensemble ont été fascinantes. Le premier contact n'avait pourtant pas été facile. M. Nicolas n'étant pas un homme qui se confie au premier venu. J'ai donc dû expliquer ma démarche, la justifier même...moi qui ne suis ni journaliste, ni écrivain, mais juste amateur de la marque aux chevrons...

Si comme moi vous vous intéressez au destin hors du commun de cette entreprise, alors lisez ce qui va suivre et vous comprendrez pourquoi le témoignage de Jean Nicolas est aussi exceptionnel que captivant. Ce dernier a en effet travaillé de nombreuses années au BEA, le Bureau d'Etudes automobilesCitroën, là où rien ne filtrait, là où le secret absolu était la première règle à respecter. Il a contribué à la naissance de nombreux véhicules, certains connus, comme la SM, d'autres moins, comme les nombreux prototypes ultra secrets qui portent sa patte. Mais le temps a passé. M. Nicolas a pris sa retraite depuis longtemps, et a quitté le BEA devenu DE (Direction des Etudes) depuis plus de 15 ans. Son histoire personnelle est intimement liée à l'histoire de la marque : M. Nicolas est à lui seul un exemple saisissant de cette alchimie qui a caractérisé la maison Citroën pendant ces décennies, un mélange indescriptible de passion créatrice et d'amour de la technique, de rêves un peu fous parfois réalisés, parfois brisés, d'espoirs et de désillusions, de fierté et de modestie, de jours de gloire et d'occasions manquées...

Jean Nicolas n'a jusqu'à présent jamais raconté son histoire, et quelle histoire !...Celle d'un homme qui a gravi un à un les échelons à force de travail et d'abnégation, qui a relevé des défis impossibles, un homme de principes qui n'a jamais accepté le moindre compromis, et qui encore aujourd'hui force le respect par sa connaissance en rien émoussée de la technique automobile, pour laquelle il voue encore aujourd'hui une passion dévorante, malgré ses 73 ans.

Cette interview n'a pas pour ambition de dresser un historique précis de la genèse d'un modèle mais plutôt de mettre en avant, à travers le prisme d'un témoignage,  l'histoire d'hommes (et de quelques femmes) qui ont participé, dans le secret du Bureau d'études, avec passion, obstination et parfois aussi dans la douleur, à l'aventure Citroën. 

Jean Nicolas est l'un de ces "hommes de l'ombre". Faire l'inventaire des projets auxquels il a contribué est difficile, tant ils sont nombreux. Il en évoque pour nous un certain nombre...


Quel parcours vous a amené à rentrer chez Citroën ?

"Je suis né en 1935. J'ai fait l'Ecole Professionnelle de Dessin Industriel, où j'ai suivi une formation en dessin conventionnel, représentation graphique et écriture normalisée, métallurgie, mécanique (statique, dynamique et cinématique), culture générale et comportementale (y compris morale et discipline, si importantes pour un dessinateur qui se doit d'être rigoureux). Je suis rentré en apprentissage chez Citroën rue Ginoux, à la FPAC - formation professionnelle André Citroën - en tôlerie/chaudronnerie, orientation carrosserie. C'était en 1951. J'étais sous la responsabilité de M. Cassiat, responsable de la section tôlerie. S'il fallait que je résume mon cursus, je dirais que je suis un homme de terrain, formé par le terrain. Je me suis auto-formé, en permanence."

J'ai été embauché de manière définitive chez Citroën en 1954, rue Balard, à l'outillage carrosserie. C'est une tradition chez Citroën, on ne se retrouve jamais là où on imaginait être. Ainsi, au lieu de pratiquer la réalisation de pièces et de moyens de structure et de carrosserie au service méthodes/prototypes, ma double formation, mes résultats de formation et la demande du secteur outillage carrosserie m'ont conduit au traçage, service tremplin à condition de savoir "nager" et d'être ainsi repéré afin de "faire surface"...

A l'époque, le traçage consistait dans un premier temps à faire le relevé, à l'aide d'un portique, d'un modèle en plâtre d'une automobile, celui-ci étant positionné suivant les plans de référence sur un marbre. Les points que nous avions enregistré étaient reportés sur des tôles planes émaillées noires et quadrillées à l'aide de la règle et de cales Johnson. Ainsi nous pouvions lisser les courbes et surfaces de carrosserie et réaliser les calibres étalons permettant au bureau d'études de faire les dessins techniques et aux outilleurs de réaliser les outils d'emboutissage. Ainsi les outils et les dessins cotés se correspondaient parfaitement. 

Le modèle relevé était en position dite "véhicule", il fallait donc traduire ces épures en position "outillage"...bonjour la table de logarithmes et bienvenue aux machines à calculer !

De la réalisation des pièces prototypes et de leurs outillages à la réalisation de véhicules de pré-série et de série, notre service était sollicité pour le contrôle des organes et moyens, Durant la période de fabrication d'un véhicule, l'usure et/ou l'évolution des réglages peuvent entraîner des dérives. Le contrôle oriente les remises en ordre et guide les actions préventives sur la chaîne (hors jours et heures ouvrés de fabrication...).

Le premier véhicule sur lequel j'ai travaillé était la DS. Il va sans dire que nous étions dans le secret le plus absolu. Rares étaient les membres du personnel ayant pu voir la voiture finalisée avant sa présentation à la presse. Les services étaient cloisonnés, et seules quelques personnes habilitées avaient la vue d'ensemble du produit en cours de finition.

Quelle était cette fameuse culture Citroën, avant l'arrivée des Michelin ?

J'ai eu la chance de vivre à cette époque la rencontre de deux cultures d'entreprises, Michelin et Citroën. Il y avait encore à ce moment plusieurs collaborateurs ayant travaillé directement pour André Citroën, et qui ont vécu la première période de la marque, avant 1935. Ils avaient tous un point commun, ils étaient des mordus, des passionnés, comme par exemple Prud'homme, le Chef des Ateliers, qui avait participé aux expéditions Citroën, et en avait été profondément marqué.

AndreCitroen  Chez Citroën, il y a avait un élan donné par un seul homme, "le Patron", qui avait su s'entourer. Souvenez vous des engrenages Citroën, première activité développée par André Citroën. Il ne connaissait rien aux engrenages mais a tout de suite vu le potentiel d'une innovation importante dans ce domaine. Puis, il a su s'entourer, mettre en harmonie le talent d'ingénieurs capables de les étudier, de projeteurs capables de les dessiner, etc...

Il fit de même avec l'automobile; Il sut repérer des innovations majeure, parfois venues des États-Unis comme la carrosserie tout acier, puis en faire un atout décisif de ses productions.

J'ai travaillé avec certains de ces hommes de talent, de ceux que l'on oublie pas : Pierre Franchiset, par exemple, qui avait été envoyé chez Budd aux Etats-Unis par André Citroën, afin d'y étudier les carrosseries "tout acier". J'ai travaillé et appris près de lui : c'est formidable d'être au contact de personnes qui vous inculquent un état d'esprit, une façon d'être, qui ont la foi, qui croient dans ce qu'ils font, qui innovent. Aux Etudes, j'ai de temps à autres passé des heures très tardives à la recherche de solutions. Celles-ci semblaient parfois inédites. Si la recherche d'antériorité se révélait négative, c'était l'enveloppe "Soleau" (qui permet de prouver l'antériorité d'une invention sans dépose de brevet, ndlr), voire la prise de brevet d'invention. Je suis bien à l'origine de quelques inventions pour le compte de PSA...

Travavailler aux Etudes chez Citroën était donc souvent synonyme de nouveauté et d'innovation. mais attention, en cours d'année-modèle (année de fabrication), l'innovation était souvent mal perçue des responsables d'industrialisation, de fabrication et d'après-vente...car tout changement engendrait beaucoup de travail...il n'est pas raisonnable de confondre recherche (sans contraintes) et applications...avec d'infinies contraintes !

Cirtoen_Traction_Avant Le premier et peut-être le plus grand et le plus bel exemple d'innovation dans le domaine, c'est la Traction, qui n'est finalement qu'un retour aux sources, les chevaux tirant les voitures avant l'invention de l'automobile. N'oublions d'ailleurs jamais que l'automobile est, dans le détail et dans l'esprit, l'héritière directe de l'ère hippomobile, comme le prouvent les termes brancards, longerons, traverses, hayon, custodes encore utilisés aujourd'hui.

Un berceau accueillant un groupe moto-propulseur et latéralement des éléments porteurs intégrés, cet ensemble attelé à une "caisse" : voilà la nouveauté automobile, voilà la révolution à l'origine de toutes les évolutions conservant cette formule de base. Adieu chassis, essieux rigides, pont arrière et arbre longitudinal de transmission... 

La Traction Avant était donc une vraie innovation: bonjour la révolution possible dans la construction, bonjour les roues indépendantes motrices et directrices à l'avant, bonjour les suspensions à barre de torsion et caisse autoporteuse, bonjour le centrage, le comportement et la sécurité. Mais il y a un MAIS...si on peut comprendre la nécessité, l'enthousiasme, faut-il excuser la précipitation ? Elle est si mauvaise conseillère ! (Les premières Citroën Traction Avant lançée dans l'urgence connurent de graves problèmes de qualité et de fiabilité, ndlr). Michelin avait tout analysé, synthétisé, en un mot avait tout compris, mais avait-il tout retenu ? (Référence au lancement de la DS, également marqué par une certaine précipitation, ndlr). Pour résumer, il y a un temps pour chaque chose : il faut savoir mettre en application l'innovation...dans "trop tôt", il y a "trop"...

En ce qui me concerne, les moyens mis à ma disposition, à ma demande, m'ont permis de m'exprimer, à ma grande satisfaction, dans l'intérêt de l'entreprise.

Et après la reprise par les Michelin ?

Citroën et Michelin, c'est la croisée de deux cultures : le côté débordant dans la création et le "faire savoir" du premier, et le secret, la méthode et le "savoir faire" du second. C'est dans ce contexte que je me suis construit et passionné.

Qu'avez-vous fait ensuite ?

Avant d'être appelé sous les drapeaux, de 1954 à 1956, je suis passé de la condition de jeune ouvrier à celle de professionnel de niveau 2. J'étais à ce moment ouvrier professionnel. Je travaillais donc au traçage, contrôle outillage : un travail très intéressant.Je faisais des épures pour la réalisation de dessins d'outils d'emboutissage, de contrôle au marbre de pièces positionnées, d'outillages de fabrication, de maquettes de positionnement. J'étudiais et réalisais ou participais à la construction de Break ID maquettes, telle celle du brancard de pavillon du break ID. Les travaux que nous réalisions étaient réalisés à la demande des préparateurs des services des Méthodes. Il y a un homme auquel je dois une reconnaissance incommensurable : c'est A. Monge. La société lui doit beaucoup du fait qu'il ait créé la géométrie descriptive sans laquelle aucune construction n'existerait. Comme toujours, la construction est affaire de mathématiques, à l'époque, la mémoire et le dessin étaient du niveau de l'aptitude et des connaissances des praticiens. Les monstres informatiques naissants étaient encore inaccessibles.

Je fus par ailleurs examinateur d'essai dans le domaine du traçage. Ces épreuves test concernaient des professionnels dont la hiérarchie souhaitait traduire sa satisfaction par un changement de niveau...certains candidats moins à l'aise m'avaient plaisamment baptisé "le sadique du bisecteur"!

Puis de 56 à 58, je sers sous les drapeaux : en Tunisie puis en Algérie. En 1958, de retour de l'armée, je deviens chef de groupe traçage. Là les choses sérieuses se sont amplifiées pour moi lorsque j'ai fait le constat qu'en mon absence forcée, le niveau de connaissances était plus structuré, plus complet et plus élevé. Je devais donc redoubler d'efforts pour assumer. Je devins Chef de Groupe (professionnel de niveau 3). J'"enseignais" pour les besoins du service, en particulier pour le service de traçage de la nouvelle usine de Rennes La Janais. Par ailleurs, la DS, son évolution et ses dérivés étaient nos principales préoccupations.

En 1960, j'ai préférer m'orienter vers le dessin plutôt que les préparations. Je suis donc arrivé au BEA. Je débutais par l'étude de la partie droite de la nouvelle planche de bord de la DS, et la grille d'aération (pièce de fonderie nécessitant d'imaginer les moyens de fabrication).

Ds1 Puis André Estaque, patron du "BEA Carrosserie" me confie l'étude de la structure avant dans le cadre du remodelage de la partie avant de la DS. Le pot de détente des gaz d'échappement situé derrière le pare-choc est transféré sous les assises avant. Dans la foulée, je récupère la création du logement, les ancrages, les écrans thermiques et le doublage.

Par la suite, j'ai réalisé quelques travaux en liaison avec Bertoni. .

Ds2 Un homme qui dessinait les "structures" avait-il des relations, et lesquelles, avec l'homme du "style", Bertoni ?

Le courant passait très bien, à tel point qu'il venait souvent me voir à la planche à dessin lorsque j'ai fait l'étude de la structure avant de la DS, lui qui en avait fait le style et les formes extérieures.

Avant de procéder à l'étude du "sous capot" (longeronnets, traverse, traverses supports roue de secours et appuis ainsi que le support de bidon d'huile), je m'étais livré à "un exercice de style". Ceci afin de montrer à André Estaque mon projet et recueillir des commentaires et éventuelles orientations. Entre-temps, Flaminio Bertoni vint me voir et, à l'examen de l'esquisse me demanda mon crayon. Je lui tends, il accentue le relief. il emprunte alors le dessin et l'emmène à la Direction, chez Jean Cadiou. Le dessin me fut restitué par Bertoni, sans aucun commentaire ! Je crois avoir bien interprété son geste. il voulait me récupérer à l'atelier de style. Je l'intéressais ! J'avais soif d'apprendre, de progresser, de me cultiver..comme je n'avais de culture générale dans le domaine que les cours de l'Académie de dessin d'art de la Rue Laugier, j'étais modelable suivant ses méthodes...j'avais aussi constamment le sentiment d'avoir quelque chose à prouver.  Je me formais "à la demande". Ainsi j'ai réalisé, à l'exemple de Bertoni, quelques modèles en plâtre à l'échelle 1/5ème à passer en soufflerie, au laboratoire Eiffel. Suivant mon appréciation personnelle, Bertoni était meilleur en sculpture qu'en dessin. En définitive, sa démarche me concernant n'a pas abouti...

En 1961, André Estaque m'inscrit à un stage de mathématisation des carrosseries : les courbes à pôles. Ces courbes sont soutenues par des points extérieurs origine de tangentes. C'est en quelque sorte l'image d'un chapiteau dont le volume intérieur est soutenu par des points d'appui extérieurs. En agissant sur ces points, on fait varier le volume....

A mon retour de stage, je suis affecté au groupe études-recherches. Je n'ose pas dire que ce fut en remplacement de Leonzi, parti en retraite. Leonzi, que j'ai découvert au travers de ses travaux, était projeteur et artiste dans le trait, la présentation, la couleur et l'écriture. Il avait du caractère. Ses dessins étaient plaisants et très personnalisés tout en demeurant industriels et rigoureux. Ils étaient harmonieux...voilà un autre bon exemple de personnalité marquante du BEA.

Nous réalisions des véhicules dits "mulets"...en quelque sorte des véhicules de demain habillés à la mode d'aujourd'hui. Nous réalisions aussi des prototypes sport GT, avec un assemblage spécifique et l"utilisation de l'alliage léger. C'était un petit service de recherche, un secret au milieu du secret. Il y avait une porte avec une chaîne pour l'entrebailler sans permettre l'accès. Même le Directeur du personnel dont le nom ne figurait pas sur la liste des personnes autorisées, s'est vu refuser l'accès.  Derrière cette porte, quelques hommes dessinateurs, mécaniciens, tôliers formeurs, essayeur. Dès que nous exprimions une demande particulière, les autres services du bureau d'études nous fournissaient les ressources humaines et matérielles supplémentaires dont nous avions besoin pour travailler : garnisseurs, électriciens, peintres, menuisiers, etc...Notre mission était de développer des protos dans des délais courts pour des réponses rapides aux problèmes posés, à plusieurs fins : Jean Cadiou, que j'estimais beaucoup, était mordu de voitures de sport, et même commissaire au Mans, à ses heures disponibles ; nous préparions à sa demande des protos sportifs. Toujours dans mon domaine, je supervisais la structure, la carrosserie et les équipements. Je dessinais, je décrochais de ma planche et ça allait direction l'atelier sous ma responsabilité technique uniquement. j'étudiais les outils, les gammes d'assemblage pour pouvoir ensuite effectuer le montage. Plus qu'ailleurs, en compétition, le poids, c'est l'ennemi. J'ai été surpris par le procédé utilisé par Eddie Mercx d'allègement par perçage sans affaiblir les composants. A partir de ce constat, je m'en suis grandement inspiré. Puis on veille à la répartition des masses (position du centre de gravité) tout en considérant le centre de carène. 

East African Safari Nous avons beaucoup cherché et commencé à déposer des brevets en 1963. Je travaille en symbiose avec le service compétition (René Cotton et son épouse Marlène). Là aussi j'ai beaucoup appris : j'allais Porte d'Ivry voir les voitures qui revenaient des diverses compétitions : East African Safari ou autres...

Comme aujourd'hui il y avait un service compétition chez Citroën. Le but toujours d'actualité, c'est d'amortir les coûts par les retombées "publicitaires", sous forme d'articles dans la presse spécialisée ou généraliste, voire de décrocher la Une...n'oublions pas que nous sommes chez les Michelin et que l'argent devait être bien investi. 

Le service compétition faisait appel à nous car nous étions une petite équipe, dévouée, mordue, passionnée. "Voilà ce qui se passe, nous disaient ils". Nous constations, étudiions et réalisions des protections, des adaptations, des renforts d'organes et de caisse. Ces travaux en symbiose étaient pour moi un enseignement qui fatalement avaient des retombées positives pour les études a venir. Les véhicules utilisés en compétition n'étaient à l'origine pas destinés à cet usage. Ils étaient soumis à rudes épreuves, autant dans dans le contexte que par le pilotage. Les techniciens et professionnels étaient d'un dévouement extraordinaire, ils travaillaient dans des conditions extrèmes d'inconfort, en particulier la température et les horaires...Le personnel des services inscrits dans la spirale de la "gagne" avaient un mérite énorme et, de ce fait, forçent mon admiration. Je l'ai exprimé plusieurs fois à Michel Parot, un de ces techniciens.

Puis en 1967, arrive le projet "SM", coupé sportif au moteur Maserati...

SM2b En fait, il n'y avait pas de projet SM ni d'ailleurs de Coupé DS. Il y avait simplement une volonté de faire évoluer la DS, en particulier au niveau motorisation. Je ne vous apprend rien. Nous avions chez Citroën des ingénieurs de talent, des motoristes. Mais nous n'avions pas le moteur digne de la DS. La DS est une voiture extraordinaire. Pourquoi ? C'est évident : une voiture qui supporte comme la DS des surmotorisations au point où elle les a supportées ne peut être qu'une voiture extraordinaire. Elle avait un comportement routier hors du commun.

Racontez-nous ce que vous savez au sujet de la genèse de la SM...

Une personnalité du BEA (détail : il fumait la pipe) avait établi un contact avec Maserati et avait rencontré le célèbre Alfieri et ses motoristes talentueux. L'objectif ? Trouver un atelier capable de produire un moteur digne de la tenue de route de la DS. 

Atelier Maserati  "Vous voulez un moteur digne de la DS ? Pas de problème...je vais vous faire un V6. Il ne sera pas plus encombrant que vos 4 cylindres". C'était vrai concernant la longueur. Mais il faut savoir aussi regarder dans les projections horizontales et de profil...Nos motoristes travaillaient également sur ce problème, mais étaient restés pour des raisons financières sur des 4 cylindres, beaucoup moins nobles qu'un V6.

"Nous allons prendre un V8, enlever 2 cylindres..." Ce qui est formidable avec les Italiens, c'est qu'ils sont déterminés, entreprenants, et toujours partants : pour eux rien n'est impossible, ils essayent tout, font preuve de créativité, et finalement ils réalisent le moteur qui délivre la puissance annoncée. Tout semble correct à notre voyageur-prospecteur...

De nombreux allers-retours furent faits entre la France et l'Italie, y compris par des membres éminents du bureau d'études. Cela n'empêcha pas l'impensable de se réaliser : Une fois le moteur finalisé, notre personnalité du Bureau d'Etudes revient d'Italie avec un plan au 1/5ème du moteur en question. Le plan m'est remis, je superpose les plans 1/5ème moteur et caisse, je mesure, sans oublier qu'en dynamique, le moteur est "flottant" et se débat...Et là, stupéfaction, le moteur ne peut pas être implanté entre les supports des demi-essieux. . Une erreur impensable ! Elle était pourtant pleine de promesses, cette DS enfin équipée d'un moteur digne de son pédigrée...

Et Citroën, très boulimique à cette époque, et qui venait de racheter Berliet et Panhard, se retrouve avec une usine qui fabrique des moteurs mais sans caisse pour l'accueillir, et d'autre part une usine qui fabrique en théorie des caisses mais qui n'en fabrique plus (usine SUC, société des Usines Chausson, qui réalisait pour Panhard les caisses de 24 BT et CT). 

Quelles ont été les conséquences de ces erreurs stratégiques ?

Il régnait donc au Bureau d'études un certain malaise, après cet événement fâcheux qui venait s'ajouter à d'autres erreurs. Citroën commençait à perdre de sa superbe face à la concurrence décidée à en découdre et..faisant preuve d'innovation ! Des têtes sont donc tombées ... 

Magès et Alera deviennent les patrons des études mécaniques et Larousse/Estaque ceux de la carrosserie.  

Finalement, face au problème de la DS et du moteur Maserati, il est décidé d'étudier un nouveau véhicule. Ca sera un coupé pour éviter de démoder la DS qui se vend bien et sur les épaules de laquelle repose la santé financière de Citroën. Pourtant, dans la situation de l'entreprise à l'époque, de plus en plus tendue, était-ce un choix raisonnable ?

Eclate sm Devant le problème des supports d'essieu, Jacques Né, qui deviendra par la suite l'homme du suivi de l'étude  (et Gardou l'homme synthèse), retiendra l'idée, les roues étant situées au droit des transmissions, de passer les supports de suspension et articulations de l'arrière des roues à l'avant en les croisant. La grosse traverse de la DS qui n'avait plus sa place a été remplacée par deux traverses plus petites. C'était une solution facile dans l'esprit, mais qui alourdissait l'avant du véhicule. Il a également fallu travailler l'angle de chasse qui passe par les pivots. Il suffit de mettre côte à côte une SM et une DS capot ouvert pour immédiatement comprendre ce que j'évoque ici.

Que pouvez-vous nous dire sur la phase de conception de la SM ?

La prouesse sur la SM était l'unité de vue sur l'ensemble du véhicule. Le garant de cette unité, c'était celui que l'on appelait le responsable suivi de l'étude, en l'occurrence Jacques Né ; Nous avons collaboré 15 ans ensemble. Il avait dix ans de plus que moi, et nous étions au départ tous les deux dessinateurs. Lui venait des études mécaniques boîtes de vitesses et freins, moi des études structures et carrosseries.  Puisque toutes les masses, y compris bagages et passagers sont situées dans le compartiment de la structure, il m'appartient de les situer et de réaliser le cahier des charges. A partir Proto structure Sm de ce dernier, il fallait étudier et dessiner les mulets destinés aux essais routiers et divers. Ces mulets se construisent à l'unité, aucun n'est identique, du premier on tire les enseignements pour le second, et ainsi de suite. Le cahier des charges définit les performances, le centrage, les encombrements. Il se complète en fonction des résultats d'essai, du code de la route et des règlements à observer. Puis suivent l'étude des structures et des assises, tous les circuits d'alimentation de refroidissement, la ligne d'échappement, sans oublier les faisceaux hydrauliques, les capacités et canalisations (huile, eau, carburant), les collecteurs, circuits, répartiteurs et distributeurs de chauffage, aération et refroidissement. Mais encore, les épures de direction, braquage, contre-braquage, débattement, contre-débattement, chasse et rappel, les barres d'accouplement, les chaînes centrifugées et les passages de roues), j'en oublie !

On parle parfois du père de tel ou tel véhicule...c'est un raccourci que vous m'aimez pas beaucoup...

Je ne peux mieux définir le "père d'un véhicule" que par l'exemple. Lefebvre, c'est la Traction...et quelque part son évolution, la DS. La CX traduit quant à elle une évolution "philosophique" de la conception, plus axée sur le prix de revient global et l'évolution du modèle...PSA est proche. Mais on ne parle pas de "père" de la CX. La seule voiture dont on parle parfois de "père" est la SM ! Curieusement, on fait l'éloge (justifiée) du comportement routier de la SM : le contraire serait surprenant, il y a les essieux de la DS et la partie hydraulique est le fruit de la collaboration des ingénieurs et techniciens sous la direction de Paul Mages. D'ailleurs, la première SM "déguisée" fut une DS dont la structure avant fut adaptée au moteur Maserati, modification incompatible avec la fabrication en série.

Le chef a les idées de ses collaborateurs, et c'est le seul à les exprimer à l'extérieur...Les journalistes dits spécialisés "pompent" les uns sur les autres en boucle ignorant parfois l'origine de l'information déformée et la réalité des faits. Mes propos constatent la paternité des faits, mon but n'est pas de la revendiquer...Un véhicule comme la SM est le fruit d'un travail d'équipe où chacun tient un rôle. Je ne manquerai donc pas de mentionner certains membres de l'équipe, comme Jean-Claude Pajot, qui réalisa le volant de direction réglable en hauteur et profondeur, la timonerie et cinématique de balayage du pare-brise, le frein à main, etc..., et Marcel LEBRETON qui fut homme synthèse véhicule chez Panhard. 

Quels était alors le rôle de l'homme synthèse ?

L'homme synthèse est un gestionnaire, généraliste, et il est très impliqué au niveau des délais et des coûts. Il propose des définitions année-modèle dans sa gamme de produits, il tient compte des règlements et législations internationales, des innovations, il présente au service des mines, il est à l'écoute des remontées du réseau de distribution, et pour les décisions d'investissement, il tient compte du reste à produire.

Je fus homme synthèse pour la GSA. Pour un créateur, c'est un rôle frustrant. Mais il faut répondre à son devoir de collaboration et à la confiance qui vous est accordée. Puis, enfin, quand il y va d'une promotion, la réflexion révèle un double intérêt : modifier l'orbite de ses compétences, passer de la rigueur technique à celle de la gestion, s'adapter aux multiples relations, et mieux connaître cette face plus discrète mais incontournable de l'industrie automobile. Le second point me concernant est le fait de devenir ingénieur maison et de connaître une augmentation sensible de mon salaire...Je ne regrette pas cette période mais je n'ai guère apprécié la façon dont elle s'est achevée.

NOTA : créer une automobile, c'est proposer un produit inédit. Créer une automobile, ce n'est pas proposer un véhicule homothétique, c'est avant tout répondre à un besoin, à une demande. Répondre à cela, c'est tout d'abord établir un cahier des charges, l'enrichir par la collaboration de tous les spécialistes du BE, faire planifier la réalisation et conduire l'étude jusqu'à la mise au point des prototypes. Cette phase est pilotée par le responsable études. Puis, durant une période de travail en symbiose s'opère le passage à la phase d'industrialisation, et l'homme synthèse prend le relais. Celui-ci assurera le suivi jusqu'au démarrage série, puis jusqu'à la fin de vie du produit.

Quel a été le rôle de SUC (société des usines Chausson) ?

Le Bureau d'Etudes (BE) SUC reprend par et avec ma collaboration l'étude et la réalisation de trois caisses de mulets qui sont transformées (elles ont la plate-forme de SM) et adaptées aux essais et mises au point par les différents secteurs des études Citroën. Ainsi devenu véhicule et permettant de recueillir les informations utiles à l'étude de la caisse de série. C'est ainsi que j'assure la liaison avec le BE SUC pour guider l'étude. Menée à bien et dans les délais, l'étude permet la fabrication des caisses usinées. Celles-ci sont livrées à Citroën Javel. S'en suivent : traitement, revètement, garnissage, équipement, finition, contrôle et livraison. Nous sommes au Salon de Genève 1970.

Le projet SM a donc été mené dans l'urgence, vu le contexte difficile de cette période pour Citroën ?

Non, pas vraiment. En tout cas pas plus que les autres projets. A cette époque, nous avions un planning très serré et très précis entre le premier dessin et la livraison de la voiture définitive : 156 semaines. Le projet SM a respecté ce timing, la GS également.

Puis la SM voit le jour...

Je deviens alors cadre en 1970. La SM est prête, et je passe à autre chose...

Retour à la compétition ?

SM73 Oui. La SM entrait dans la catégorie "voitures de grande diffusion" en vue d'en faire une version de compétition. J'ai effectué le cahier des charges de cette version très spéciale. On a fait ensuite l'étude complète : répartition des masses, moteur, essieux...j'ai tenu compte des règlements sportifs internationaux de l'époque ; il fallait par exemple un espace pour une valise de 200x400x600mm dans la partie arrière.


A la demande de Magès et Alléra, je réalise donc un proto raccourci à hautes performances toujours sur base de SM. Il était allégé de 300 kg ! (ce véhicule est aujourd'hui au conservatoire Citroën, ndlr); je prépare des véhicules pour les Rallyes d'Afrique et du Portugal, et je prépare également un véhicule pour les 24 Heures de Spa Francorchamps.

En avril 72, je deviens dessinateur projeteur assimilé Chef d'atelier. J'avais des collaborateurs extraordinaires...pour les SM de compétition, nous avons réussi à assembler sans rivets et à faire des voitures en Dural, acier, résine et le tout assemblé par soudure par résistance. Par exemple pour une aile de SM, j'opérais une découpe périphérique afin d'ôter la partie centrale et de conserver la zone d'assemblage de l'aile. cette dernière perforée puis adaptée à une forme nouvelle était introduite dans un moule que nous avions réalisé par surmoulage puis incluse dans une mince couche de résine renforcée par de la fible de verre. Cette invention permettait la fabrication de pièces nouvelles dans des délais très courts ; elle permettait également l'assemblage par points de soudure électrique (par résistance). Ainsi nous obtenions en l'absence de rivets un bien meilleur aspect et un gain de poids. Je ne voudrais pas manquer de citer Brianne et Poulet qui m'ont apporté leur concours à ce niveau.

J'ai ensuite réalisé le ferrage complet de véhicules prototypes dits de ville (étude de moyens de fabrication, montage de protos, contact avec les fournisseurs), puis j'ai été homme synthèse de la GSA (voir plus haut),ce fut une sorte de récompense.

Puis je suis arrivé aux synthèses études mécaniques.

J'ai réalisé tout au long de ma carrière plusieurs études, certaines ayant été jusqu'au stade du prototype, et dont je vous ai amené des illustrations (nous les passerons en revue dans la deuxième partie de cet article), comme par exemple une DS coupé avec support d'essieu modifié, un chassis SM Proto DS Panhard habillé en DS pour effectuer des tests plus discrètement, une DS entièrement carrossée en Panhard, et même un chassis style 2 CV, avec un essieu SM, un moteur Maserati et une carrosserie Panhard (!) en vue d'étudier le faux chassis que nous retrouverons ensuite sur la CX, J'ai également fait des études plus ciblées, comme un dispositif d'attelage intégré pour la GS, ou bien plus tard le réservoir hydraulique de la XM, auto-porté : j'essayais toujours de trouver la solution la plus simple, celle qui évitait des pièces inutiles car qui dit pièces dit assemblage, référencement de pièce de rechange, coût supplémentaire, etc... J'ai été formé pour cela à l'analyse de la valeur, et j'ai appliqué ces principes partout où c'était possible.

J'ai terminé ma carrière à la DFC (Direction du Commerce, France et Europe), secteur DTAV, Direction technique Après-Vente, au niveau de l'accessibilité/réparabilité des structures, carrosseries et équipements des véhicules en cours d'études à La Garenne (PSA). 

A suivre...

Vers la route libre...

AAT1 Nous oublions malheureusement très vite notre passé, même récent…Pourtant, on dit souvent que l’histoire met le présent en perspective…et cet adage s’applique parfaitement à l’automobile.  

J’ai trouvé lors de l’incontournable Salon Epoq’auto à Lyon quelques vieilles revues jaunies par le temps mais au contenu toujours étonnant : j’ai ainsi acheté quelques numéros de la revue Action Automobile et Touristique de l’immédiat  après-guerre…avril 1946, pour être exact. Une époque qui nous semble appartenir aux livres d’histoire et pourtant pas si lointaine, puisque nos grands-parents l’ont pour la plupart connue.

 Aujourd’hui l’automobile est partout et fait tellement partie de notre quotidien que lorsque nous la remarquons, c’est souvent pour la critiquer, parce qu’elle coûte cher, parce qu’elle pollue, et parce que, à l’instant présent, dans cet embouteillage monstrueux, il y en a vraiment trop…

Cette attitude critique et désabusée face à ce que nous possédons caractérise notre comportement de manière assez universelle…en effet,  nous oublions très vite les bénéfices que nous ont apporté le progrès économique, social, ou scientifique, pour finalement nous focaliser sur les petits inconvénients ou désagréments induits par ce dernier.

Notre attitude face à l’automobile est à cet égard très symbolique de ce comportement d’enfants gâtés que nous sommes…

1. La liberté de circuler

La lecture de cette fameuse revue Action Automobile et Touristique datée de 1946 m’a, à vrai dire, un peu remis les idées en place…et mérite que nous nous attardions quelque peu sur son contenu.

Un contenu bien maigre (14 pages !), qui nous rappelle que l’époque est caractérisée par un rationnement généralisé des biens de consommation…peut-on en effet imaginer aujourd’hui devoir par exemple aller au bureau de poste muni de sa carte grise et de sa police d’assurance, afin d’obtenir un bon d’essence de 20 litres valable pour un mois de consommation ? Peut-on imaginer qu’il soit impossible de circuler sans autorisation où bon vous semble sur le territoire français sous peine d’amende et avec le risque de se faire arrêter ? Peut-on imaginer qu’il faille justifier d’un besoin impérieux de déplacement auprès d'une administration pour avoir le droit d’acheter un véhicule, ou plus exactement  le droit d’être enregistré sur une liste d’attente de 12, 24, voire 36 mois avant de pouvoir enfin repartir au volant de cette voiture tant espérée… ?

Difficile à croire…Et pourtant, les exemples qui précédent sont réels, et la période très proche au regard de l’histoire de notre pays.

Notre revue titre : « Vers la route libre », une accroche pleine d’espoir…reprise en page 3, où l’on peut également lire que « M. Le Troquer, ministre de l’intérieur, va rendre la liberté à l’automobile, et M. Jules Moch, ministre des travaux publics, prépare la renaissance du tourisme ». 

2. Acheter un véhicule

Catalogue En page 4, un thème d’importance est abordé : maintenant que la liberté de circuler a été rétablie (très exactement en avril 1946), se pose la question de la disponibilité des véhicules et de la capacité de notre industrie à fournir la demande immense de l'immédiat après-guerre. A gauche de la page, un encart de 5 cm sur 15 nous donne les prix des véhicules disponibles ou plutôt mentionnés au catalogue des constructeurs tant il est difficile de s’en procurer un :

Renault vend un modèle destiné aux particuliers (une Juvaquatre), ainsi que quelques utilitaires. Citroën propose deux modèles de Traction, la 11 et la 15, ainsi que des camions 2 tonnes et 4 tonnes. Peugeot propose une berline 202 ainsi que sa déclinaison utilitaire et un camion bâché 2 tonnes, et enfin Simca la 5 et la 8, déclinées également en utilitaires…et c’est tout ! Il suffit d’ouvrir n’importe quelle revue automobile aujourd’hui pour constater que la rubrique équivalente comporte des centaines, voire des milliers de modèles/versions/motorisations, et représente au minimum 5 à 7 pages de caractères nécessitant parfois l’usage d’une loupe…

Revenons en 1946. Des véhicules sont donc proposés à la vente, mais les acquérir est encore une autre affaire. Extrait : « Etant donné la modicité du contingent de voitures particulières mis à la disposition du marché français, il est très difficile d’obtenir une licence d’achat. En fait, il n’existe aucun droit de priorité et seule l’activité professionnelle peut être prise en considération.  De toutes façons, les demandes doivent toujours être adressées au service des Ponts et Chaussées siégeant au Chef-lieu de chaque département ».  Nous voilà prévenus : n’obtiendra pas une voiture qui veut…

3. Organiser la production automobile

Heureusement, comme à chaque fois que c’est nécessaire, l’Etat va prendre en main la situation et imaginer un Plan quinquenal (le Plan Pons), afin de remettre en marche l’industrie automobile nationale particulièrement meurtrie par 6 années de guerre. L’objectif ? « En premier lieu reconstituer notre parc de véhicules en allant au plus pressé, les véhicules utilitaires, ensuite, réduire considérablement le nombre de types produits pour arriver à une fabrication plus concentrée et moins chère.  On admettra sans peine que la part disponible pour le secteur civil est extrêmement mince et que les acheteurs en puissance devront patienter avant de pouvoir acquérir un nouvel engin. » 

Rappelons que le plan Pons avait pour objectif de mettre en ordre de bataille les forces industrielles en répartissant entre les différents constructeurs les besoins en matière de véhicules, autant utilitaires que particuliers. C’est ainsi que Renault hérita par exemple du programme de fabrication des utilitaires de 2 tonnes et  7,5 tonnes, ainsi que des véhicules particuliers de moins de 6 CV et 6-8 CV. Citroën se vit confier les utilitaires 2 tonnes et 3,5 tonnes, ainsi que les véhicules de 10-12 CV et plus de 12 CV. Le plan quinquennal Pons était assez directif et provoqua l’ire des constructeurs (en particulier Citroën),  qui voyaient d’un très mauvais œil cette entrave à la libre entreprise privée, et qui ne se privèrent pas de le dire haut et fort !

4. Petits et grands tracas d'un autre temps...

Contrôle de vignette à bicyclette Continuons la lecture de notre revue décidément riche en enseignements…nous y trouvons un article sur la « bataille du pneu », où l’on peut lire que celle-ci sera définitivement gagnée en 1947, lorsque l’industrie aura suffisamment de matière première et de capacité pour fournir le parc automobile dont on peut facilement imaginer les immenses besoins au sortir de la guerre.  « Pour nos bicyclettes (dont le parc a doublé pendant la guerre, ndlr), il ne peut malheureusement pas être de même, et les services de répartition ne pourront pas donner satisfaction à tous les usagers avant deux bonnes années. Reste donc la marche à pieds …

On apprend également avec satisfaction qu’un décret paru au journal officiel autorise à nouveau les véhicules d’une fabrication antérieure à 1928 à circuler, mais que les véhicules de plus de 17 CV doivent quant à eux rester au garage. Haro sur les véhicules qui consomment trop...nous n'avons décidément rien inventé...

Un peu plus loin, on se réjouit de la prochaine inauguration du tunnel de Saint Cloud, commençé en 1936, pratiquement terminé en 1941 mais converti en dépôt de munitions par les Allemands. "L’automobiliste pourra effectuer, dans un des plus beaux paysages d’Ile-de-France, un parcours direct du Pont de St Cloud à la Route de Normandie, sans aucune traversée d’agglomération ni croisement". Quel progrès ! Pensez-y quand vous serrez englué dans les bouchons aux heures de pointe à l’entrée de ce fameux tunnel…

Nous passerons rapidement sur le plaidoyer en faveur d’une remise en état rapide des hotels de tourisme permettant la remise en route de cette activité indispensable au prestige français et à la prospérité du pays. Nous nous insurgerons contre cette pratique détestable qui consiste à rétrocéder aux propriétaires les véhicules réquisitionnés contre paiement de la valeur vénale du véhicule, cette dernière étant systématiquement très supérieure à l’indemnité reçue lors de la réquisition… et nous terminerons par le courrier des lecteurs, dont je vous propose un exemple évocateur :

Voitures detruites « Je vous serais reconnaissant de me faire savoir si les propriétaires de voitures détruites par bombardement doivent en faire la déclaration et, s’il y a lieu, à quel organisme. J’habitais en effet une région très dévastée de Normandie et ma voiture s’est trouvée détruite en août 1944. Est-il prévu dans ce cas une priorité pour l’achat d’une nouvelle voiture ? ».

La réponse du journal ne laisse guère d’espoir, car il n’existe aucun « bon de priorité » pour un tel cas. Quant à réclamer une indemnité éventuelle, notre automobiliste devra constituer un dossier de perte avec preuve à l’appui et prouver que son véhicule était indispensable à l’exercice de sa profession. Autant dire que notre malheureux lecteur n’est pas prêt de pouvoir à nouveau circuler en voiture…

Conclusion

Nous refermons cette revue défraichie qui va retourner avec ses semblables dans mon grenier ; bien sûr tout ce qui précède appartient au passé, et même à l’histoire (récente) de notre pays. Bien sûr, l’automobile n’est qu’un détail sans importance au lendemain de la guerre de 39-45. Bien sûr, toute tentative de parallèle ou de mise en situation entre cette époque révolue et nos petits tracas quotidiens confèrerait rapidement au ridicule…

Années 60 Et pourtant, la mise en perspective de ces quelques anecdotes étonne, alors même que nous sommes en ce moment même en proie à une crise économique grave, à des surcapacités de production importantes  en particulier dans l’industrie automobile qui voit s’accumuler les stocks et doit réduire drastiquement sa production.

Ce qui précède permet également de mieux comprendre pourquoi l’automobile a été autant adulée pendant les années 60 par une génération qui a connu destructions et  privations et pour laquelle la possession d’un véhicule, même modeste, représentait  l’expression la plus directe d’une liberté chèrement acquise ...

 

Crédit photographique : www.parisenimages.fr

L'automobile et la ville (Partie 2 - suite et fin)

1.Vers l'asphyxie

Rivoli A l'aube des années 60, la colère gronde. Partout, des voix s'élèvent pour critiquer le retard français en matière d'infrastructure. Le magazine "Action Automobile et touristique" titre dans son numéro d'octobre 62 "Le scandale des Autoroutes". Paris-Match évoque quand à lui régulièrement le problème des routes de France, en particulier les nationales, dangereuses et encombrées. "L'Automobile Magazine" demande en 1965 des routes "plus roulantes et moins rouleuses", et que la route devienne enfin une véritable priorité nationale. Qu'attend l'Etat pour agir, lui qui a pourtant fait de la modernisation des routes une priorité des IVème (62-65) et surtout Vème Plan (66-70) ? La France, avec seulement 160 kilomètres d'autoroute en 1962, accuse un retard important par rapport aux autres pays européens, Italie et Allemagne en tête, et beaucoup redoutent que cette situation finisse par freiner le développement du pays. Il faut dire que les ventes de voitures progressent de près de 10 % par an en moyenne dans les années 60, et que le réseau de routes peine à absorber ce flot de véhicules supplémentaires.

Ce problème est, comme on l'imagine aisément, décuplé dans les grandes villes. Paris souffre depuis le milieu des années 50, d'encombrements de plus en plus importants. En 1954, le Directeur de la Police, Georges Maurice, publie "Circulez, le pourrez-vous demain ? ", ouvrage qui fait le point sur les problèmes de circulation dans Paris. Le 15 mai 1956, France-Soir titre "Bientôt un million de véhicules dans Paris menacé d'asphyxie". Extraits : "Notre ville est asphyxiée. De nombreux carrefours, tels par exemple, ceux de Buci, de la Place Mazas, près du Pont d'Austerlitz, des Boulevards Richard Lenoir, Voltaire, du Boulevard Jules Ferry et de l'Avenue de la République, des Rues Lafayette et de Provence, du Pont Notre-Dame et du Quai de Corse, sont devenus à certaines heures des obstacles insurmontables. [...] Les embouteillages se produisaient autrefois qu'aux heures dites "de pointe" et principalement dans les quartiers du centre. [...] Il n'y a plus d'heures, plus d'itinéraires qui puissent en toute sécurité être choisis. Quelles que soient sa malice, son habileté, sa science des itinéraires, l'automobiliste ne peut plus prévoir jamais l'heure à laquelle il arrivera à destination. Circuler à Paris est devenu pour lui une aventure exaspérante et coûteuse. N'a-t-on pas évalué à 30 milliards par an les pertes en temps, en essence, en huile et en accidents, provoqués par les embouteillages parisiens ? Voilà donc où nous en somme. Mais que nous offre-t-on pour guérir ? "

Alma Dans les années 50, la situation évolue assez peu, malheureusement. Quelques premiers tunnels sont creusés, comme le passage souterrain de la Place de l'Alma ouvert en 1956. Certains boulevards sont mis à sens unique. Faute de moyens véritables, les nombreux rapports alarmistes publiés par la préfecture de police restèrent sans conséquence. Comme je l'ai indiqué dans la première partie de cet article, la voiture est devenue un bien de consommation indispensable, et même les classes populaires purent y accéder. Chacun, du cadre à l'ouvrier, considère l'automobile comme le moyen le plus valorisant de se déplacer en ville. Certes, pour beaucoup, l'auto reste "du dimanche", celle que l'on prend pour faire des excursions autour de Paris, engendrant la saturation des accès à la capitale le dimanche soir (ce qui n'a guère changé...). Mais pour une proportion toujours plus importante, l'auto sert aussi en semaine, pour se rendre au travail...où comme outil de travail : les ventes d'utilitaires explosèrent en effet dans les années 50...

2. Le déclic

La ville va donc devoir s'adapter à l'invasion de l'automobile pour tous. Il faut désormais pouvoir "circuler", et pour cela, il faut "régler la ville sur l'auto", comme le mentionne M. Flonneau dans son excellent ouvrage que je recommande "Paris et l'automobile : un siècle de passions" (Editions Hachette). Le déclic arrivera au début des années 60. L'automobile est adulée, starisée, on l'aime avec passion et ..excès. On lui pardonne tout parce qu'elle fait rêver et qu'elle est le symbole de la prospérité économique et de la liberté.

Les pouvoirs publics savaient depuis longtemps que les infrastructures étaient insuffisantes, aussi bien à Paris qu'en province. Mais au début des années 60, le temps de la reconstruction du pays touche à sa fin. Désormais, on se tourne vers l'avenir, on imagine ce que sera la France de demain, on veut retrouver une certaine grandeur, une fierté toute Gaullienne, et finalement si française...Demain, on ira vite, on volera à 2.000 km/h, on prendra des trains qui iront à 250 km/h, on roulera à 200km/h en moyenne sur des autoroutes modernes, et on circulera sans encombres en ville. Utopie ? Oui et non : Auto et environnement de nombreux grands projets et travaux qui ont façonné la France que nous connaissons aujourd'hui ont vu le jour grâce à cette impulsion. Le Concorde, certainement le rêve le plus fou issu de cette époque, est devenu réalité mais sera un échec commercial... Le TGV est quant à lui un immense succès. Le réseau autoroutier, un des meilleurs du monde, est également un héritage de cette période. On pensait pouvoir y rouler très vite dans 10 ou 15 ans. Citroën a d'ailleurs conçu la SM dans cette optique. Certes, on n'y roule finalement pas à 200 km/h, comme cela avait été imaginé ...(quoique, en Allemagne...), mais quel progrès par rapport aux routes nationales inadaptées à la hausse du trafic et très accidentogènes.

 

3. Le rôle moteur de Pompidou

L'impulsion des grands travaux autoroutiers et urbains a été donnée par un homme : Georges Pompidou. Ce dernier, Premier Ministre du Général De Gaulle, puis Président de la République jusqu'à sa mort en 1974, aimait la voiture. Il possédait une Porsche 356 qu'il garait parfois dans la Cour de l'Elysée, scène impensable aujourd'hui...il pensait que l'automobile avait de l'avenir, qu'il fallait lui faire une place plus importante, en ville et ailleurs. Certes Pompidou n'est pas à l'origine de tous les grands travaux automobiles mais cette impulsion fut déterminante dans l'aboutissement de nombreux projets qui attendaient au fond des tiroirs, faute de financement suffisant. Certains accusent Pompidou, amoureux de la "bagnole" d'avoir favorisé l'automobile aux dépends des transports en commun. C'est faux. Les financements destinés à ces derniers augmentèrent considérablement au début des années 60, et donnèrent naissance à un autre grand projet (parmi d'autres) qui avait de l'avenir : le RER...

4. Vision du futur

Match 1967 La vision des déplacements urbains avait donc brusquement changé. Désormais, on cherche à préparer l'avenir, on pense aux 20, 30, 40 prochaines années et la priorité est donnée à la fluidité du trafic qui permet à chaque habitant de l'agglomération de pouvoir traverser la ville de part en part sans encombres. Pour cela, on imagine des autoroutes pénétrant au coeur des villes : si Paris y a finalement échappé, Lyon n'a pas eu cette chance. On imagine également une séparation de l'espace urbain entre les piétons d'une part, pour lesquelles de grandes terrasses sont imaginées entre les groupes d'immeubles, et les voitures d'autre part. Cette théorie séduisant sur le papier sera un échec cuisant dans sa mise en application. La Défense, ainsi que les immeubles du Front de Seine sont des exemples presque historiques de ce principe rapidement abandonné.

A l'aube des années 60, la révolution est en marche. Des experts s'activent, sous la direction du délégué Général au District Parisien, Paul Delouvrier, sorte de Haussmann des temps modernes, qui montra beaucoup de détermination à mener cette grande mission de service public : l'adaptation des villes à la société moderne, et donc à l'automobile. De nombreux grands projets que nous connaissons aujourd'hui datent de cette époque : le périphérique, bien sûr, mais aussi La Défense, La voie express Rive droite, la transformation du quartier des Halles, l'aménagement du XIIIème arrondissement, etc...De nombreux projets n'aboutirent pas, faute de financement ou se heurtèrent à l'hostilité générale : c'est le cas des grandes rocades et radiales,comme par exemple Lazare-Montparnasse, XVIème-Rive Gauche, Vercingétorix, etc...

Front de Seine Au delà de la place donnée à l'auto, c'est une vraie révolution de l'aménagement urbain qui s'opère : on imagine des grands ensembles de bureaux ultra modernes et facilement accessibles de "villes nouvelles" où fonctionnalité et rationalité apportent en théorie le progrès et la modernité. On restructure des quartiers entiers comme par exemple le centre de Paris avec un objectif : faire du neuf, du grand, du moderne. On imagine que de ces travaux naîtra l'harmonie, la fluidité, et qu'ils apporteront finalement bonheur et prospérité aux masses urbaines de demain que l'on imagine si nombreuses...

L'avenir justement, comment le voit-on à l'époque ? L'ouvrage "Routes, Ponts et Tunnels" (1968) nous éclaire sur ce qui nous attend, en théorie, à l'aube des années 90 :

Ville du futur "Bien sûr, il y aura de nouvelles autoroutes, tant rurales qu'urbaines, ces dernières prenant souvent la forme de routes aériennes pénétrant au coeur des villes. Et il y aura aussi de nouvelles routes à circulation rapide entre les grandes villes. On construira des aéroports nouveaux et des héliports seront installés sur les toits pour permettre au trafic aérien d'atteindre les centres urbains. Les autoroutes urbaines s'élèveront au dessus des banlieues, plongeront au coeur des centres urbains, et éclateront dans les échangeurs pour distribuer le flot de véhicules sur toute une vaste zone jusqu'aux parcages souterrains proches des galeries inférieures ou supérieures exclusivement réservées aux piétons"...

L'auteur très en verve ne s'arrête pas en si bon chemin..."Les trains à circulation rapide pourraient glisser sur des monorails à des vitesses de 300 km/h et même davantage, leur vitesse, ainsi que la fréquence des rames étant contrôlées par un ordinateur en sorte que chaque porteur de billet soit assuré de trouver une place mais qu'aucun siège ne reste inoccupé. D'autres trains pourraient circuler dans des tubes à vide où serait éliminée la résistance opposée par l'air. Il pourrait y avoir aussi des voies ferrées spéciales pour épargner les longues étapes aux automobilistes : le voyageur garerait sa voiture sur un énorme wagon aux parois vitrées, où il pourrait se promener, se restaurer, se détendre, avant de descendre, au volant de sa voiture, frais et dispos, après un parcours de mille kilomètres fait en deux ou trois heures. Les aéroports pourraient être perchés sur des blocs d'immeubles, en plein centre urbain et, de là, des autobus aériens à décollage vertical desserviraient les quartiers;"

Ouf, nous avons échappé au pire : nous sommes en 2008 et rien de tout cela ne s'est réalisé si ce n'est le dernier représentant des rêves de vitesse des années 60-70 : le TGV !

5. Le mythe du tout automobile se lézarde

Rien ne s'est donc déroulé comme prévu car très vite, les années 70 vont voir les mythes portés par les années 60 se lézarder, à commencer par le mythe automobile : on a tout sacrifié pour lui faire de la place, et plus elle en a, plus elle en demande : les rêves de fluidité s'effondrent avec le développement de l'automobile de masse, accessible...et incontournable. Il faut dire qu'on a tant fait pour la promouvoir, pour étendre son usage, partout, et pour tous...de plus en plus, après mai 68, des voix dénoncent la toute puissance de la voiture qui pollue l'air et le paysage. Elle tue aussi, beaucoup, mettant à mal le mythe tenace de la vitesse...

il faudra plusieurs années avant que la tendance s'inverse, que tout le monde admette que ceux qui, animés par leur croyance inébranlable dans le progrès, la technologie, la modernité, ont façonné le paysage urbain des années 70, se sont finalement trompés, et que les bouchons sont toujours là, que les villes dortoir deviennent des ghettos, et que les centres-villes recomposés s'asphyxient lentement.

Deux crises passent, crises économiques mais aussi doutes profonds et remise en cause du modèle de développement qui a été suivi pendant 25 ans. Comment avons nous pu nous tromper de la sorte ? Que vont devenir nos villes ? Quelle place accorder aux piétons, aux bus, aux voitures dans les villes de demain. Comment retrouver l'harmonie tant recherchée mais finalement perdue ?

6. Partager l'espace urbain

20040922_sans_voiture Les années 80-90 vont prendre un virage à 180 degrés et remettre en cause tout ce qui avait été imaginé 25 ans auparavant. Désormais la priorité est donnée au partage de l'espace urbain, à la proximité, à la mixité habitat-bureaux pour éviter la désertification de certains quartiers, aux transports en commun, et à la réhabilitation des hyper-centres où l'automobile est devenue franchement indésirable. L'automobile, justement, sera la grande victime de cette fin de XXème siècle. Revers de son incroyable succès, elle est peu à peu exclue des villes après les avoir colonisées. Partout, les municipalités tentent de décourager l'usage de la voiture, ou alors de le "pacifier". Désormais, priorité est donnée à la qualité de vie, aux rues piétonne, aux vélos et aux transports collectifs propres. Après l'excès du "tout auto" des années 70, voici venir le temps de la "chasse à la bagnole", et de ses effets liberticides. Encore une fois, ce sont les "masses populaires"qui sont en jeu. Après avoir fait de la démocratisation de l'automobile un leitmotiv, voici qu'on tente de dissuader ces mêmes classes populaires d'utiliser la voiture pour se déplacer : il faut les décourager, rendre ce luxe inaccessible, faire payer très cher les parkings, et bientôt l'entrée des grandes villes, afin d'éviter la saturation. Tant pis pour les banlieusard devenus indésirables au coeur de Paris ou d'ailleurs...il leur reste les transports en commum ou...les centres commerciaux en périphérie, derniers représentants du tout auto !

Conclusion

Faut-il se plaindre de ce retournement de tendance ? Je vais souvent à Paris, et je constate à chaque fois que la circulation a effectivement baissé, que la vie de quartier se redéveloppe, que le nombre de piétons et de vélos a augmenté, et qu'il est (re)devenu agréable de s'y promener. Tout va donc pour le mieux ? Pas si sur...au delà du simple enjeu que représente la politique des villes en matière automobile, c'est  un changement de vision de la société qui se dessine. Les grandes rèves de progrès pour tous, de liberté, d'égalité des chances, le droit pour tous d'avoir accès à tout ou presque sans distinction de classe sociale, le "toujours plus" tous ces grands idéaux qui ont été au centre des politiques mises en place après l'horreur et les privations de la 2ème guerre Mondiale, sont moins présents. On admet désormais, sans vraiment le dire, une société à deux, voire trois vitesses, on admet qu'il n'est pas forcément bon pour l'intérêt collectif que tout le monde ait les mêmes attentes, les mêmes besoins. On admet enfin que le "toujours plus" devra un jour céder la place au "toujours mieux". La société évolue, change, se modernise, fait face à de nouvelles contraintes, de nouveaux enjeux.

Restons confiants dans l'avenir mais soyons également vigilants, car comme le dit l'adage, parfois, "le mieux est l'ennemi du bien"...

70 ans de secrets à La Ferté Vidame

1938-2008 : Le centre d'essais de La Ferté-Vidame a très exactement 70 ans...c'est l'occasion pour nous de retracer brièvement l'histoire de ce site étroitement lié au destin de Citroën. C'est en effet ici, derrière des murs de 2 mètres de haut, et dans le secret le plus absolu, que la marque aux chevrons allait mettre au point tous les modèles mythiques que nous connaissons aujourd'hui, comme la 2 CV, la DS, la SM, le Type H, mais aussi bien d'autres qui ne dépasseront pas le stade de prototype...

Personne ne se douterait, en flânant dans cette belle campagne aux confins du Perche et de la Normandie, à un peu plus de 100 kilomètres de Paris, que se trouve ici un des sites les plus secrets de France, où sont testés encore aujourd'hui de nombreux véhicules de la gamme Peugeot et Citroën, précisément les plateformes 1 (type 207, C3, ...) et 3 (407, C5...) du constructeur français. Avant de devenir un centre d'essais du groupe PSA, La Ferté Vidame fut pendant des décennies une propriété de Citroën, associée à l'histoire de la marque dont de nombreux chapitres débutèrent derrière ces hauts murs...

Un site unique en France

CIMG2048 Le site de La Ferté Vidame est tout simplement la propriété close de murs non traversée par une route publique la plus grande de France :d'une superficie de plus de 800 hectares, son mur d'enceinte d'environ 2m15 de haut mesure 11,5 km de long. Composé d'un château, d'une ferme et d'immenses étendues de forêt, le site accueille des meetings aériens et automobiles au début du XXième siècle. Il fut même question de le transformer en complexe dédié aux sports mécaniques en 1923, mais c'est finalement Monthléry qui fut choisi.

Citroën avait également imaginé l'acheter pour en faire son Centre d'essai, mais c'est finalement Michelin, propriétaire de l'entreprise depuis 1935, qui en fit l'acquisition en 1938. Un lieu aussi secret ne pouvait en effet laisser indifférente une société dont la discrétion est une véritable marque de fabrique.

Un secret absolu

TPV La Ferté Très vite, La Ferté Vidame va accueillir les premiers prototypes, ainsi que les premiers modèles de présérie de la TPV (tout petit véhicule). La guerre arrive l'année suivante, et le personnel s'efforce de cacher ce qui peut l'être. C'est ainsi que 3 exemplaires de cette première version de la 2 CV, qui n'a rien en commun avec le modèle que nous connaissons tous, seront épargnées de la destruction (volontaire) et arriveront miraculeusement jusqu'à nous : en 1997, elles seront sorties des granges de La Ferté où elle avaient vraisemblablement été remisées après guerre...

Le site de la Ferté jouissait d'un statut très particulier au sein de la Société Anonyme des Automobiles Citroën. Sa gestion était assuré exclusivement par l'économe en Chef de Citroën, Monsieur Clerc. Un secret absolu est maintenu par les employés travaillant sur place, mais également par les habitants qui signalaient volontiers les rôdeurs et autres journalistes à la recherche de scoops...L'entrée était soumise à un contrôle sévère, même pour les cadres de Javel ! On raconte même que certains prototypes de l'ère Citroën furent testés dans le plus grand secret après le rachat par Peugeot, sans que ce dernier n'en soit informé...en particulier le fameux hélicoptère dont nous reparlerons prochainement...

Une lente évolution

La configuration du site a profondément évolué depuis les années 40. La toute première piste d'essai était...la cour intérieure de la ferme. Tout autour, les granges et remises servaient d'abris pour les prototypes. Rapidement, un premier circuit routier fut créé, en utilisant des "percées" existantes (la ligne de la Simonnerie, partiellement  pavée, la ligne de Neuilly, goudronnée, et la ligne de Bourgneuf, bosselée. C'est le "Triangle colonial" sur lequel les essayeurs parcouraient jusqu'à 750 km par jour. C'est sur ce circuit que furent en particulier mises au point les suspensions de la 2 CV et celles de la Traction Oleo.

Puis, durant les années 60, furent crées d'autres circuits , comme le Bel AIr ou le Parc. On y ajouta également des hangars pour y abriter des ateliers techniques, puis un complexe corrosion, une soufflerie... Conscient du potentiel extraordinaire de cet outil de travail distant de seulement 100 km de Paris et à une heure environ du Centre Technique de Vélizy, PSA décide d'y faire de lourds investissements dans les années 90 afin de le moderniser. La piste d'endurance, d'une longueur de 6,5 km est finalisée en 1996. Différents types de circuits reproduisent toutes les conditions de route, y compris les zones urbaines, avec ralentisseurs, ronds-points et feux tricolores...

La Ferté Vidame aujourd'hui

CIMG2013 Aujourd'hui, La Ferté Vidame connaît une activité intense. Les ateliers ne désemplissent pas. Une annexe du Centre de Style a même été crée. Les tests effectués sur les véhicules ainsi que les kilomètres parcourus n'ont jamais été aussi nombreux, qualité oblige. Les pistes servent indifféremment aux modèles Peugeot ou Citroën : seul le cahier des charges technique diffère...On y trouve non seulement des prototypes, mais aussi des modèles de série, prélevés sur la chaîne afin de vérifier la conformité de la production au cahier des charges initial. Toute la journée, les "rouleurs" se succèdent sur la piste, enchaînant les virages, additionnant les kilomètres, dans un sens, puis dans l'autre, afin que le véhicule ne s'use pas que d'un côté...Un métier de passion, mais plus dur qu'on ne l'imagine...

Conclusion

La ferté tpv 2 70 ans d'existence...et une contribution unique au mythe Citroën. Pourtant, il existe très peu de témoignages historiques de la Ferté Vidame, et pour cause : personne n'a envie de trahir les secrets de toute une vie et ce n'est que très timidement que certains anciens ont accepté de témoigner. On peut citer en particulier le plus connu d'entre eux, Monsieur Terrasson, malheureusement décédé il y a peu, qui livra des histoires passionnantes sur les essais de l'époque et prit également une des seules, voire la seule photo sur les pistes, à la volée et à l'abri des regards, entouré de trois prototypes de TPV. Une photo qui aurait valu à son auteur un renvoi immédiat,  et qui resta de ce fait longtemps cachée : certes, le document est exceptionnel, mais il constitue une transgression qui ne serait pas plus acceptable aujourd'hui qu'il y a 70 ans...merci quand même, Monsieur Terrasson...

ICCCR 2008 : tous les chevrons mènent à Rome...

Logojpg 4 ans déjà...oui, 4 ans ont passé depuis le dernier ICCCR d'interlaken (Suisse). Derrière ce nom barbare se cache le plus grand rassemblement de collectionneurs et amateurs de la marque aux Chevrons. Un grand shoot Citroën où l'on croise des engins de toutes sortes, des hommes et femmes (si, si, il y en a aussi) venus pour certains de très loin, Etats-Unis, Australie, Europe de l'Est, Danemark, et pour les autres de France, de Pays-Bas, d'Allemagne et d'Italie, les quatre grands pays où l'on rencontre le plus de collectionneurs de Citroën. Cette année, c'est donc près de Rome, en Italie, que se déroule cet événement tant attendu...

CIMG2354 Direction Vallelunga, mais au fait, comment faire 1.400 kilomètres (aller) quand on a malheureusement un mois d'août très chargé professionnellement, et que l'on doit partir jeudi soir et rentrer lundi matin ? Eh bien, on prend l'avion ou le train, et on laisse la voiture au garage, avec regrets, certes, mais d'un autre côté, avec une Ami 6 immobilisée pour cause de fuite d'huile persistante, et ma DS 19 1957 fragile et ancienne, un tel trajet n'était ni envisageable ni raisonnable. Ce n'est pas grave, je me contenterai de voir les voitures des autres...l'ICCCR en voiture, ça sera pour dans 4 ans : si c'est aussi loin, je vais devoir me racheter une XM !

Je choisis le train de nuit, histoire de me remémorer mes années d'étudiant...je suis très chargé, avec tente (pour camper sur place), sac à dos, sac de couchage, Ipod, et les indispensables boules Quies. Départ de Paris Bercy par le Palatin à 19h00, arrivée à Rome à 9H30...en théorie. Avec ma veine dans les transports, j'arrive à 13h10. Plus de trois heures de retard...et, il fallait s'en douter, personne à l'arrivée...Avec des Italiens qui ne parlent ...qu'italien, des panneaux d'affichage qui n'affichent...rien et des portables désespérément injoignables, mon ami Damien, qui était venu me chercher, est reparti après deux heures d'attente !

CIMG2271 Me voilà à 45 km du circuit de Vallelunga, un 15 août, à chercher un moyen d'arriver à destination...je passe les détails, car nous sommes sur "citropersoboulot", pas dans le "Guide du Routard". Bref, après 1h30 de train de banlieue et de changements, j'arrive enfin à Cesano, près de Vallelunga, où m'attend une connaissance que j'ai réussi à joindre, et qui me récupère enfin en SM Chapron Opera, s'il vous plaît. Rejoindre le circuit dans une telle voiture, produite à seulement 8 exemplaires, me fera vite oublier ce voyage de près de 20 heures...

Une fois sur place, je retrouve enfin mon groupe d'amis et nous pouvons commencer notre immersion dans ce grand bain rempli de Citroën...

Nous nous attendions à la foule des grands jours...et, surprise, ce ne fut pas le cas ! Les formalités d'arrivée furent expédiées en quelques minutes. Nous arrivons rapidement sur le magnifique circuit de Vallelunga, qui accueille tout au long de l'année compétitions automobiles et essais de Formule 1. Le site est immense, et les organisateurs ont délimité des espaces par modèles le long de la piste.

CIMG2273 Excellente idée, sauf qu'il est impossible de circuler sur le circuit autrement qu'en ...voiture, car il faut près d'une heure de marche pour en faire le tour. Les espaces dédiée sont donc restés quasiment vides tout le week end, les participants préférant se concentrer autour du village organisé dans les paddocks. Les bas-côtés du circuit restèrent donc presque vierges, alors que la piste fut par contre largement utilisée, ce qui n'était, là aussi, pas vraiment prévu : en effet, il était particulièrement agréable de faire des tours de circuit à vitesse réduite, et personne ne s'en priva, ce qui procura un spectacle permanent et étonnant de Citroën de tous types et de tous âges circulant du matin au soir...

Après un rapide tour du site, une constatation s'impose : le nombre de véhicules présents semble sensiblement inférieur par rapport à l'ICCCR d'Interlaken : est-ce une impression liée à la taille du site, ou bien est-ce réellement le cas ? Renseignement pris, il s'avère que le nombre de participants est bien en baisse, avec environ 2.000 voitures présentes, à comparer aux 3.600 de l'ICCCR 2004, ce qui reste malgré tout un beau chiffre dans l'absolu...

CIMG2289 Plusieurs raisons peuvent expliquer cela : tout d'abord, Rome, c'est loin, en particulier pour les Citroënistes du Nord de l'Europe, comme les Pays-Bas, d'habitude très présents sauf cette année ! Ils devaient en effet parcourir plus de 1.800 km (aller) pour venir, ce qui peut expliquer cette relative désaffection. Deuxième raison, le pris élevé des carburants, qui représente un poste de dépense très important, vu la distance à parcourir (plus de 500 € pour une voiture moyenne au départ de Paris, hors péages !). Enfin, certains ont regretté un relatif manque d'information préalable de la part des organisateurs.

2.000 voitures, c'est toutefois largement suffisant pour en prendre plein les yeux, avec quelques pièces magnifiques dont vous pourrez avoir un aperçu dans l'album photo ci-joint.

CIMG2279 Les grandes tendances ? Beaucoup de DS 2ème série (à partir de 1968), dont de nombreuses italiennes, souvent magnifiquement restaurées. Quelques très beaux exemplaires de Tractions, peu de 2 CV (la distance ?), peu de DS 1er modèle, qui fait encore peur à beaucoup, la montée en puissance de la CX, et l'apparition de quelques belles GS, dont la cote a commencé à remonter.

Le village était très agréable : chapiteau sous lequel étaient diffusés des reportages ou anciennes publicités Citroën, nombreux marchands de pièces (surtout DS), curieusement très peu de vieux papiers, des espaces restauration et boissons nombreux et agréables, un musée éphémère un peu décevant au niveau de la mise en valeur des CIMG2276 véhicules, même si ces derniers étaient pour certains très intéressants : C6 1930 de Sa Sainteté le Pape qui n'a que 135 km d'origine et...25 kg d'or sur toutes les pièces habituellement chromées ou nickelées, une 2 CV 1952 dans un magnifique jus d'origine, quelques belles Ami 6 et DS italiennes, une 2 CV 1ère série (1939) du conservatoire, une 2 CV Charleston neuve...

Citroën Italie était présent avec les modèles récents de la gamme, alors que dans les paddocks, Citroën France, représenté par Denis Huille  exposait un show car C4 WRC ainsi qu'une ZX Rallye-Raid Paris-Dakar, et était accompagné par Pierre Lartigue en personne, qui a fait preuve d'une immense disponibilité et gentillesse tout le week-end !

CIMG2331 En résumé, il y avait de quoi s'occuper, mais le vrai spectacle était constitué par les dizaines de voitures garées sur le circuit, qu'il était possible d'admirer ou, encore, mieux, de découvrir en compagnie de leurs intarissables propriétaires...

Le soir venu, place à la fête sur le circuit, ou bien direction l'un des restaurants se situant dans les environs...avec cette impression d'être sur la planète Citroën en raison d'une circulation et de parkings presque exclusivement constitués de véhicules aux chevrons.

CIMG2358 Les bons moments passent plus rapidement que les mauvais...et la fin du voyage approche déjà. Damien me reconduit à Rome, et nous traversons en 2 CV cette ville magnifique : une bien belle manière de conclure ce week-end exceptionnel !

Rendez-vous est déjà pris dans 4 ans pour le prochain ICCCR qui se déroulera cette fois ci au Nord, très exactement à Pickering, dans le Yorkshire (Angleterre), du 16 au 19 août 2012 ( www.icccr2012.org.uk ) . En Angleterre ? En 2012 ? C'est aussi l'année des J.O. ! Sacré programme en perspective ! Cheers...

L'automobile et la ville (Partie 1)

Auto et environnement Cela fait bien longtemps que j'avais envie d'écrire sur le thème de "l'automobile et la ville". Mais la chose fut beaucoup plus difficile à appréhender que ce que j'avais imaginé. En effet, c'est un sujet qui ne laisse personne indifférent et qui, très vite, peut déchaîner les foules se répartissant, grosso modo, en pro voitures, pour qui la ville doit s'adapter à l'auto, et en anti-bagnoles, pour qui les voitures n'ont rien à faire en ville, et doivent de ce fait en être exclues.

Comme vous l'avez sans doute constaté, la tendance actuelle des pouvoirs publics penche clairement vers une chasse à la voiture en ville plus ou moins virulente selon les équipes municipales et les mairies. Chacun y va de son plan afin de "redéfinir le schéma d'occupation de l'espace urbain", afin de mieux partager ce dernier et de réduire la place occupée par la voiture au profit des piétons, vélos, et bien évidemment transports collectifs. Qui s'en plaindra ? Personne. Qui n'a jamais rêvé de se promener sans nuisances au coeur de Paris, Londres, Rome ou Barcelone ? Personne.

Réaménager l'hypercentre des villes, même moyennes, est devenu une véritable mission de service public pour les municipalités. Certaines veulent aller plus loin, et décourager tout usage de la voiture en ville, même dans des quartiers plus éloignés. Logique et compréhensible dans le premier cas, la chasse à la voiture devient dans ce deuxième cas une arme idéologique , et engendre bien souvent des situations contre-productives, voire ubuesques, comme c'est le cas dans certains quartiers de Paris, par exemple Boulevard de Sébastopol ou dans le 14ème arrondissement, où les aménagements effectués pour "dégoûter" les automobilistes et autres livreurs ont engendré pollution, perte de temps et désertion de certains commerces de proximité.

Embouteillage C'est toute la difficulté de cette cohabitation entre l'automobile et la ville : où s'arrête le progrès, où commence l'idéologie ? Comment concilier les immenses besoins de déplacement engendrés par toute agglomération avec l'amélioration du cadre de vie et la réduction des nuisances. Tout le monde veut vivre, se nourrir, s'équiper, se divertir, se faire livrer des pizzas un canapé, ou bien un livre commandé sur internet mais qui souhaite voir sa rue, son quartier, bloqué par des dizaines de camionnettes ou de camions qui livrent...ce que nos urbains consomment ? Difficile équation...qui ne date pas d'hier.

En effet, les nuisances en ville sont aussi anciennes que les villes elles-mêmes...il suffit de se pencher sur les quelques textes historiques abordant le sujet pour s'en convaincre...

1. 2.000 ans d'encombrements...

Dès l'Antiquité, Rome était réputée pour le vacarme et la "cohue" (pour ne pas employer le terme anachronique d'embouteillage) de ses rues. Passons directement au Moyen-Age,d' où nous parvient cette anecdote au sujet du Roi Philippe Auguste, qui, "un jour de l'an 1185 mit le nez à la fenêtre pour respirer l'air du soir. On n'eut que le temps de happer au vol sa majesté qui s'effondrait, asphyxiée par les relents nauséabonds de la chaussée. "Chaussée" est d'ailleurs un euphémisme insensé pour désigner un cloaque effrayant, fait de boue pétrie d'excréments et d'ordures, de flaques putrides et de monceaux de détritus où se vautraient les porcs, et ripaillaient les rats."

Plus près de nous, un édit de François 1er (1539) précise : "il sera désormais défendu aux chariots, charrettes, braquets, tombereaux et chevaux, de lutter de vitesse, de faire demi-tour dans les rues, ailleurs qu' aux carrefours et coins des-dites rues."

Un siècle plus tard, en 1660, Boileau écrit ces quelques vers, en alexandrins :

"Là sur une charette une poutre branlante  Vient menaçant de loin la foule qu'elle augmente ;

Six chevaux attelés à ce fardeau pesant  Ont peine à l'émouvoir sur ce pavé glissant.

D'un carrosse en tournant il accroche une roue,  Et du choc le renverse en un grand tas de boue :

Quand un autre à l'instant s'efforçant de passer,  Dans le même embarras se vient embarrasser.

Vingt  carrosses bientôt arrivant à la file  Y sont en moins de rien suivis de plus de mille."

Dans Satire et Epitres.

Nous poursuivons ce tableau par un rapport beaucoup moins poétique du Corps des Ponts et Chaussées au préfet de la Seine (1892) :

"Tout le monde sait combien à certaines heures et sur certains points de Paris la circulation est difficile. Nous avons établi que dans la Rue de Rivoli, en face du N° 156, les voitures circulant sur quatre files doivent s'écouler à raison de 16 à 20 par file et par minute à certains moments de la journée. Si l'oin fait attention aux différences de vitesse des véhicules, à la lenteur de la marche des fardiers, des charrettes et tombereaux lourdement chargés, aux arrêts des omnibus, aux accidents qui se produisent dans un tel fourmillement de chevaux et de voitures, on a peine à comprendre comment ce résultat puisse être obtenu : en revanche, on sait très bien au prix de quelles pertes de temps et de quelles difficultés".

Circulation années 1920 L'arrivée de l'automobile ne va rien arranger, bien au contraire, comme le constate un quotidien en 1924 : "Aux Champs-Elysées, à l'Etoile, comme au Rond-Point ou à la Concorde, l'embouteillage atteint des proportions alarmantes. Paris est actuellement un vase clos où l'on introduit des voitures sans tenir compte des possibilités réelles. Les boulevards, nos grands carrefours, nos artères centrales sont massacrés. Il est temps de songer à un remède énergique car cette paralysie des transports engendre des retards graves et risque de ralentir l'intensité des échanges."

Finalement, nos embouteillages d'aujourd'hui ne sont pas si terribles...

Nous y sommes : Les voitures et autres camions en ville, tout comme les carrosses et tombereaux d'autrefois, sont nécessaires à la vie de la ville. Mais sans régulation, ils deviennent de sérieuses nuisances qui asphyxient les villes et les paralysent. Alors, que faire ? Entre perpétuelle attirance et répulsion, comment résoudre l'équation impossible...? La ville doit-elle s'adapter à la voiture, ou la voiture s'adapter à la ville...?

Nous allons voir que la réponse donnée a fortement varié depuis les débuts de l'automobile...

2. Les premières automobiles : pas vraiment bienvenues...

Comment percevait-on au tout début du XX ème siècle les premières "voitures à moteur" ? Fort mal, justement. Il est difficile d'imaginer aujourd'hui combien les premiers temps de l'automobile furent difficiles. Bruyantes, imprévisibles, parfois aussi incontrôlables car presque dépourvues de freins, soulevant des nuages de poussière sur des routes non goudronnées, affolant les animaux : les premières automobiles ne furent pas bien accueillies par la population, et encore moins par les villes, qui rivalisèrent d'imagination pour faire barrage à ce nouveau fléau. Numériser0005 On se plaint de certaines règles contraignantes aujourd'hui...mais ce n'est rien comparé à ce que nos pionniers ont dû subir en ce début de siècle. A Bergerac, par exemple, le maire met en place une réglementation stipulant que les conducteurs, au même titre que les cyclistes, sont "tenus de mettre pied à terre et de conduire leur machine à la main". On imagine fort bien la scène...

Le maire de St-Ouen-l'Aumone décida pour sa part de limiter la vitesse des véhicules à moteur à ...8 km/h. Ce n'est rien par rapport au maire de Trouville, qui limita cette dernière à 4 km/h ! Ce ne sont que deux exemples parmi des dizaines d'autres.

Lyon comptait en ce début de siècle pour une ville particulièrement autophobe. L'octroi, péage urbain avant l'heure y est pratiqué avec un zèle bureaucratique si insupportable que le ministre de l'Intérieur dut intervenir pour faire cesser cette pratique. Un journaliste parisien proposa même un itinéraire évitant Lyon pour les chauffeurs se rendant dans le midi.

Certains maires proposèrent d'utiliser des barres métalliques, d'autres des planches à clous, certains mirent en place des panneaux "caniveaux dangereux"...l'imagination n'a pas de limite, mais l'objectif reste le même : éviter que ces nouveaux "fous du volant", peu enclins à respecter des règles de la route à peine définies et souvent méconnues, ne roulent trop vite en ville...louable intention, mais procédés excessifs.

Malgré tout, la puissante cause automobile eut le dessus, et peu à peu, l'auto se fit une place dans nos villes, déjà encombrées par les nombreux transports collectifs (tramway, bus) présents depuis longtemps.

3. L'auto envahit les villes

Les années 20 et 30 virent le parc automobile augmenter considérablement. La circulation dans les villes relevait de plus en plus de l'anarchie la plus complète. Les forces de l'ordre étaient débordées, les accidents fréquents. Le préfet Chiappe mit en place en 1927 les premiers passages "cloutés" afin de permettre aux piétons de traverser sans risquer leur vie à chaque coin de rue...

Paris pendant l'occupation La voiture va provisoirement presque disparaître des grandes villes françaises, pour cause de guerre, et surtout de pénurie d'essence, laissant la place aux vélos et piétons : ceux qui ont vécu cette période sombre de notre histoire se souviennent souvent de cette impression laissée par une ville sans bruit sans trafic, et qui semble comme endormie...

Une fois la guerre passée, les frustrations liées aux difficultés de déplacement et la quasi absence de transport individuel vont engendrer un formidable essor de l'industrie automobile, véritable pierre angulaire de la reconstruction économique du pays. Qui dit alors voiture dit voiture populaire et grace aux 2 CV et autres 4 CV, les français redécouvrent la liberté de déplacement et les joies du voyage, même si les conditions de confort, de vitesse et de route de l'époque nous sembleraient inacceptables aujourd'hui.

Numériser0006 Les villes pendant un temps débarrassées des voitures vont petit à petit se remplir à nouveau. Le nouvel idéal social est d'avoir sa voiture et de l'utiliser pour se déplacer, même en ville. Le traditionnel bras de fer entre le train et l'auto va tourner court, même si cette dernière, toujours considérée comme un produit de luxe par l'administration, est déjà assez lourdement taxée. Les 30 Glorieuses, période d'intense développement économique, vont accorder une place croissante à l'automobile, tout en négligeant pendant longtemps de moderniser les infrastructures routières et urbaine. Les problèmes de circulation vont petit à petit se multiplier. La voirie verra petit à petit disparaître les tramways, démodés par une automobile tellement plus pratique et confortable, et autrement plus valorisante. Pour la première fois, les transports en commun régressent face à cette déferlante à 4 roues. Désormais, la ville va devoir s'adapter à la voiture, dont la montée en puissance semble incontournable...


A suivre...

Notre meilleur ennemi

Globe_east_2048NASA Il représente 0.039% de notre atmosphère : 96,5 % est d'origine naturelle, et 3,5 % d'origine humaine. C'est un des gaz essentiels à l'effet de serre qui permet la vie sur terre mais dont le dérèglement probable perturbe le climat mondial Le CO2, autrefois considéré comme anodin pour l'homme est donc à présent devenu son ennemi public numéro 1. Tout être humain qui respire émet du CO2. Toute combustion, qu'elle soit naturelle ou issue des activités humaines en émet. Et pourtant...

Aujourd'hui, la médiatisation à outrance a engendré son corollaire de comportements excessifs et de contre-vérités assénées avec aplomb. Qui peut-être contre la préservation de l'environnement ? Personne. Dès lors, il suffit de prendre la parole pour que le message délivré devienne parole d'évangile, inattaquable, invérifiable. La tentation de manipulation, volontaire ou non de l'opinion publique, est pour certains irrésistible. Le CO2 est partout : comme il est tentant de l'utiliser pour Effet de serre tout critiquer, vouloir changer ce qui dérange, mettre le doute, rendre mal à l'aise chacun et chacune d'entre nous, dans chacun de ses actes, même les plus anodins. Aujourd'hui, dès qu'il fait trop chaud, c'est le réchauffement climatique. Dès qu'il fait trop froid, c'est aussi le réchauffement climatique ! Il suffit de regarder le journal télévisé, ou bien la météo pour s'en rendre compte : le CO2 est l'allié du catastrophisme journalistique, terriblement tendance en ce début de XXI ème siècle. Pas un jour sans un reportage sur une initiative bonne pour l'environnement, comme par exemple le moteur à eau, ou la fosse à purin géante pour produire son gaz soi même (deux exemples authentiques).

La réalité est beaucoup moins triviale. Le fait d'attaquer quelques bouc émissaires pour se donner bonne conscience à bon compte (grosses voitures, transport aérien, et autres symboles faciles) ne résoudra pas l'immense problème Trafic de la pollution d'origine humain ; La chasse au CO2, devenue presque obsessionnelle, occulte aujourd'hui une bonne partie des vrais enjeux environnementaux. Car le principal danger, ne l'oublions pas, est aujourd'hui à rechercher dans la pollution atmosphérique d'une part, et la pollution des sols et cours d'eau d'autre part. Le CO2 (qui n'est pas un polluant, contrairement à ce qu'on lit et entend à longueur de journée) n'y joue absolument aucun rôle. Pourtant, il suffit aujourd'hui de s'attaquer au CO2 (louable intention) pour se donner bonne conscience, et passer pour un ami de la planète. Et ce même si vous polluez abondamment et surtout en silence...

L'exemple français est particulièrement révélateur de ce système de pensée. Le système de bonus malus en est une bonne illustration. Mis en service en janvier, il ne s'attaque qu'aux émissions de CO2, en taxant les gros véhicules, et en accordant un bonus aux petits (pour faire simple). Et les polluants ? pas concernés. Le diesel est plus énergétique que l'essence, et émet donc moins de CO2. JDA Tant mieux : il est très favorisé par le système de bonus/malus. Sur les trois premiers mois de l'année, plus de 75% des voitures vendues étaient des diesels ! Par contre, il pollue beaucoup plus que l'essence, avec en particulier des émissions d'oxydes d'azote (très irritant) et les particules (cancérigènes). Mais ça, c'est comme le nuage de Tchernobyl, c'est nocif partout sauf sur le territoire français. Effet pervers supplémentaire, les véhicules équipés de filtre à particule émettent quelques grammes de CO2 en plus, et sont souvent plus taxés que les véhicules équivalents qui en sont dépourvus. Les Allemands, eux, ont choisi de s'attaquer aux polluants en interdisant les centres-villes aux ...moteurs diesels les plus anciens : bizarre, non ?

Autre effet pervers, les français, très habiles pour profiter des incitations fiscales, ont détourné le système en prime à l'achat de petite voiture urbaine (et en plus diesel), dont les ventes ont explosé. Moi qui croyait que la grande tendance, c'était la ville sans voiture ! J'avoue ne plus bien comprendre la logique de tout cela.

La volonté d'utiliser au mieux l'énergie disponible, et avec l'empreinte la plus faible possible pour l'environnement est la vraie priorité de nos sociétés modernes. Cela passe par la chasse au CO2, bien évidemment, mais pas seulement.

Pollution en chine L’industrie, qui doit relever le nouveau défi du développement durable, y trouve à la fois une vraie opportunité de nouveaux débouchés mais aussi une forte incitation à redoubler d'efforts de recherche et de développement. Les entreprises sont faces à une révolution énergétique et à une nouvelle révolution industrielle. Le rôle des institutions, européennes en particulier, sera déterminant pour faire en sorte que les nouvelles règles environnementales et d'émissions s'appliquent à tous, afin d'éviter des distorsions de concurrence insoutenables. C'est malheureusement plus facile à dire qu'à mettre en place. Il faut très rapidement que la lutte contre le changement climatique soit mondiale, et non réservée à quelques zones ou états vertueux, sinon, les efforts seront inutiles. L'Organisation Mondiale du Commerce a un rôle majeur à jouer pour cela.

Quant à l'automobile, que je connais disons un peu, c'est un exemple d'industrie responsable, n'en déplaise aux "anti-bagnoles" primaires.

Evolution emissions Parlons des polluants, trop souvent oubliés. Depuis les années 70, les émissions d'hydrocarbures imbrûlés ont baissé de 96,3 %, celles de monoxyde d'azote de 97,6 %, celles d'oxydes d'azote de 97,8 %. La plupart des grands constructeurs investissent aujourd'hui massivement pour résoudre l'équation impossible de la voiture sûre, propre, et économique. Ce n'est pas en montrant du doigt l'outil que dont des millions de personnes ont besoin pour se déplacer tous les jours que nous ferons avancer le débat. Le maire de Londres, "Ken le Rouge", qui vient de perdre les élections municipales, vraissemblablement en partie à cause de ses positions extrêmes sur l'automobile, l'a appris à ses dépends. Faire un péage urbain pour protéger son territoire, et engendrer tout autour une augmentation de la pollution, est contre-productif. La pollution est un problème global qui nécessite un traitement global. Déplacer le problème à quelques kilomètres du centre-ville ou chez le voisin est un remède pire que le mal.

Prius_1 Comme par le passé, l'automobile est prête à faire d'immenses efforts pour réduire les émissions de CO2 et de gaz polluants. Des progrès importants seront réalisés à court terme, avec l'hybridation, l'amélioration des moteurs à combustion, la réduction du poids et de la consommation des équipements embarqués. A plus long terme, le tout électrique, l'hydrogène, sont des solutions envisageables, mais qui ne manqueront pas de soulever d'autres problèmes de stockage ou encore de recyclage. Peut-être verrons nous apparaître également de nouveaux carburants verts compétitifs (à base de bio-masse), et non issus de cultures destinées à l'alimentation, qui alimenteront notre immense parc de moteurs à explosion. Mais quelle que soit la (les) solution (s) d'avenir retenues, arrêtons de stigmatiser l'automobile, elle ne le mérite pas. Arrêtons également de nous acharner sur quelques symboles de ce rêve automobile, modèles sportifs et autres berlines de luxe... Leur contribution en terme d'émissions est totalement marginale, de l'ordre de quelques dixièmes de %. Arrêtons enfin de taxer de manière différente la tonne de CO2en fonction de son origine. En 2015, le projet de réglementation de la Commission européenne valorise la tonne de CO2 d'un véhicule dépassant le plafond d'émission sur un an ou 20.000 km à 475 euros pour le constructeur, somme à laquelle s'ajoutent les diverses taxes CO2 mises en place dans les différents pays, portant le total à parfois plus de 1.000 euros la tonne. A titre de comparaison, la tonne de CO2 est valorisée à 33 euros pour les industries chimiques, métallurgiques et les cimenteries. Quant à la tonne de CO2 issue du transport aérien, elle peut être compensée "volontairement" par les passagers de certaines compagnies au tarif imbattable de 6 euros la tonne (émissions par personne pour un Paris/New York A/R : 1,1 tonnes), à qui on promet de "voler neutre" en carbone. A ce prix là, aucune hésitation, je prends l'avion...

Témoignage Citroën : "Ce n'est pas parce qu'on a fait des études de chimiste qu'on reste chimiste toute sa vie !"

Boris Gonzalez fait partie de ces anciens qui "ont compté" dans l'histoire très riche de la maison Citroën. Entré en 1956, il y fit une belle carrière et gravit progressivement tous les échelons jusqu'à devenir Directeur du Produit de PSA.  Loin de rester inactif après son départ en retraite en 1992, il devint alors président de l'association "L'amitié continue", qui regroupe les retraités du groupe, dont plusieurs centaines de cadres ainsi que plusieurs Directeurs Généraux.

Monsieur Gonzalez m'a reçu chez lui, et je vous livre son précieux témoignage, qui apporte un éclairage particulier sur la marque, sa "culture maison", son âge d'or, puis ses difficultés à partir des années 70.

Citroen Comment se sont passés vos débuts chez Citroën ?

"Je suis rentré chez Citroën le plus simplement du monde, en répondant à une petite annonce. Il y avait à l'époque une pénurie de cadres et un jeune diplômé comme moi recevait plus de dix propositions d'embauche !

Ayant fait des études de physique et chimie, on m'a confié la création d'un labo de métallurgie afin le travailler sur les nouveaux alliages, les revêtements de surface et toutes les problématiques liées à l'utilisation de métaux dans la production ou l'usinage des pièces mécaniques. On me donna un budget de fonctionnement, mais je n'avais ni équipe, ni local : je me suis mis au travail, et j'ai rapidement donné satisfaction, ce qui m'a permis de récupérer des hommes et un labo ! Ce dernier se développa et devint progressivement le laboratoire unique du groupe PSA, avec l'intégration des laboratoires de Belchamps et de Sochaux.

On ne manquait pas d'idées chez Citroën à l'époque, et on bénéficiait d'une grande liberté. On m'avait par exemple demandé de monter un système pour suivre l'usure des outils coupants par la radioactivité que l'on recueillait dans l'huile de coupe, avec un marquage aux isotopes. Les recherches ont malheureusement capoté rapidement.

Atelier_bertoni J'ai installé mon premier labo Rue Balard, puis j'ai obtenu une surface plus importante Rue du Théatre. On m'a installé à côté du bureau de Bertoni. La cohabitation fut parfois difficile ! Un jour, mon Chef d'équipe préleva une éprouvette de contrôle dans le bain de métal en fusion, verse le métal, puis l'éprouvette lui échappe des mains et atterrit dans le bureau de Bertoni, de l'autre côté de la cloison : ce dernier était furieux...

On m'avait demandé d'installer des fours de fusion d'acier afin d'étudier l'acier au plomb dans le but de faciliter l'usinage. J'utilisais le même monte-charge que Bertoni pour monter mes gueuses de fonte. Il fallait le prévenir la veille des livraisons. Lorsque le matériel arrivait, nous traversions le bureau des stylistes, qui se tenaient tous au garde à vous, à côte de leurs modèles soigneusement recouverts d'un morceau de tissus ! Le secret du bureau de style était une règle absolue, et ni moi ni mon équipe n'avons jamais vu de prototype ou de projet secret...

Lorsque j'ai quitté le labo, celui-ci employait 95 personnes. Nous avons à l'époque beaucoup travaillé sur les traitements de surface. Citroën s'intéressait de près au moteur rotatif qui posait de gros problèmes de métallurgie. Il y avait deux zones sensibles : le revêtement de la trochoïde et les segments d'arête du rotor. Nous rencontrions des problèmes de contact et d'usure. On détruisait le moteur en quelques centaines de kilomètres. Rotor_et_trochode_2 Les trochoïdes étaient recouverts d'un chromage ou d'un nickelage. Le nickel était  chargé de particules de carbure de silicium pour résister à l'usure mais le revêtement s'écaillait au niveau des trous de bougies. Nous avons reçu un nouveau revêtement par l'intermédiaire de NSU, notre partenaire qui travaillait également sur les moteurs rotatifs. Ce revêtement s'appelait le Nikasil. Nous l'avons ensuite retravaillé et suffisamment développé pour déposer plusieurs brevets et lui donner un nouveau nom : le "Citrasil" : grâce à ce dernier, nous avons résolu nos problèmes d'usure et sorti le moteur de série, tout d'abord sur le M 35 puis sur la GS birotor. C'était une expérience passionnante...."

A la fin des années 60, des rumeurs faisaient état de rachat de Citroën par Fiat ? Avait-on des raisons de s'inquiéter ?

"Oui, biensûr. Mais ce que l'on sait peu, c'est que Citroën croyait encore pouvoir manger Fiat. Je peux vous le dire. Un jour, vers 1985, j'étais à Turin pour la présentation d'un nouveau produit quand M. Agnelli arrive avec son hélicoptère. Il engage la conversation et, sachant que je travaillais chez Citroën, il me dit : "Ah, Citroën, quel dommage qu'on ait pas fait affaire. Ce n'est pas de ma faute, c'est Bercot (PDG de l'époque) qui voulait tout commander, je ne pouvais pas accepter". La situation financière de Citroën était déjà difficile mais il croyait pouvoir s'imposer...Par la suite, Citroën et Fiat développèrent une collaboration fructueuse.  Comme j'étais bilingue français/italien, je me suis  occupé des relations avec Fiat pour le développement de projets communs. Le première modèle fut l'utilitaire C 35. C35_2Fiat devait étudier la carrosserie, et nous la mécanique. Lorsqu'ils nous ont présenté les premiers résultats, nous leur avons répondu que c'était beaucoup trop cher à produire. Ils ont répliqué que si nous étions si forts, nous devrions le faire nous même, et c'est ce qui s'est passé : nous avons appelé M. Franchiset, ingénieur de génie qui avait mené le projet du type H, et qui devait partir sous peu en retraite. Il  a constitué une équipe réduite, avec d'ailleurs plusieurs dessinateurs italiens de chez Fiat, et nous avons finalement fait la carrosserie, et quasiment toute la mécanique. Le C 35 fut ensuite produit chez Fiat à Turin, mais c'était un modèle presque complètement développé par Citroën. Par la suite, les relations de travail ont été excellentes...et rentables pour nos deux groupes ! "

Vous avez eu à faire à Bercot ?

"Bercot était, disons, assez particulier. Je l'ai peu côtoyé. Un jour, alors que j'étais encore en charge du labo de métallurgie, Citroën s'apprêtait à prendre le contrôle de Maserati. La SM était déjà en cours de Maserati_2développement et il lui fallait un moteur. Les émissaires techniques qui avaient été envoyés pour évaluer Maserati étaient revenus assez épouvantés par ce qu'ils avaient vu qui s'apparentait plus à un garage qu'à un constructeur automobile. Il y avait cependant des ouvriers très qualifiés du côté de la chaîne de montage des moteurs. Bercot m'appelle, il était en compagnie de A. Brueder, son inséparable adjoint. Il m'explique qu'il y avait tout à faire en métallurgie, et qu'il fallait y installer un labo et un traitement thermique en vue de produire des moteurs pour la SM, car il n'y en avait pas. Je lui demande quelles cadences il prévoyait afin que je dimensionne les futures installations. Il me répond, imperturbable : "vous partez sur un minimum de 350 unités/jour, et vous verrez, on en manquera." Il y croyait à la SM, et faisait preuve d'un grand optimisme..."

Qu'avez-vous fait après après avoir monté le labo de métallurgie ?

"Après le départ de Bercot en 70, une nouvelle équipe de Direction est constituée autour de Raymond Ravenel. C'est ce dernier qui va me proposer la Direction du personnel des études (ingénieurs et techniciens). Je suis tombé en plein déménagement du bureau d'études pour les nouveaux locaux de Vélizy. Puis en 1971, Ravenel me convoque à nouveau. Citroën n'allait pas bien, il y régnait une certaine désorganisation, et Ravenel me proposa de créer le service organisation. C'était aussi ça l'esprit maison : ce n'est pas parce qu'on a fait des études de chimiste qu'on reste chimiste toute sa vie !

C'était un job passionnant : on me soumettait toutes sortes de problèmes d'organisation, au siège et en usine. Par exemple, la création du premier service produit, en charge du cahier des charges de chaque nouveau véhicule, de la conception au lancement. Avant, tout cela se faisait au bureau d'études, ce qui parait incroyable aujourd'hui !

On m'avait dit : "il faut faire un plan, et qu'on le suive" : j'ai donc créé la Direction Plan Programme Organisation".

Quelles étaient vos relations avec le Bureau d'études ?

"Bonnes. J'ai toujours été prudent et ménagé ceux qui créaient. Je leur faisait comprendre que le cahier des charges avait surtout un objectif de coût et de délai. Nous avions fait l'acquisition de l'une des premières machines à commande numérique Alfa 3D afin de réaliser des maquettes numériques. Sinon, la carrosserie se faisait encore à l'époque (début des années 70) à la planche à dessin avec des ingénieurs carrossiers, souvent à l'échelle 1. Je me souviens qu'ils étaient peu nombreux."

Quelle était la situation de l'entreprise au début des années 70 ?

"On est entré dans les années difficiles, et les caisses étaient vides. Les programmes de fabrication se faisaient chez moi, et dépendaient de l'activité commerciale. Lorsque les premières limitations de vitesse ont été annoncées, les ventes de GS ont été divisées par deux, celles de la SM ont baissé de 60%, et celles de la 2 CV ont été multipliées par deux. L'outil industriel était bien sûr incapable de s'adapter : ça a été catastrophique. L'usine de Levallois, qui produisait la 2 CV, était limitée en capacité, et installée en plein centre-ville.

Ravenel_et_rollier La situation empirant, Michelin décida de s'occuper un peu plus de Citroën. Ils ont envoyé une petite équipe avec F. Rollier, co-gérant de Michelin et cousin de F. Michelin, J.C. Tournand, responsable du personnel, et un gestionnaire. C'était vers 1972. On tenait des réunions difficiles car l'activité n'allait pas fort. Même François Michelin venait de temps en temps lui-même y assister. Son idée fixe était : comment refaire une 2 CV des années 70 ? Il avait été très marqué par la 2 CV...

Puis ce fut la reprise par Peugeot. Les négociations furent difficiles. Mais une fois la reprise finalisée, le nouveau patron de Citroën, Taylor, comprit assez rapidement ce qu'était l'esprit maison, et il est rapidement devenu "très Citroën". Malgré cela, les nouveaux produits étaient marqués par le coup de frein de la crise. La LN ne brillait pas par son originalité. La CX marchait bien, mais avait été développée avant. La Visa avait souffert de l'absence de styliste de talent. BxPuis vint la BX, un véhicule dont j'ai été responsable de A à Z. Un vrai succès et une très bonne voiture. Les faiblesses de l'équipe de style interne a conduit R. Ravenel à mettre ce dernier en compétition avec des designers extérieurs. j'ai à sa demande contacté Bertone en Italie, qui a signé le style de la BX, puis plus tard de la XM.

Après mon intermède au produit PSA, je suis revenu chez Citroën où j'ai créé DMP, la Direction Marketing Produit, qui s'appelle aujourd'hui DPMC : Direction Produits Marchés Citroën. Je me suis beaucoup occupé à l'époque, entre 78 et 92 de notre partenariat avec Fiat, qui a très bien fonctionné, en particulier pour les utilitaires, et qui nous assuré une bonne rentabilité."

Que pensez-vous de la GS ?

Citroen_gs_x_1975_30 "Je n'ai pas été impliqué dans son développement. Je sais que les études ont été menées tambour battant, après l'échec du projet F. Il n'aura fallu que trois ans des premières esquisses au modèles de série, moteur compris ! J'ai toujours considéré que c'était un modèle très réussi ; elle a fait une très belle carrière, sans diesel et avec une seule motorisation. L'architecture générale et la répartition des masses étaient parfaits."

L'AX était une bonne voiture, intéressante à plus d'un titre, pourquoi n'a-t-elle rencontré qu'un demi succès ?

"Citroen_ax Elle avait été développée après la première crise pétrolière et à l'époque, j'étais persuadé qu'il fallait faire une voiture légère et économique, consommant peu. Malheureusement, elle est sortie à un moment où les attentes du marché ont changé, les consommateurs demandant désormais des voitures plus sures, mieux finies. L'AX était très économique, mais avait en contrepartie une finition légère, une carrosserie fragile et un confort vibratoire et sonore moyen...En plus, nous avons été frileux en terme de style : une des trois maquettes présentées, non retenue, ressemblait comme deux gouttes d'eau à la Twingo, sortie quelques années plus tard."

Comment expliquer les problèmes de fiabilité de la XM au lancement ?

"Nous avions de grosses ambitions. Mais nous avons trop fait confiance à l'électronique qui démarrait. A l'époque de la DS, toutes les innovations fonctionnaient sans électronique, il faut le souligner. Le bureau d'études avait même développé un ABS qui fonctionnait parfaitement, mais sans électronique. Le manque de moyens financiers nous empêcha de le commercialiser, et les allemands l'introduisirent peu après, mais cette fois, avec électronique.

Xm_3 Mais revenons à la XM. Il y avait plus de 2.000 contacts sur la voiture. Nous avions interrogé Radial et Souriau, deux entreprises spécialisées dans la câblerie électrique. Ils nous ont répondu qu'ils savaient faire des contacts fiables, en utilisant les mêmes que pour l'industrie aéronautique. Mais c'était très cher et nous avons renoncé. Avec le recul, il aurait certainement fallu accepter, et vendre la voiture plus cher. Peugeot a eu exactement le même problème."

Vous avez "vécu" Citroën de 1956 à 1992. Quelle était la culture maison dans les années 60/70 ?

"Il y avait une énorme liberté données aux cadres et aux "créatifs". Il y avait aussi une vraie volonté d'être leaders. C'était une société très franco-française à l'époque. La France des années 50/60 était un marché porteur pour le très bas de gamme et le haut de gamme, ce qui allait bien à Citroën. Mais quand les classes moyennes ont émergé, au milieu des années 60, et que les constructeurs ont développé des voitures de milieu de gamme, Pierre Bercot refusa catégoriquement de faire pareil, car Citroën, disait-il, ne fait pas de "voitures moyennes". C'était une erreur, rattrapée de justesse par la conception et le lancement en catastrophe de la GS, dont la mise au point fut, une fois de plus effectuée par les premiers clients. On aurait même pu sortir une petite voiture urbaine grâce à notre collaboration avec Fiat. Nous avions un projet commun qui a été très loin. Bercot n'en a finalement pas voulu, et Fiat a sorti sa version seul, la 127. C'est dommage, car la version de Citroën était plus jolie."

Et ensuite, après l'arrivée de Peugeot ?

"L'arrivée de Peugeot a biensûr beaucoup changé la culture d'entreprise. Au début, c'était un choc culturel ! C'étaient deux mondes différent qu'il n'était pas facile de marier. Mais les patrons successifs, aussi bien Taylor que Calvet ou Folz, ont beaucoup fait pour la marque, qui rappelons le, n'aurait peut-être pas survécu à la 1ère crise pétrolière sans Peugeot. Aujourd'hui, le Directeur de la Marque n'est plus en charge du produit puisque ce dernier est regroupé au sein de la Direction des Programmes commune aux deux marques. C'est un choix risqué que je n'aurais peut-être pas fait car je suis de la vieille école mais si ils continuent sur la voie tracée avec la nouvelle C5, alors ce choix aura peut-être été le bon."

L'impression dominante après une telle carrière ?

"Je me suis bien amusé. J'ai eu la chance de vivre une époque riche et...mouvementée. Il y avait un véritable esprit maison, que l'on retrouve encore aujourd'hui au sein de l'association L'amitié continue."

Nous terminons notre conversation passionnante. Le témoignage de M. Gonzalez nous permet de vivre l'aventure Citroën "de l'intérieur", ce qui n'est pas si fréquent. C'est avant tout une histoire d'entreprise, avec ses rapports humains, ses coups de génie, ses erreurs, ses succès, mais aussi l'empreinte laissée à travers les années par les dirigeants, les styles de managements et les stratégies choisies. Beaucoup d'autres belles histoires sont certainement enfouies au plus profond des mémoires des hommes et des femmes qui ont "fait" Citroën, cette marque pas comme les autres. Espérons que d'autres témoignages viendront illustrer prochainement ce fameux esprit qui régnait au sein de la marque aux chevrons...

La 2 CV fête ses 60 ans

Doc_2_cv Je n'ai encore jamais cherché à acquérir de 2 CV. Pourquoi ? Peut-être parce que je ne me sens pas encore prêt pour un tel monument. Peut-être parce que j'ai peur de ne pas en savoir assez sur cette voiture aux mille visages pour être certain que celle que je choisis me corresponde vraiment. La 2 CV, c'est une Citroën un peu mystique qui fait l'objet de nombreuses légendes, et que l'on pourrait presque comparer à une religion, toutes proportions gardées bien sûr, avec ses adorateurs, ses exégètes, ses fanatiques et ses fidèles.

La 2 CV : tout le monde a quelque chose à raconter à son sujet, mais qui la connaît vraiment ? La 2 CV est présente dans tous les souvenirs de famille, elle a marqué les esprits de plusieurs générations mais sans en imposer, en toute modestie. C'est la vieille 2 CV de Papy qui nous a emmenés partout et qui a fini au fond de la grange, c'est la 2 CV de l'étudiant, usée jusqu'à la corde, qui l'a trimballé aux 4 coins de la France, toujours vaillante, même sans entretien et avec des trous de rouille dans le plancher. C'est la voiture de riche, de pauvre, de jeune, de vieux. La voiture bichonnée ou rafistolée, La voiture que l'on entend souvent avant de la voir. Celle qui permet de dire en regardant une vieille photo de village ou de ville : "Oui, c'est bien en France". C'est la voiture qui fait le lien entre plusieurs générations, C'est une vraie philosophie, minimaliste mais intelligente, simple mais sophistiquée, rustique mais pas rustre.

Nous célébrons cette année les 60 ans de la 2 CV. 60 ans d'une vie très riche et qui commença de manière mouvementée. Elle devait sortir juste avant la guerre, son cahier des charges était particulièrement simple. Selon la légende, Pierre Boulanger l'avait imaginé en observant un embouteillage de paysans se rendant au marché : charettes, chevaux, ânes, aucun ne disposait d'un véhicule bon marché adapté au monde rural . Les besoins étaient énormes, et l'offre inexistante. Il demande au bureau d'études "un véhicule pouvant transporter deux cultivateurs en sabot, cinquante kilos de pommes de terre, à une vitesse maximale de 60 km/h. En outre, ce véhicule doit pouvoir passer dans les plus mauvais chemins, il doit être suffisamment léger pour être manié par une conductrice débutante. Son confort doit être irréprochable car le panier d'oeufs transporté à l'arrière doit arriver intact malgré les ornières. Son prix doit être bien inférieur à celui de la Traction Avant. Enfin, je vous précise que son esthétique m'importe peu."

La future 2 CV ( issue du projet TPV) allait connaître une gestation difficile. L'équipe de Lefebvre se mit vite au travail. Comme à son habitude, le bureau d'études fit feu de tout bois...et partit dans tous les sens. Il y avait la volonté de partir d'une feuille complètement blanche et d'aller le plus loin possible dans le minimalisme. On voulait employer des matériaux ultra-légers, comme par exemple le magnesium ou l'aluminium. On étudia toutes sortes de solutions plus ou moins industrialisables mais toujours avec la volonté de faire simple et léger. On étudia toutes sortes de moteurs (à air, à eau) et toutes les cylindrées, et c'est très certainement le moteur bicylindres de Gnome et Rhone qui inspira Walter Becchia et Lucien Girard: ce moteur fut une de ses créations les plus marquantes.

Proto_tpv_la_fert_2  En 1938, de nombreux prototypes sont assemblés. En 1939, une première pré-série de 250 exemplaires est lançée, mais l'industrialisation pose problème en raison du coût de revient élevé. La guerre va modifier en profondeur le projet TPV qui abandonne petit à petit ses matériaux onéreux. Seuls quatre exemplaires ont miraculeusement échappé à la destruction et ont été retrouvés à La Ferté Vidame en 1994 !

1re_doc_2_cv_2  En 1948, enfin, la 2 CV "nouvelle formule" est présentée. Elle suscite l'étonnement, voire le dénigrement tant elle est, disons, spéciale. Mais très vite, la voiture va s'imposer. Pierre Boulanger avait vu juste : la guerre n'a fait que renforcer l'immense besoin de mobilité des campagnes françaises. Son aspect pratique et son économie achèveront de convaincre les plus sceptiques.

La production démarre très lentement, en raison d'un outil industriel dimensionné au départ pour des petites cadences. Michelin avait en effet très peur de reproduire les erreurs qui ont conduit Citroën à la faillite et investit avec parcimonie. La capacité de production de la 2 CV sera d'ailleurs l'éternel problème et limitera la diffusion du modèle, engendrant des délais de livraison qui atteignirent jusqu'à plusieurs années au lancement du modèle. Usine_de_levallois_2 L'usine de Levallois s'avèrera vite inadaptée, en raison de son implantation en ville et de sa surface : la production journalière atteindra tout de même un maximum de 750 véhicules/jour, mais dans des conditions déplorables et un désordre qui expliquent le manque d'entrain de Citroën à y accepter des visiteurs.

La 2 CV A, avec son moteur de 375 cm3 et sa puissance réelle de 9 ch, est aujourd'hui la plus rare et donc la plus désirable. C'est le modèle qui correspond le plus à l'état d'esprit du cahier des charges de l'origine. Au fil du temps, la 2 CV va s'embourgeoiser, avec l' AZ en 1954, qui bénéficie d'une augmentation de cylindrée (425 cm3 et 12 ch...) et de l'embrayage centrifuge en série, puis l'AZL en 1956 (L pour luxe, tout un programme !), qui hérite entre autres d'un désembuage du pare-brise et d'une lunette arrière agrandie. En 1957 apparaît la 2 CV AZLP avec porte de malle en tôle, la gamme ayant cette année là 4 modèles différents !

2_cv_azam En 1959, le gris n'est plus la seule couleur disponible puisqu'un superbe bleu glacier apparaît et met fin à 10 ans d'austérité. Puis en 1960 le capot est modernisé, et en 1963, la version AZAM apparaît : sa finition est améliorée, et la puissance du 425 cm3 fait un bond de 50 % pour passer à 18 ch, ce qui en dit long sur le potentiel de cette mécanique ! LA 2 CV change, perd un peu de son image rustique pour symboliser de plus en plus la malice, la joie de vivre, la polyvalence. Les brochures éditées par Delpire découvrent la quadrichromie et fleurent bon la France insouciante des années 60.2_cv_annes_60

Dans les années 70, la 2 CV va faire de la résistance. Chez Citroën on veut à tout prix lui trouver une descendance. Il faut dire que notre 2 CV a dépassé les 20 ans de carrière ! Mais les tentatives (en particulier la Dyane) seront des demi-échecs, et la 2 CV gardera ses fans. Ceci n'échappera pas à la Direction de Citroën qui, en ces temps de crise économique, de choc pétrolier et de difficultés financières pour l'entreprise, relancèrent la "Deux-Pattes" à coup de séries spéciales habilement marketées : tout d'abord la Spot, première du genre, puis la Charleston, la Cocorico, et, bien d'autres encore, plus ou moins réussies. Charleston

En février 88, la fabrication prend fin en France après 39 années ininterrompues, mais continue encore jusqu'au 27 juillet 1990 au Portugal. La production totale (utilitaires compris) s'élève à plus de 5 millions d'exemplaires !

Aujourd'hui, le souvenir de la 2 CV est plus présent que jamais. La marque, à nouveau fière de son passé, a décidé de fêter dignement ses 60 ans, avec un hommage au Salon Rétromobile, et une exposition à la Cité des Sciences et de l'Industrie du 15 avril au 30 novembre 2008 (plus d'informations). C_cactus Plus étonnant encore, en ces temps de pétrole cher et de mode de la voiture low cost, ses qualités minimalistes et économiques redeviennent "tendance" et inspirent les designers maison, avec la C-Cactus, concept car très remarqué et qui préfigure de futures Citroën.  Les collectionneurs s'arrachent quant à eux les plus beaux exemplaires et les concentrations de 2 CV ont un succès grandissant chaque année. Le culte de la 2 CV est décidément loin de disparaître et c'est tant mieux...Ah si Monsieur Boulanger savait tout ça, il le noterait très certainement dans son inséparable carnet...

Mars 1928 : un Bulletin Citroën très actuel !

Citroen_1_2 En flânant dans les allées du Salon de Reims, j'ai mis la main sur un document comme j'aime en trouver : Il s'agit du numéro 51 du Bulletin Citroën, daté de mars 1928, et qui porte en couverture un titre évocateur :

"Voici le printemps, préparez votre campagne de vente ! ".

Mars 1928 - Mars 2008 : 80 années nous séparent de la parution de cette publication. Et pourtant, quelle modernité, quelle actualité, serais-je presque tenté d'écrire, tant ce Bulletin Citroën est, au style près, digne de figurer en bonne place sur le bureau d'un professionnel de l'automobile d'aujourd'hui.

Le Bulletin Citroën était le journal de liaison entre le siège et son réseau de concessionnaires et agents. Chaque mois, il faisait le point sur l'actualité de la marque, traitait une problématique liée à l'activité de concessionnaire automobile (par exemple, la gestion d'un magasin de pièces détachées, la comptabilité, la communication...), mettait en avant des "bonnes pratiques" au sein du réseau, ou enfin valorisait un "Agent Modèle". Un véritable exemple de "com interne" dirait-on aujourd'hui...

Le numéro qui nous intéresse est entièrement consacré à l'activité commerciale puisqu'il ambitionne d'aider les agents et concessionnaires à élaborer leur "plan de campagne" destiné à relancer le commerce automobile en cette saison propice qu'est le printemps...

Il est particulièrement intéressant de mettre en perspective le contenu de ce Bulletin Citroën avec l'automobile d'aujourd'hui. Si la technique a fait d'immenses progrès, les méthodes de vente et de communication ont quant à elle finalement assez peu évolué ! Certes, l'informatique et les nouveaux médias, en particulier internet, ont modifié profondément le travail au quotidien et amélioré la productivité, mais sur le fond, les méthodes d'animation commerciales, les grands principes qui ont cours au sein des équipes de vente, dans les directions marketing où commerciales des constructeurs font appel aux mêmes fondamentaux qu'il y a 80 ans.

Je perçois déjà ce que certains pensent : ne va-t-il pas trop loin dans les analogies ? N'est il pas incongru de comparer l'automobile du XXIe ème siècle avec celle du XXe ème ? Pas tant que cela, croyez-moi : si elle a connu une incontestable et constante évolution, l'automobile n'a pas vécu beaucoup de révolutions : La première fut incontestablement la production en grande série qui engendra l'automobile pour tous. La deuxième est peut-être en train de se jouer en ce moment, avec d'une part l'automobile low cost et d'autre part les enjeux liés à la voiture propre...

D'une manière générale, nous gagnerions à mettre un peu plus nos actions présentes en perspectives des expériences passées, même lointaines, et pas que dans le domaine automobile...

Ac Mais revenons à notre bulletin Citroën. Il nous donne de précieux éléments qui expliquent en partie la rapide montée en puissance commerciale de la marque aux Chevrons, qui, rappelons-le, n'a que 9 ans en 1928 ! Au delà de son intérêt historique, il m'a vraiment étonné, par le ton employé, la justesse des solutions préconisées, et la qualité générale du contenu, tout à fait remarquable pour l'époque : Monsieur Citroën n'était peut-être pas un grand passionné d'automobiles, mais il en avait compris tous les enjeux, et ce bien avant la plupart de ses concurrents directs.

Voici quelques extraits choisis et commentés du fameux bulletin Citroën daté de mars 1928...

La couverture, tout d'abord, reprend un dessin de Pierre Louïs, iconoclaste de génie, repéré par Citroën qui en fit très vite son adjoint en charge de la communication, autrefois appelée "propagande". Elle représente un homme songeur, certainement un concessionnaire ou un agent, en pleine réflexion à propos de son fameux "plan de campagne de printemps". Le calendrier accroché au mur nous révèle que nous sommes le 20 mars. Devant lui, d'épais dossiers, des tableaux remplis d'annotations, et une boîte de fiches avec l'inscription "prospects", un terme parfaitement actuel et ô combien important pour tout constructeur automobile.

Première page ; le ton est donné, volontaire, directif, le tout teinté d'enthousiasme ; un vrai discours que l'on croirait sorti du manuel du parfait Manager :

"Un plan de campagne, oui, voilà ce que nous voudrions vous voir étudier dès maintenant. Plus d'efforts dispersés, de tentatives timides ou incomplètes, mais une action commerciale logique, raisonnée, qui se déroule sans vide, et sans heurt. Publicité par annonces, par affiches, prospection, autant de "moyens" qui doivent juxtaposer leurs effets pour arriver au but final de nos efforts à tous : vendre toujours d'avantage. Ne dites pas qu'un pareil plan d'action est long et délicat à établir. Il suffit d'y songer avec un peu d'attention et d'appliquer à votre entreprise le schéma dont nous illustrons notre article. Pensez-y. Quelques heures de réflexion pour tracer votre plan, une ferme persévérance pour l'appliquer ensuite et vous avez là la clef d'une saison prodigieusement féconde en résultats."

Puis, M. Pommier, Sous-Directeur Général aux Usines Citroën prend la parole, et délivre un message clair et sans détours : "Sur 100 voitures vendues, plus de la moitié l'est par des clients que personne ne soupçonnait, et 20 seulement faisaient l'objet de fiches de prospection." S'en suit une véritable leçon de prospection, afin de séduire tout d'abord les clients qui se manifestent spontanément : "il se manifeste à vous par la demande d'un renseignement, d'un catalogue. Vous couchez alors son nom sur une fiche de prospection, vous prévenez l'usine et le travail d'approche et d'investissement commence : lettres personnelles, visites de voyageurs, offres d'essai se juxtaposent, conjugent leur action et ne cessent que lorsque la commande est signée [...]".

Citroen_2_2Puis M. Pommier évoque la recherche active de ceux qui sont "Citroënistes sans le savoir", par un travail méthodique sur les fichiers, voire une prospection "porte à porte".

Nous passons rapidement sur la présentation de la commission commerciale, déclinée en réunions régionales, et dont le but est d'étudier sous toutes ses faces le problème de la vente, de trouver des nouvelles méthodes et de les "appliquer sans exceptions par tous les Concessionnaires et Agents de la marque."

La suite du bulletin est consacrée à la conception du plan de campagne, et on y découvre un grand nombre de conseils avisés qui forcent encore aujourd'hui le respect pour leur grande qualité et un sens du détail décidément très professionnel...

L'organisation générale

"L'organisation d'une entreprise en pleine ascension nécessite de périodiques révisions pour mettre ses possibilités en harmonie avec le volume d'affaires traitées. Examinez donc la vôtre pour voir si, en prévision de la saison des ventes qui va s'ouvrir, vous ne devez pas apporter quelques retouches à son organisation générale, si vous ne devez pas modifier certains rouages qu'un surcroit de travail pourrait "gripper". Et notre bulletin délivre ses précieux conseils : apurer ses comptes, afin de parfaitement connaître sa situation financière, définir de manière précise la fonction de chaque collaborateur, optimiser l'organisation de l'atelier et s'assurer de la rentabilité des travaux effectués, s'approvisionner en pièces détachées, etc : ici s'achève la partie consacrée à ce qu'on pourrait qualifier de "back office".

Citroen_3 La préparation commerciale

C'est le "plus gros morceau". Elle commence par la publicité, pour laquelle les Usines Citroën fournissent "clichés, maquettes, entrefilets", et dont le programme d'insertion doit s'étendre sur plusieurs mois, complété par des "annonces d'opportunités axées sur des faits et évènements qu'il est impossible de prévoir". Puis viennent les affiches pour lesquelles un soin particulier doit être consacré à l'emplacement.

Ensuite vient la prospection, et le travail du fichier déjà évoqué plus haut : "Examinez le sous toutes ses coutures, il a certainement besoin d'être "ventilé", mis à jour. Travaillez-le, pratiquez sur lui la "taille" que les jardiniers font à cette époque [...] Eliminez les fiches de ceux qui ne sont plus acheteurs. Créez les nouvelles fiches qui s'imposent en rapprochant les indications du fichier des listes de prospects que nous vous fournissons. Après quoi vous aurez une merveilleuse machine à fabriquer des ventes."

Après avoir expliqué en détail les moyens possibles pour enrichir le fichier et effectuer des relances, nous passons à la vente, avec l'aménagement minutieux du showroom (appelé magasin), les vendeurs et le travail du secteur, voire même l'entretien d'un véritable réseau constitué de sous-agents, stockistes avec lesquels il est recommandé d'organiser régulièrement des séances de travail, car ce sont aussi des "agents de prospection".

Le panorama ne serait pas complet sans aborder le thème des véhicules d'occasion qui devront être préparés et prêts à vendre, et dont les acheteurs constituent le premier vivier pour la vente de véhicules neufs...des conseils toujours vrais et pas toujours respectés 80 ans ans plus tard !

Le Bulletin Citroën recommande aussi avec insistance de participer à toutes les manifestations régionales, foires, salons, marchés, en allant même jusqu'à choisir un thème majeur pour chaque événement, ou bien, si l'établissement est d'importance, d'organiser lui-même des opérations de promotion qui "habilement conduites, faites en liaison étroite avec le réseau commercial, arrivent à créer de véritables mouvements Citroën dont les répercussions s'étendent sur une période dépassant largement la durée de l'effort."

Citroen_4Les moyens centraux

La dernière partie est consacrée aux moyens centraux mis à disposition du réseau (chapitre "Pour vaincre, voici les armes !" Le ton est donné...). Ces moyens commencent par les véhicules eux mêmes, particulièrement adaptés, on s'en doute, aux désirs de la clientèle. Puis sont cités dans l'ordre, les "grandes campagnes de propagandes", que l'on nommerait aujourd'hui "campagnes nationales", vitrines de fin d'année, raids en autochenilles, pages de publicités dans les journaux, visites d'usines Citroen_5 etc... En plus de ces moyens centraux, l'usine met à disposition de son réseau de nombreux moyens de communication locale, conçus par le "Service de propagande" : affiches, brochures, dépliants, catalogues de réparation, banderoles, oriflammes, panonceaux de signalisation, et même matériel "audio-visuel" (les fameux stéréoscopes Citroën) et vues d'usines afin de décorer vitrines et bureaux...

En résumé, tout est fait pour que la marque, présente à l'époque jusque dans les bacs à jouets des enfants, soit connue et reconnue, que sa présence s'impose à tous, et partout. Comme je l'ai déjà mentionné dans un précédent article, Citroën a admirablement géré la construction de sa marque qui a connu montée en puissance rapide et une grande notoriété en un temps record.

Citroen_7_2 Pour conclure...

Le plan de campagne est à présent complet, prêt à être mis à exécution. Imaginons l'Agent Citroën à Agen, Brest ou Auxerre, recevant ces précieux conseils : quelle perspective d'action, quelle valeur ajoutée pour ces entrepreneurs qui ont misé sur la marque Citroën depuis moins de 10 ans et qui vont l'accompagner dans sa formidable ascension ! Que de professionalisme apporté par l'Usine à son "réseau d'amis" ! Ce simple bulletin symbolise à lui seul la modernité et l'avant-gardisme à plus d'un titre du premier constructeur français. On y perçoit une boulimie de succès, une course à la réussite qui symbolisent à la fois l'incroyable montée en puissance de la marque aux chevrons, mais aussi les excès du "toujours plus" cher à André Citroën et qui allait le faire chuter à la première crise venue...

La nouvelles C5 est-elle une vraie Citroën ?

07137006b_2On dit parfois que les "Citroënistes" ont tendance à vivre dans le passé...Ce n'est pas mon cas. Ceux qui me lisent depuis longtemps savent bien que mon intérêt pour la marque puise ses sources dans son riche passé mais que j'ai toujours souhaité la voir revenir sur le devant de la scène...et il faut bien avouer que j'ai été comblé au delà de mes espérances...Il y a encore trois ans, seuls quelques spécialistes ne m'auraient pas contredit (et encore...), mais force est de constater que la perception de la marque évolue vite. Citroën est dans une "spirale ascendante", comme l'écrit avec pertinence un journal spécialisé, et retrouve son rang, se permettant même de venir chatouiller Peugeot, avec ses 14 % de part de marché rêvés depuis longtemps et enfin atteints.

Après la rupture de la C4 berline au style affirmé, le lancement du C4 Picasso a mis tout le monde d'accord : Citroën est de retour. La C5, qui va envahir les showrooms dans quelques jours, représente une nouvelle étape pour la marque aux chevrons : celle de la (re)conquête, dans un segment très concurrentiel et trusté par les allemands, celui des berlines et breaks "premium", de type BMW série 3, Audi A4 ou Mercedes Classe C.

07137002bRarement la présentation d'une nouvelle voiture n'aura suscité autant d'éloges de la presse automobile : la C5 a immédiatement séduit par son design, force de la marque depuis l'arrivée de Jean-Pierre Ploué au style en 2000. Puis, la présentation intérieure très cossue a convaincu les derniers sceptiques : une marque française va peut-être enfin pouvoir tenir tête aux allemandes, ce qui est depuis longtemps le fantasme de nos constructeurs nationaux : rappelons-nous la publicité pour la Renault 21, filant sur une autoroute allemande, direction Munich/Stuttgart, ou bien les XM/605, dont les problèmes de fiabilité firent tourner court toutes les ambitions, ou encore la Vel Satis, qui devait affronter les allemandes avec un certain décalage qui fut vite synonyme de rendez-vous manqué.

07161011b Alors Citroën a-t-il trouvé la formule magique ? Peut-être, l'avenir nous le dira... Mais déjà certaines voix un peu dissonantes s'élèvent : la C5, d'accord, mais est-ce encore une Citroën ? La question est en effet posée. Il est vrai que pour la première fois, un haut de gamme Citroën va exister en suspension conventionnelle ou hydraulique, cette dernière étant réservée aux versions haut de gamme. Il est également vrai que le style de la C5 reprend les "codes" esthétiques du segment qu'elle vise, et en particulier ceux des allemandes : la nervure latérale est en effet très "BMW série 3", la découpe des vitres latérales et la hauteur de caisse, très "VW/Audi", tandis que l'arrière rappelle l'Audi A4...la technologies est quant à elle très traditionnelle, bien loin des innovations auxquelles la marque nous avait habitués...il y a bien longtemps. Enfin, l'habitacle est quant à lui très soigné et très...traditionnel.

07161013b Alors la C5 est-elle trop consensuelle ? A t'elle suffisamment intégré les gènes de la marque ? Ne risque-t-elle pas de perturber les clients acquis à la marque et a-t-elle assez d'atouts pour attirer une nouvelle clientèle tout entière acquise aux marques allemandes ? La question se posera, inévitablement...

Seul le temps nous permettra d'y répondre. Cependant, je me risquerais bien à un pronostic. Oui, je suis persuadé que Citroën tient là l'outil de la reconquête. Oui, il y a une rupture par rapport au passé de la marque, mais cette rupture était indispensable. Revenons sur le produit : le design, tout d'abord. il reprend les codes du segment, certes, mais n'est-ce pas indispensable pour justement y réussir. La C5 a pourtant une personnalité bien à elle, c'est indéniable : l'avant est très Citroën et..très réussi. il faut voir le véhicule en trois dimensions (j'ai eu cette chance il y a déjà plusieurs mois) pour se rendre vraiment compte du soin apporté à tous les détails stylistiques, et certains sont vraiment Citroën, à commencer par la lunette arrière concave, et bien d'autres éléments que je vous laisse le soin de découvrir.

Les temps ont changé...le modèle de développement qui a prévalu pendant l'Age d'Or de la marque n'est tout simplement plus possible aujourd'hui. L'innovation presque sans limite et permettant une durée de vie du produit de 10, 15 ou même 20 ans, avec la perspective d'atteindre peut-être un jour la rentabilité souhaitée (en espérant que la concurrence ne se réveille pas trop vite), c'est désormais de l'histoire ancienne ! Cette stratégie qui a conduit la marque à sortir les produits mythiques que sont les Traction, 2 CV ou DS, n'est tout simplement plus possible dans le monde automobile d'aujourd'hui. Déjà, dans les années 70, la marque est passée au bord du gouffre pour ne pas avoir su ou pu se remettre en cause.

07139006b_2 Citroën aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec ce passé, et c'est aussi pour cela que la marque existe toujours ! Les fameux "codes" techniques ou esthétiques sont beaucoup plus nombreux qu'avant, les contraintes liées aux normes de sécurité ou environnementales, la concentration et le rôle de plus en plus important joué par les fournisseurs, tous ces facteurs font que l'automobile d'aujourd'hui ne peut pas ressembler à celle d'hier. Le fait que Citroën ait réussi à passer ce cap en retrouvant une vrai personnalité est à mes yeux la meilleure preuve que le pari est en passe d'être gagné.

Et qui sait, peut-être qu'après nous avoir impressionnés et rassurés avec C4 et C5, elle s'offrira même le luxe d' à nouveau nous surprendre avec des produits beaucoup plus inattendus...

Citroën, Renault, Peugeot : une certaine idée de l'Automobile de France

  Usines_citron_1925_1_2 Après quelques récentes digressions sur les modèles constituant ma "petite collection Citroën", nous revenons aujourd'hui sur un sujet dont je souhaitais parler depuis longtemps : il s'agit de la mise en avant de l'outil industriel au service de la communication automobile. En effet, mes recherches documentaires m'ont permis de trouver de nombreux exemples de brochures publicitaires éditées par nos trois constructeurs nationaux Peugeot, Renault et Citroën, et mettant en avant sous diverses formes l'outil industriel, voire la contribution de l'automobile à l'économie nationale. Il s'agit d'un phénomène particulier, très emblématique de l'Âge d'Or de l'automobile, qui a démarré dans les années 20, et qui s'est terminé 50 ans plus tard vers la fin des années 60.

Qui aurait en effet aujourd'hui l'idée de mettre en avant une usine, un laboratoire, un outil industriel, pour vendre une voiture ? Qui mettrait en valeur la politique sociale de l'entreprise, ou encore la fabrication en grande série pour convaincre le consommateur ? Personne.

Pourtant, il fut un temps où la contribution de l'automobile à l'effort d'industrialisation du pays était un vrai argument de vente, utilisé par nos constructeurs nationaux. Au delà de ces similitudes, l'étude de documents d'époque laisse apparaître d'intéressantes spécificités que je vais tenter de résumer ci-dessous.

1. Citroën : motoriser les masses et contribuer à la prospérité nationale.

Usines_citron_1930_1 Citroën fut certainement le premier à autant utiliser l'argument industriel et économique dans ses communications. Et pour cause. André Citroën était avant tout un industriel, un capitaine d'industrie, et se souciait peu d'automobile. A la différence des pionniers comme Louis et Marcel Renault, De Dion, et autres, il ne commença pas sa carrière au fond d'un jardin à bricoler un moteur, et il ne se passionna jamais pour la course automobile. Non, il voyait plutôt la voiture comme un bien de consommation et sa mission était d'une part de faire tourner son outil industriel, d'autre part de motoriser les classes moyennes, celles-ci constituant un débouché formidable pour ses usines.

Au delà de cette motivation "industrielle", Citroën était un patriote, il l'avait prouvé par sa contribution à l'effort de guerre. Quel était dès lors le meilleur moyen, une fois la paix revenue, de contribuer à la prospérité du pays ? En faisant de l'automobile un pilier de l'économie nationale. Doc_citron_1930_1 Et toute la communication va suivre cette logique. Les premières pages parues dans l'Illustration mettent toutes en avant un slogan, largement aussi importante que le produit lui-même : "Le premier modèle fabriqué en grande série". En effet, au début , les automobiles Citroën avaient peu d'arguments purement techniques à mettre en avant. A une époque où la plupart des constructeurs d'automobiles fabriquent des voitures de maîtres, destinées à une élite, luxueuses, sophistiquées, Citroën n'a quand à lui la possibilité de ne proposer que du simple, du rustique. L'argument est ailleurs : ses voitures sont des produits de consommation, pas des produits de luxe. Il a compris que l'automobile deviendrait une industrie de masse uniquement si elle s'adresse aux masses...Il fallait donc plus trouver autre chose que le produit Doc_citron_1930_2_2 lui-même pour impressionner les foules : d'où la communication à grand spectacle choisie par Citroën : mise en avant des usines, expéditions lointaines, illuminations de la Tour Eiffel, Salons de l'Auto, succursales et showrooms impressionnants. Le but était simple : au-delà du produit plutôt banal, les clients achetaient du grandiose, du spectaculaire, de la fierté aussi. Citroën venait de créer de toutes pièces et en un temps record une marque puissante, si puissante qu'elle sublimait les produits qui portaient son nom...Un vrai coup de génie.

Usines_citron_1930_2_2 C'est ainsi que de nombreuses documentations mettent en avant les Usines Citroën, véritables temples des temps modernes. Par exemple la brochure intitulée "Les usines Citroën : leur contribution au développement général de l'automobile" mettent en avant la marque au Chevron, qui a incontestablement été à l'origine du développement de l'industrie automobile en France, à grand renfort de chiffres de consommation d'acier, de nombre d'employés et de voitures produites...D'autres brochures mettent simplement en valeur les Usines Citroën, avec des photos d'ateliers fumants, de hangars gigantesques, de forges impressionnantes : les visites d'Usines participaient à ce même dispositif et rencontraient un grand succès, jusqu'à ce que les Michelin y mettent fin brutalement lorsqu'ils reprirent la marque en 1935. Même un argumentaire vendeur des années 30 commence par mettre en avant l'outil industriel avant même de parler du produit. C'est dire...

Mais passons à présent à Renault, concurrent le plus sérieux mais aussi antithèse absolue d'André Citroën...

2. Renault : ambition et puissance industrielle au service des clients

Cartes_renaultLouis Renault, autre géant de l'automobile en France... Beaucoup de similitudes existent entre Renault et Citroën. Ces deux là vont s'observer, s'épier, s'envier toute leur vie. Ils se détestent mais ont besoin l'un de l'autre. Louis Renault regrettera d'ailleurs la disparition de son éternel rival en 1935.

Il est une anecdote qui résume assez bien les similitudes mais aussi a différence de philosophie entre les deux hommes. On dit que les deux voulaient le meilleur pour leurs usines. Mais si Louis Renault négociait âprement les prix en contrepartie d'un paiement comptant, Citroën quant à lui acceptait de payer le prix fort en échange de facilités de paiement. Renault, c'est du sérieux, du solide. Caractérisé par son esprit d'indépendance, Louis Renault va régner sans partage. Il bâtit son empire sans turbulences, mais avec clairvoyance et avec une grande intelligence de son temps. Comme Citroën, il se sent investi d'une mission économique nationale. Dès 1906, il reçoit la Légion d'Honneur, et ne cessera de vouloir prendre la tête d'une industrie désormais d'intérêt national.

Doc_renault_annes_30_1_2 Renault se positionne très nettement dans les documents d'époque comme "l'anti-Citroën". Jugez en plutôt, avec cet extrait d'une brochure datant des années 30. Le titre est évocateur : "Renault seul". Le texte ne laisse aucun doute sur sa cible :"Plutôt que de réaliser un seul type de voitures qui pour certains serait trop puissant, et pour d'autres insuffisant, les Usines Renault ont créé une gamme complète de voitures de tourisme [...] permettant de réaliser "Une voiture pour chacun". S'en suit une longue liste d'innovations que l'automobile doit à Renault, illustrée par un magnifique dessin des usines de Billancourt...A Citroën le modèle unique, à Renault la diversité, un Renault qui se positionne comme spécialiste de la "coordination", collaboration étroite de tous les moyens de Doc_renault_annes_30_2 transport, voitures, camions, trains, mais aussi avions, bateaux (moteurs) et même tracteurs. Face à un Citroën visionnaire, flamboyant et incontrôlable qui vole la vedette au très sévère Louis Renault, ce dernier ne cessera de se consacrer corps en âme au développement de son empire industriel, en toute indépendance, sans tambour ni trompette, mais avec une grande capacité de jugement, devenant en quelques années un véritable capitaine d'industrie à la française. Et ainsi, Renault, comme Citroën, mettra en avant auprès de ses clients la puissance de ses installations industrielles mais, et c'est une différence fondamentale par rapport à Citroën, sans jamais occulter la diversité des produits proposés. Cette diversité est autant synonyme de puissance aux yeux de Renault que l'unicité et la standardisation le sont pour Citroën.

Il faut également pour être complet évoquer le Renault d'après-guerre. C'est en effet  le seul constructeur français à avoir continué à mettre en avant sa contribution à l'économie nationale, à une époque où l'argument industriel perdait en importance. Pourquoi ?

Ile_seguin Renault, symbole de la collaboration pendant la guerre... C'est malheureusement cette image que traîne à la Libération le constructeur français autrefois prestigieux, créateur des fameuses 40 CV, voiture des présidents. La sanction fut sévère mais inévitable : la firme fut nationalisée. Elle devient bien vite une entreprise symbole entre les mains d'un État qui souhaite profondément modifier la société française, lui donner un nouvel élan, en ces temps de reconstruction et de forte croissance économique. Renault va devenir dans ce contexte un fleuron de l'industrie française. Dans les cartons de l'entreprise au losange se trouvait un projet de petite voiture qui ressemble étrangement à la Coccinelle de Volkswagen, et pour cause, puisqu'il se murmure que ce fut son modèle. Le Plan Pons, qui répartit à la fin de la guerre la production automobile entre les constructeurs français survivants, va donner fort logiquement à Renault le marché des petites voitures, marché le plus important, avec l'objectif de motoriser la France ouvrière et paysanne. Renault va dès lors en profiter, recevoir les matières premières nécessaires, produire, en utilisant l'usine de Billancourt encore moderne et vite remise en route. Les autres constructeurs, Citroën en tête auront beau crier au scandale, à la concurrence déloyale : c'est bien Renault qui prend le leadership au lendemain de la guerre 39-45. Doc_renault_annes_60_1 Et au delà de la performance industrielle, Renault devient rapidement une vitrine du nouveau capitalisme à la française, qui entend associer le progrès social à la croissance économique. Renault devient un laboratoire social qui montre la voie à toutes les autres entreprises : premier accord d'entreprise en 1955 instituant la 1ère mensualisation des salaires des ouvriers, les 3 semaines de congés payés, une protection sociale supplémentaire, puis passage à 4 semaines de congés payés en 1962, etc...Comme le dit si bien une brochure parue au début des années 602 : "La grandeur d'une entreprise, c'est aussi la manière dont elle se préoccupe de son personnel".

Ainsi, Renault qui a particulièrement profité des débouchés immenses de la reconstruction, a pu innover dans le domaine social et devenir une véritable vitrine du modèle français. Et l'entreprise, comprenant que cela lui procurerait une immense publicité, a très souvent mis en avant à la fois sa puissance industrielle mais aussi les nombreux exemples de progrès social dont elle fut, bien souvent, à l'origine. A cela, Renault ajoute à ses arguments précédemment cités toute la panoplie du parfait champion national, avec la grande exportation, la recherche, les projets européens, le réseau etc...Bref, Renault apparaît bien comme une entreprise toute puissante et entend le faire savoir...

Qu'en est-il de l'austère Peugeot, qui a lui aussi communiqué, à sa manière, sur sa puissance industrielle, et, de manière plus inattendue, sur le progrès social ?

3. Peugeot : tradition, fierté régionale et modèle social

Peugeot_1935_7 Que fait Peugeot pendant que Louis Renault et André Citroën s'affrontent ? Peugeot travaille, du fond de sa province. Peugeot crée du solide, du traditionnel, pour une clientèle fidèle qui réclame des voitures fiables et bien construite. Peugeot, c'est d'abord la fierté de toute une région, la Franche-Comté, qui constitue un ancrage puissant, bien loin du Paris mondain de Citroën et de la banlieue austère de Louis Renault. Peugeot met en scène dans une magnifique brochure cette fierté régionale à grand renfort de Lions de Belfort et de vertes vallées. Peugeot, c'est la tradition française, une histoire de famille, qui, de père en fils, a su perpétuer des valeurs de travail, d'indépendance, au service de la France et des Français. Venu à l'industrie par l'artisanat, Peugeot  n'a pas oublié son passé, et met en valeur le travail des hommes. C'est d'ailleurs le plus paternaliste de nos champions nationaux, qui n'hésite pas non plus à montrer à ses clients dans de luxueuses brochures  que les ouvriers sont "pris en main", que tout est fait pour améliorer leur existence, pour les divertir, pour leur insuffler l'esprit d'équipe grâce au sport et en particulier au Peugeot_1935_3_2F.C. Sochaux. Peugeot organise même les sorties dominicales pour ses ouvriers, leur procure la sécurité "des 4 âges de la vie" avec écoles, allocations diverses et complément de retraite pour les plus âgés : avant guerre et bien avant que Renault ne s'en fasse un domaine réservé, le progrès social était bien la spécialité de Peugeot. Derrière Peugeot et son paternalisme qui organise toutes les phases de la vie de ses ouvrier, c'est toute une région qui travaille, et dont le rayonnement national constitue une fierté qui semble donner des élans lyriques, comme le prouve la conclusion d'une brochure éditée par le constructeur au lion en 1935 :

Peugeot_1935_4 "Peugeot en 150 ans a forgé au "Pays" de Montbéliard un centre industriel célèbre pour la qualité de ses produits dont la renommée rayonne aujourd'hui dans le monde entier. A côté de la grande usine, Peugeot a créé une organisation sociale qui est un exemple de sécurité, d'équilibre, et de justice. Et c'est peut-être dans l'éternel effort des hommes à la recherche du bien-être, l'idéal le plus conforme à la sagesse que réalisèrent, unis dans un labeur soutenu et clairvoyant, "tous ceux de Sochaux, de Valentigney, de Seloncourt, d'Hérimoncourt, de Pont de Roide, d'Audincourt et de Beaulieu".

Peugeot_1935_6  une belle envolée évocatrice, qui met sur le même piédestal la qualité des produits, la puissance industrielle, et le bien-être social. La deuxième guerre mondiale donnera un coup d'arrêt à cette forme de paternalisme omniprésent, et la communication de Peugeot se fera beaucoup plus discrète sur ces aspects après la guerre...

Une Ami 6, enfin...le retour ! (suite et fin)

Cimg1065_2 Elle était devenue presque virtuelle, cette Ami 6, tant je l'ai attendue, imaginée, rêvée...Mais après l'appel de Jacques Bayoni reçu courant de la semaine dernière, plus aucun doute n'était possible : mon Ami 6 n'est plus virtuelle du tout puisqu'elle est prête et qu'elle m'attend à Hermeray ! Et tout à coup, le temps s'accélère. Bon, alors, comment je m'organise ? Assurance, c'est fait. Garage...euh, au fait, je vais la mettre où ? Je viens de passer directement de l'étape "on verra quand ça arrivera" à l'étape "ça urge". Heureusement, la commune d'à côté loue des emplacements souterrains. ils en ont plusieurs disponibles. Ca tombe bien, j'ai aussi un problème pour loger ma GS. Je fais une offre pour deux places sans trop y croire et...le maire (en personne) accepte. Coup de chance...

Cimg1064 Maintenant il faut aller la chercher. Rendez-vous est pris samedi matin, rendu possible une fois de plus par l'aide de Thierry. Mon fils Julien, toujours partant pour ce genre de virées, m'accompagne. Problème : j'ai attrapé une bonne grippe quelques jours avant. Bon, j'ai bien réussi à aller travailler la veille, je vais bien réussir à aller chercher celle que j'attends depuis plus de 6 mois...Rendez-vous avec Thierry chez moi, à 8h00. Il fait un temps magnifique, ça tombe bien...

100_0300_2 Nous arrivons à Hermeray vers 9h00. Je ne suis pas très en forme mais j'oublie pour quelques instants mon mal de tête. Elle est là, dehors, superbe, avec la patine d'une voiture qui sort de 25 ans d'obscurité et qui affiche 45 années au compteur...Elle est vraiment dans un état d'origine rare, ça se confirme. Il ne lui manque plus que ses pneus michelin neufs, que j'ai, mais qui attendent leurs jantes toujours en peinture.

Nous discutons quelques instants avec Jacques, tournons autour de la 2 CV AZ de Thierry qui va subir une bonne révision du moteur, puis vient le moment tant attendu : les premiers kilomètres au volant. Jacques me donne quelques conseils pour la procédure de démarrage, je mets le contact, tire à fond le starter, tire le démarreur et elle part au quart de tour ! Elle tourne vraiment comme une horloge ! J'ai désormais une Ami 6 dans un strict état d'origine mais avec une mécanique parfaitement remise à neuf : le rêve de tout collectionneur.

100_0303 Me voilà parti. Pas facile, au début. Heureusement, le parcours du retour, qui passe dans la forêt de Rambouillet n'est ni difficile, ni fréquenté. Je dois m'habituer à la boîte, différente de mon Ami Break, aux freins sans assistance, et composer avec une certaine émotion, et...un état grippal qui n'arrange rien.

Nous nous arrêtons faire quelques photos dans la forêt, avec le soleil du matin : c'était magnifique, on aurait cru un décor de catalogue Citroën signé Klein.

Nous repartons. Arrivés dans les encombrements de Coignières, je frise la catastrophe. Surpris par le freinage non assisté, je rentre à faible vitesse dans le pare-choc d'une Laguna. Là, grand moment de détresse, je me voyais déjà entrain de remplir un constat et surtout de constater les dégâts à ma face avant qui avait traversé sans encombre les 45 dernières années mais pas les 30 premières minutes avec moi au volant ! Le propriétaire de la Laguna sort de sa voiture, regarde et me lance : c'est bon, y-a rien mais faites attention ! Evidemment que je fais attention, je ne fais que ça même, mais les circonstances dont j'ai parlé plus haut peuvent expliquer en partie ce mini incident. Je m'arrête tout de suite. Bon, ouf, il n'y a pas grand chose, juste un léger enfoncement au niveau des fixations de pare-choc, facilement redressable, ainsi qu' un léger accroc à la peinture provoqué par le recul de ce dernier. La si fragile face avant n'est pas touchée. Ouf, j'ai de la chance dans mon malheur. Je finis ma route doucement, je gare la voiture, et je retourne me coucher, transi par la fièvre et anéanti par cet incident qui, sur le moment, a pris des proportions psychologiques tout à fait exagérées...

Cimg1066 Deux jours se sont écoulés depuis ce retour, et je n'ai même pas pu retourner faire le tour de ma voiture car j'ai véritablement été cloué au lit par cette sale grippe. Je viens juste de la redémarrer et de la déplacer de 50 m afin de la mettre à l'abri dans mon parking. L'incident est presque oublié. Vivement le week-end prochain que je puisse enfin célébrer comme il se doit le retour de l'Ami ...

Une Ami 6, enfin...suite (3) !

Cimg0871b Mes dernières nouvelles concernant la remise en route de mon Ami 6 datent de novembre dernier. Depuis, plus rien...vous êtes nombreux à suivre la remise en route de mon Ami 6 et certains se sont interrogés sur ce long silence : mais que se passait-il donc ? Des problèmes graves étaient ils soudain apparus ? Allait-on voir enfin notre chère Ami 6 rouler ?

Pas d'inquiétude, TOUT VA BIEN... Il y a simplement eu quelques contretemps que je vais vous détailler ci-dessous mais cette fois-ci, c'est sûr, la fin des travaux approche.

Cimg0869 Vous vous souvenez de ma dernière note, dans laquelle je vous décrivais le très bon état du châssis totalement exempt de corrosion, ainsi que de la carrosserie et de la peinture. Nous étions à ce moment en plein remontage de la mécanique. La voiture avait démarré normalement après réfection de l'allumage, et le moteur semblait bien tourner, mais il était encore prématuré de se hasarder à faire un diagnostic précis de la mécanique. On pouvait seulement constater que l'état général de la voiture était excellent, mais ne cachait-il pas de mauvaises surprises ?

Heureusement, aucune. La principale raisons du retard pris dans les travaux est la très longue attente de certaines pièces, en particulier les soufflets de transmission qui se sont perdus deux fois de suite (!) dans les méandres de notre chère poste...Bref, après plusieurs semaines, ils sont enfin arrivés. C'était juste avant Noël...

Notre spécialiste des bicylindres, va enfin terminer le remontage. A ce stade, les opérations mécaniques suivantes ont été effectuées :

Freins : réfection complète (flexibles, cylindres de roues, maître-cylindre...)

Echappement : changement de la ligne complète.

Transmission : vidange de boîte, remplacement des soufflets.

Moteur : vidange, nettoyage, remplacement des joints cache-culbuteur, réglage des culbuteurs, remplacement de la courroie de dynamo, bougies, membrane+ cornet de carbu, rupteur, condensateur, filtre à essence + nettoyage du réservoir...

Dsc_1426_titr_4Cimg0866c_3 Divers : redressage aile arrière, changement batterie et...beaucoup de nettoyage des passages de roues, du plancher et du compartiment moteur (voir photos avant après, c'est spectaculaire...)

Le 19 décembre, notre Ami 6 prend enfin la route pour le grand examen du Contrôle Technique. A ce stade, je n'ai toujours pas entendu son moteur tourner, seul Jacques, qui lui a redonné vie, a eu ce privilège. Il aura également la chance de faire les premiers kilomètres à son (mon...)volant.

Verdict du Contrôle Technique : passé haut la main, avec un seul défaut sans contre visite : léger déséquilibre du frein de service, vite corrigé...

Le lendemain, catastrophe ! Une tâche d'huile assez importante est apparue pendant la nuit sous le moteur. C'est un joint qui fuit entre le moteur et la boîte : il faut tout redéposer...je m'en doutais un peu, après plus de 25 ans d'inactivité, c'était prévisible.

Pict0094b Notre mécanicien va donc démonter le moteur et en profiter pour déculasser...et là, excellente surprise, l'embrayage est très bon, et le moteur ne présente ni usure ni même encrassement : il est comme neuf...il faut dire qu'il n'a que 55.000 km, et il a visiblement été soigné. Finalement, c'est un mal pour un bien, le joint est changé et la fin des travaux approche.

La semaine dernière, n'y tenant plus, je retourne voir ma voiture. Le remontage est presque terminé. Notre garagiste a lavé la carrosserie, remis des roues provisoires mais de la bonne teinte (les roues définitives sont encore en peinture), nettoyé le compartiment moteur qui m'apparaît flambant neuf, et là c'est le choc : elle est vraiment dans un état incroyable, cette auto ! Dans un jus d'origine exceptionnel et avec une mécanique en parfait état pour accumuler les kilomètres de ballade...Jacques met le contact, tire le démarreur et là, je l'entends pour la première fois tourner comme une horloge ! Enfin...

Alors, je peut venir la chercher quand ? Bon, heu, il y a encore un problème de dynamo (qui sera vite réglé) et il faut que je fasse quelques dizaines de kilomètres pour voir si tout va bien : disons dans une bonne semaine, ça ira ? ...biensûr que ça ira ! Je vais compter les jours, c'est la partie de l'attente la plus délicieuse, un peu comme si je me retrouvais un paquet d'années en arrière, juste avant les grandes vacances ou à l'avant-veille de Noël...cette voiture, j'y tiens ! D'abord parce que ça faisait longtemps que je voulais une Ami 6 (y-en a bien qui s'achètent des belles montres ou des voitures de sport, mais moi c'est une Ami 6, ne cherchez pas à savoir pourquoi, moi même j'en sais rien...). Ensuite parce que cette voiture et moi, c'est une belle et, je l'espère, une longue histoire qui commence...

A suivre...

Ah non, pas une GS !

Gs_1_2 Telle fut la réaction de mes proches lorsque je me suis plongé dans la lecture de l'ouvrage"La Citroën GS de mon père", de Dominique Pagneux. Comme ils savent que c'est généralement en commençant par lire tout ce que je trouve sur un modèle que je finis par l'acheter, ils ont pris peur, forcément. Mais pourquoi donc une GS ?

La GS est au purgatoire, c'est un fait. Même les Citroënistes convaincus l'ont délaissée, c'est dire...seule une poignée d'intégristes chevronnés lui voue un culte mystérieux. Et pourtant, la fin de la traversée du désert semble proche. Les Hollandais raflent tous les beaux exemplaires qui apparaîssent ici et là dans les petites annonces, et Gsquand les Hollandais s'intéressent à quelque chose ayant à voir avec Citroën, ils sont généralement précurseurs. Pourtant, même moi qui ait grandi dans les années 70-80, la GS ne m'évoque rien de palpitant. Premier exemplaire de la Citroën "ringarde", la GS de Papy a colonisé les routes de nos seventies, puis pollué le paysage automobile des années 80, grâce à une caractéristique paradoxale : la grande solidité de la mécanique associée à la grande biodégradabilité de sa carrosserie et de sa finition intérieure ! Les GS ont donc roulé longtemps, et ce malgré un état apparent souvent déplorable !

Gs_2  Mais tout ceci appartient au passé : les primes à la casse et la rouille ayant fait leurs oeuvres, les GS sont parties au pilon par milliers, et le modèle se fait rare de nos jours. Les exemplaires mis en vente appartiennent désormais à deux catégories : les GS usées jusqu'à la corde d'une part, tout juste bonnes pour quelques pièces, et quelques exemplaires totalement préservés par leurs propriétaires citroënistes méticuleux d'autre part, ces dernières étant les plus rares, et les seules désirables, vous en conviendrez.

Gs_4 Mais revenons à la question posée en introduction : pourquoi cet intérêt pour la GS...?

C'est une fois de plus en me documentant sur l'histoire de la marque de Javel et de ses modèles que j'ai découvert que la GS était un modèle intéressant à plus d'un titre, et qu'il méritait bien mieux que la disgrâce dans laquelle il était tombé...

Après le F, le G

Si vous avez déjà parcouru les pages de ce site, vous avez certainement déjà lu l'article intitulé "Le projet F : un échec lourd de conséquences",qui relate la difficulté qu'a rencontrée la marque Citroën à combler le trou béant existant entre sa gamme de bicylindres (2 CV, Ami) et la DS, alors que les autres constructeurs avaient tous compris l'enjeu représenté par l'émergence de cette nouvelle clientèle appelée "Classe Moyenne".

Peugeot 204, Renault 16, Simca 1.500, la concurrence passe à l'attaque...et Citroën s'enlise dans ce fameux projet F, trop complexe, trop ambitieux. "Citroën ne fait pas de voitures moyennes" aimait à déclarer le PDG Bercot, mais alors, comment satisfaire les classes...moyennes ?

En aril 67, le projet F est soudainement et définitivement abandonné, en partie à cause du lancement de la Renault 16, qui aurait été largement "inspirée" par le modèle de Citroën, enfin c'est ce qu'on dit, la rage au ventre, du côté de la Rue de Javel. Une partie de l'outilage a déjà été commandé chez Budd. Les frais de développement ont coûté très cher. Quel gâchis ! Et pourtant, il faut se remettre au travail, et vite. Une équipe est rapidement constituée, emmenée par le nouveau patron du style, Robert Opron, qui succède à Bertoni décédé en 1964. Elle s'installe dans le flambant neuf Centre de Style de Vélizy, autrement plus moderne que les bureaux d'étude poussiéreux de la rue du Théatre.

Pininfarina La "Dream Team" va travailler vite et bien. On veut au départ réutiliser les études effectuées pour le projet F mais après une année d'atermoiements, c'est finalement une voiture totalement nouvelle qui va être conçue, tout en utilisant des technologies très "Citroën". En quelques mois, un prototype est construit. Mise en concurrence avec le bureau de Style Italien de Giurgaro, l'équipe menée par Opron finit par s'imposer. Le dessin est très moderne, et vraissemblablement inspiré par le prototype dessiné par Pinifarina pour  BMC présenté au salon de Turin 1967, et qui préfigure également ce que sera la CX...7 ans plus tard.

Une nouvelle Citroën !

S'en suit un véritable marathon afin de respecter le délai fixé : la voiture doit être prête mi 70. Et elle le fut ! Le grand public put enfin découvrir la nouveauté durant le Salon de Paris, en octobre 1970. Et une fois de plus, la nouvelle Citroën fit sensation. Son style signé Opron est moderne (pour l'époque) et tranche avec celui, assez banal, de ses concurrentes. Gs_2_2 Le tableau de bord dessiné par Harmand est très réussi, avec le tout premier compteur de vitesse façon "pèse-personne". Les solutions techniques sont tout bonnement exceptionnelles dans cette catégorie de véhicules : pivot de direction dans l'axe, suspension hydropneumatique, 4 freins à disques, moteur flat-four de 1015 cm3 refroidi par air et d'une conception réduisant les vibrations et le bruit. Sa puissance est de 55,5 CH DIN seulement mais grâce à son excellent CX de 0.34, ses performances sont comparables aux concurrentes de 1100 cm3. C'est également la première Citroën à avoir subi des crash-tests avant sa commercialisation.

La presse, ainsi que les premiers clients apprécient les qualités de tenue de route, de confort et de freinage dignes de la réputation Citroën. La GS est d'ailleurs élue "Voiture de l'année" en février 71 par un jury de 44 journalistes représentant 12 pays. Le pari semble gagné et la marque a démontré qu'elle était capable de sortir un véhicule de moyenne gamme qui ne soit pas un véhicule moyen (vous suivez ?).

Problèmes de jeunesse

Tout irait pour le mieux si les premiers modèles n'avaient souffert de problèmes de jeunesse qui entâchèrent leur réputation : manque de puissance du moteur, difficultés de démarrage à froid, surconsommation, boîtes de vitesse fragile, arbres à cames grippés, sans compter la finition intérieure déplorable et la fragilité de certaines pièces. Comme toujours chez Citroën, les premiers clients essuient les plâtres, et ce n'est qu'en 1972, avec l'apparition du moteur 1220 cm3 que tous les problèmes furent réglés.

Gs_3 La GS pêchait par une autre faiblesse : son prix de revient était très élevé en raison de la complexité technique de la voiture, et ce alors que la plupart des concurrentes européennes de ce segment, Ford Taunus, Renault 12 et consorts se caractérisent justement par la simplicité (pour ne pas dire rusticité...) de leur mécanique... Malgré la diffusion élevée (158.000 dès 1971, 195.000 en 72, 223.000 en 73), la GS rapporte peu, et ne permet pas de redresser une situation financière fragile. Seule sa durée de vie exceptionnellement longue (de 1972 à 1987, près de 2.500.000 exemplaires produits) lui permettra d'être finalement rentable pour le constructeur.

Evolution

La GS va beaucoup évoluer durant sa longue carrière. En mars 71 est lançée une version semi-automatique à trois rapport et convertisseur de couple, et la version break apparaît en juillet. Deux finitions sont proposées, la Confort, et la Club, un peu plus équipée, avec un compte-tours, une montre, des entourages de vitres chromés, deux feux de recul, une pochette porte-carte et des dossiers inclinables : le vrai luxe ! La première grande évolution arrive en septembre 1972. Citroën remédie aux principaux défauts du 1er modèle : moteur de 1220 cm3 plus puissant et plus économique, freinage et synchros de boîte améliorés...un peu comme si, le temps aidant, les ingénieurs avaient pu finir leur ouvrage... Les versions 1015 sont maintenues au catalogue, mais uniquement en finition bas de gamme. Les versions 1220 recoivent quant à elles de nombreuses améliorations de détails sur lesquelles je ne m'attarderai pas, de peur de faire fuir les non initiés (voir le site www.gs-gsa.org pour un complément très détaillé sur l'évolution du modèle année par année).

Birotor En septembre 73 est présentée la GS Birotor. Citroën travaillait depuis déjà longtemps avec son partenaire NSU sur le moteur rotatif Wankel. Une société, Comotor, avait même été fondée. Le rotatif, c'était l'avenir, pensait-on à Javel : souplesse, simplicité, puissance et...consommation. Fâcheux, au lendemain du 1er choc pétrolier. La GS birotor est équipée d'un moteur de 1990 cm3, qui développe 107 Ch DIN, presque deux fois plus que le 1015...et elle consomme de 12 à 15 litres aux 100. C'est un échec et un peu plus de 800 exemplaires sortiront finalement des chaînes. Citroën s'efforcera de récupérer progressivement les véhicules revenus dans le réseau afin d'éviter de devoir fournir des pièces détachées et d'assurer les réparations de ces machines exotique. Ces véhicules seront stockés puis finalement détruits : encore une folie très Citroën ! Quelques exemplaires ont survécu, ce sont les GS les plus rares.

X2_2La prochaine grande évolution de gamme arrivera en septembre 1974. Plusieurs versions apparaîssent :

Les GS X et X2, "GS des jeunes", enfin, sans excès cependant : on est loin de la Golf GTI : moteur 1220 "poussé" à 65 CH sur la X2, phares additionnels, présentation plus sportive, avec cadrans ronds, sièges baquet, encadrements de vitres noirs, couleurs vives etc.

Pallas La GS Pallas fait également son apparition. elle est plus bourgeoise, avec  des aménagements plus luxueux (on est également loin d'une Mercedes...), seuils de portes en inox, baguettes latérales, lunette arrière chauffante, nouvelles garnitures intérieures plus "riches", toit vinyle en option...

Au Salon 76, premier restylage important : nouveau tableau de bord avec des compteurs circulaires traditionnels (malheureusement...), nouveaux feux arrières avec bandeau anodisé, nouvelle calandre à Basaltebarres horizontales. La GS perd en charme ce qu'elle gagne en modernité. La mécanique évolue peu. En 78 apparaît un nouveau moteur de 1129 cm3 (56 Ch) en remplacement de la 1015. Une première série spéciale est lançée en Avril, la Basalte, avec moteur 1220, peinture noire avec motifs rouges du plus bel effet, anti-brouillards, enjoliveurs Pallas, glaces teintées, toit ouvrant, radio K7 : enfin des équipements ! Enfin, apparition de la X3 : elle inaugure un nouveau moteur 1299 cm3 (65 Ch) que l'on trouvera sur la future GSA.

Gsa_2 Dernière grande évolution en 79, avec l'arrivée de la GSA, justement. Le chrome laisse la place au plastique des années 80, mais pas seulement, car les changements sont nombreux : pare-chocs massifs, nouveau tableau de bord revenant aux tambours rotatifs et adoptant les fameux "satellites" des Visa et CX, boîte 5, nouveau moteur 1299 cm3 et surtout hayon arrière très pratique et très attendu par les clients ! 3 versions sont proposées, Club, Pallas et X3, alors qu'un modèle de GS reste au catalogue : la GSpécial.

La GS est désormais un modèle très abouti, très homogène, et devenu avec le temps plus conventionnel.

Puis vient le temps d'un lent déclin. Les ventes faiblissent, la gamme évolue peu. La dernière GSA, produite en Indonésie, sortira des chaînes en 1987. La BX a déjà pris la relève depuis longtemps. Plusieurs séries spéciales seront lançées pendant les 5 dernières années de production pour dynamiser quelque peu les ventes. Elles sont toutes délicieusement "datées" : la Cottage, sur base de break, avec peinture métal beige, intérieur tissus écossais, jantes alu, la Tuner, avec son équipement audio complet et sa peinture noire, ou encore la Chic, gris métal. deux tons, jantes alu...des modèles désormais rares et réservés aux seuls initiés...

Conclusion

Je citerai en guise de conclusion un extrait d'un ouvrage majeur sur Citroën qui résume parfaitement ce que fut la GS : "La GS est probablement l'un des modèles les plus paradoxaux de l'histoire de Citroën. Alors qu'elle constitue un véritable chef-doeuvre technologique - c'est peut-être la plus aboutie de toutes les Citroën - elle reste pour l'instant méconnue. Surtout, elle exprime plus que tout autre modèle la quintessence du pari stratégique et identitaire de Citroën : réconcilier la quantité et la qualité, les exigences apparemment contradictoires de la production de masse et de la création technologique" in Citroën, essai sur 80 ans d'antistratégie, Joël Broustail, Rodolphe Greggio, Ed. Vuibert.

En réalité, la GS est la dernière Citroën un peu folle de l'ère Michelin. La dernière d'une lignée qui démarra avec la Traction, et caractérisée par une croyance presque aveugle dans la technologie et l'innovation, seules capables de créer un avantage durable permettant de se différencier...

Alors cette GS ? Auriez-vous imaginé une telle histoire ? La trouvez-vous toujours aussi peu recommandable ? Je suis certain que vous la regarderez maintenant d'un oeil différent...c'est une Citroën, une vraie, avec son petit grain de folie, ses qualités (et ses défauts!) qu'on ne retrouve nulle part ailleurs...alors, si vous en croisez une belle, un jour, ne la jugez pas trop vite, souvenez vous simplement de ce qui précède et vous réalisez que vous avez devant vous une voiture au contenu technologique exceptionnel, originale et attachante, et forcément kitsh et décalée : un vrai condensé de seventies à la sauce Citroën !

"La Route Bleue" : Une collection à ne pas manquer !

Route_bleue_0_2 Nous étions tous inquiets : mais que faisait donc Thierry Dubois ? Jour, nuit, week-ends, enfermé dans son bureau, penché sur sa table à dessin, fouillant dans ses archives...il travaillait, mais à quoi ?

La réponse se trouve chez tous les marchands de journaux depuis le 12 janvier. Le premier numéro de la collection Altaya "La Route Bleue" est enfin disponible ! Elle se compose d'un diorama de très belle qualité retraçant les grandes étapes de la Nationale 7, ainsi que d'un fascicule bien écrit et richement illustré de documents d'époque, d'anecdotes, de témoignages, ainsi que d'une BD inédite de Thierry, "Rendez-Cimg0690 vous sur la N7". L'occasion pour les aficionados de voitures populaires et de routes historiques de retrouver avec plaisir les grandes étapes de la Nationale 7 et de la Route bleue, et pourquoi pas, de préparer vos prochaines virées en anciennes sur ces routes faisant désormais partie de notre histoire contemporaine.

Le premier numéro retrace l'étape 37 du voyage, de Nice à Menton, et le Diorama met en scène une Simca Océane Rouge sur la Grande Corniche...Suivront l'étape 14, La Pacaudière-Roanne accompagnée d'une Traction Avant, puis l'étape 3, Fontainebleau-Souppes-sur Loin, Route_bleue_3 avec sa 203 immobilisée sur le bord de la route par un pneu crevé...En plus de la collection, vous recevrez avec le premier envoi le DVD réalisé pendant le Rallye N7 de 2005 ("La Nationale 7 40 ans après), et avec le deuxième et le quatrième envoi un très beau car Chausson ainsi qu'un décor de Station Total...sympa, non ?

Alors, n'attendez plus, préparez votre bulletin d'inscription, faites le savoir autour de vous, et surtout, préparez une place de choix dans votre bureau ou votre bibliothèque !

Pour vous abonner, le plus simple est d'acheter le premier numéro chez votre marchand de journaux, ou sinon, vous pouvez également le faire par internet sur le www.altaya.fr, ou bien par téléphone au 0 892 23 81 45.

Monuments historiques

Qu'est-ce qui peut bien rassembler une Corvette, une Hispano, une Renault 12, une Bugatti et une 4 CV ?

La Traversée de Paris pardi !

Cimg0625b_2Initiative du dynamique Club "Vincennes en Anciennes", la Traversée de Paris, 8 ème du genre, a réuni ce matin pas moins de 340 inscrits, et plusieurs dizaines d'autres véhicules qui se sont joints au cortège. Elle n'a l'air de rien cette manifestation, et pourtant, elle est tout à fait réjouissante. Tout d'abord parce que c'est la première occasion de retrouver nos voitures et amis en ce début d'année généralement très calme en manifestations. Ensuite, parce que traverser un Paris quasi-désert un dimanche matin, qui plus est quand il fait beau comme aujourd'hui, est un vrai plaisir. Si en plus vous êtes précédé par une Hispano-Suiza, doublé par une Jaguar Type E, et suivi par une 4 CV et un break Mercedes, ça devient un moment vraiment unique : parfois, furtivement, au détour d'une rue calme ou à l'arrivée à un carrefour déjà encombré par nos anciennes, l'illusion devient presque réelle, et on se croirait revenu 40 ans en arrière...avant que la logique implacable de notre cerveau nous ramène bien vite en 2008...

Cimg0616bMais traverser Paris en ancienne est aussi un spectacle vivant pour tous ceux qui, passants, touristes, commerçants, croisent notre parcours. Quel succès ! Je n'aurais pas cru que nous aurions un tel accueil. Combien de fois ai-je entendu en passant des personnes dire à leur voisin : "Tiens, une DS, comme celle de ..., tu te rappelles...". Combien de parents avec leurs enfants et un appareil photo, combien de grand-mères aux fenêtres...Pendant quelques heures, l'automobile est de nouveau la bienvenue dans Paris, avec la bénédiction des autorités (pour une fois)...et des Parisiens...

Cimg0647b_2 Que nous vaut un tel intérêt, en ces temps autophobes ? Finalement, nos engins fumants et pétaradants (pour certains !) sont ils encore de la même espèce que les automobiles actuelles ? Ne sont-ils pas plutôt des "Monuments historiques", que nous préservons, et qui symbolisent la mémoire du XX ème siècle, une ère révolue, le siècle de la "bagnole", le siècle où l'automobile, malgré ses défauts, véhiculait des valeurs positives : "L'automobile notre Amie", "Merveilleuse Automobile", "L'ère de l'automobile" : autant de titre d'ouvrages sortis au siècle dernier, et qui en disent long sur cette attirance passionnée et forcément excessive qui portait déjà en elle le désamour que nous vivons malheureusement aujourd'hui.

Mais terminons notre traversée...Après être passés par Bastille, République, les Grands Boulevards, Montmartre (embouteillage garanti devant le Sacré-Coeur !), les Ternes, l' Arc de Triomphe (Modeste en fera le tour quatre fois avec son Hispano), puis avenue Kléber, nous arrivons à notre destination finale :Cimg0669b  le Trocadéro. Grâce à la patience des organisateurs, nous formons un U de véhicules éclectiques autour des Fontaines du Trocadéro puis la foule de badauds et de touristes envahit littéralement l'Esplanade et se mêle aux participants...ambiance garantie, le tout face à la Tour Eiffel et par un soleil radieux : que demander de plus ? Il nous fallait bien ça pour retrouver un peu de bonne humeur dans ce contexte morose dont j'ai fait état dans la précédente note...Vivement janvier prochain, qu'on recommence ! Ou peut-être lors des Journées du Patrimoine : avec nos monuments historiques, pourquoi pas ?

Voir aussi L'album photo de la Traversée de Paris

Turbulences durables

Amis lecteurs, l'année 2007 se termine. Je souhaitais à travers cette note vous faire part de mes voeux pour l'année 2008, de vous souhaiter une bonne santé, beaucoup de bonheur en famille, de virées en voitures anciennes avec vos amis, et mille autres choses.

2007 fut encore une année difficile pour l'automobile. L'arrivée du bonus-malus me donnerait presque envie de renier l'article récent que j'ai écrit sur le Grenelle de l'environnement : encore une fois, la seule mesure concrète prise pour l'instant concerne uniquement l'automobile. C'est tellement plus facile...et sans risque, l'automobiliste étant l'être le plus passif au monde...

Pollution La prise en compte des émissions de C02, et non des polluants automobiles (dont les particules) relève de la démagogique. On se retrouve en effet avec des moteurs essence pénalisés, et des diesels plébiscités, alors que le bilan global n'est pas aussi contrasté entre les deux carburants. Il n'y a guère qu'en France, pays du gazole et, tiens, des petites voitures, que le diesel a autant de vertus...et pollue aussi peu ; mais bon, puisque c'est le choix qui a été fait...et qu'il est socialement acceptable, n'allons pas nous battre contre des moulins à vent. Emissionco2 Nous ne sommes pas à un raccourci près, et désormais, il vaudra mieux être célibataire, habitant si possible en ville, et roulant en smart qu'habitant à la campagne ou pire, à la montagne, avec une femme, un chien et trois enfants. Espérons que le "Grenelle" ne nous oblige pas un jour tous à vivre dans des studios, familles nombreuses comprises, en raison d'un bilan énergétique beaucoup plus favorable pour ce dernier que pour un 4 pièces. Mais arrêtons là le mauvais esprit, tout ceci n'est pas très sérieux (quoique, vous verrez...).

Année funeste pour l'automobile, donc, ce qui ne manquera pas de réjouir tous les anti-bagnoles, qui déploient une énergie et une haine assez considérables sur leurs sites internet que je consulte de temps en temps juste pour me tenir au courant et voir ce que certains irresponsables fanatiques et illuminés sont capables d'écrire (un exemple : allez faire un tour sur Antivoitures.free.fr, vous comprendrez).

Mais, au delà de l'automobile, stigmatisée finalement comme bien d'autres secteurs ou domaines d'activité, l'année écoulée me donne l'occasion de prendre un peu de recul, et de m'interroger, comme beaucoup, sur l'évolution du monde dans lequel nous vivons.

Une fois n'est pas coutume, je ne vous parlerai pas de mon sujet favori dans les quelques lignes qui vont suivre... Profondément optimisme, et clairement dans l'action, je constate malgré tout que l'année 2007 nous confirme que le monde est entré dans une zone de turbulences durables.

Monde_2 La déstabilisation du Moyen-Orient est profonde, et le fossé entre l'Occident et l'Orient plus grand que jamais. L'obscurantisme religieux se développe jusqu'aux portes de l'Europe, et certains sont prêts à tout pour imposer leurs croyances. Dans le même ordre d'idée, la montée des communautarismes menace. Face à l'émergence des grandes peurs millénaires, la société se replie sur des communautés, sortes de  nouvelles tribus réconfortantes et protectrices, où le lien social et la solidarité sont particulièrement développés. Le problème est que sous chaque phénomène communautaire, l'intolérance guette : celui qui n'en est pas, c'est l'ennemi, et chaque communauté est prête à tous les extrémisme pour défendre ses idées, voire les imposer.

Autre facteur d'incertitude, la montée en puissance de la Chine, de l'Inde, mais aussi du continent Sud-américain chamboule les rapports de force mondiaux. Les pays occidentaux qui ont monopolisé le pouvoir de décision de toutes les instances internationales et conduit le monde selon leurs principes ont désormais en face d'eux des puissances nouvelles qui n'entendent pas rester passives et se laisser dicter la marche à suivre. Pire, certains pays, comme l'Iran ou même le Venezuela ont le goût de la revanche et veulent faire payer d'une manière ou d'une autre l'impérialisme qu'ils ont trop longtemps subi. Jusqu'où pourront-ils aller ? Mystère...

En outre,  si nous profitons grâce à l'Inde et la Chine d'incroyable opportunité de marchés pour nos entreprises et de produits à bas prix pour nos consommateurs, ces nouveaux géants ont également un immense marché intérieur qui, s'il suit notre mode de développement (pourquoi leur refuser ce droit puisque ça a été le notre), risque d'épuiser nos ressources naturelles beaucoup plus vite que prévu, et d'accélérer la survenue de problèmes environnementaux déjà préoccupants : La flambée des matières premières et les changements climatiques en sont les conséquences bien réelles, et la déforestation massive un facteur aggravant..

Je pense aussi à la progressive déstabilisation de zones de plus en plus importantes du globe (dernièrement l'Afrique noire, après le Moyen Orient, l'Asie Centrale, et demain peut-être la Turquie ou certains pays d'Amérique du Sud), ainsi qu'aux nouveaux risques nucléaires, et au terrorisme désormais sans frontières...

La population mondiale quant à elle approche des 7 milliards d'individus (dont 4 milliards en Asie), et elle augmente de 195.000 personnes par jour. Comment procurer à chacun de quoi se loger, se nourrir, se déplacer, se soigner...sans mettre en péril notre planète ? Voici peut-être l'enjeu le plus brûlant du XXIème siècle.

Tout ceci n'est pas très réjouissant me direz-vous. Nous sommes entrés dans une zone de turbulences, c'est désormais un fait incontestable. Sera-t-elle passagère ou durable ? A l'échelle d'une ou deux générations, celles de nos enfants, les temps risquent d'être particulièrement difficiles. Mon optimisme me pousse à imaginer que l'humanité trouvera la voie du progrès, mais je doute aussi, comme beaucoup, face à l'avis de tempête sur notre avenir proche.

En attendant, nous avons ici en France et en Europe une immense chance. Non seulement celle de vivre en paix, dans une zone géographique stable, de pouvoir (encore) nous déplacer librement, de vivre nos passions et d'exprimer nos opinions sans entraves. Mais aussi l'opportunité de jouer collectivement un rôle vis-à-vis des pays ou régions en crise, et de montrer la voie, sans impérialisme, sans donner de leçons, sur des sujets fondamentaux que sont les libertés, la démocratie, ou encore l'environnement...

Dsc_1167_2 Alors demain je vais retrouver mon travail, mes amis, ma famille, mes voitures anciennes, passion comme une autre qui me donne tant de plaisir, je vais, comme tous les Français, continuer à vivre ma vie, du mieux possible, et préparer l'avenir de mes enfants, du mieux possible, mais je ne vais pas non plus oublier ce qui précède en tentant d'agir, à mon niveau, avec optimisme, comme toujours...

Allez, bonne année quand même et rendez-vous dans un an, avec, je l'espère, plus de bonnes nouvelles !

50 ans !

Oui, très exactement 50 ans ! Un anniversaire, ça se fête dignement...heu, même si il s'agit d'une voiture ?

Ds_prod_3 Oui Môssieur, une DS, que dis-je, ma DS qui a 50 ans, ça mérite un hommage, et quand on sait comme moi que cette DS est dans une forme olympique, qu'elle roule (presque) comme une neuve, alors là, vraiment, cette vieille dame mérite le respect...et d'ailleurs, 50 ans pour une voiture, est-ce vraiment si vieux...? A en croire les primes à la casse que l'on voit fleurir pour un véhicule ayant passé ses 10 ans, voire ses 7 ans, alors, oui, sans hésiter nous pouvons le dire : 50 ans, c'est un âge CA-NO-NI-QUE...

Vacances_65_juillet_07_245_2C'est vrai qu'à son âge, ce n'est plus ce qu'on appelle une jeunette : rien qu'à la voir, on imagine bien qu'elle a connu la gloire à une autre époque, une époque où les canons de la beauté automobile n'étaient pas ceux d'aujourd'hui. Sa robe noire est sobre et discrète, mais son toit turquoise nous rappelle que sous cette apparence très sobre se cache une originale, une vraie...

Son histoire est aussi limpide que son liquide hydraulique : achetée neuve par un entrepreneur de Livry-Gargan, elle fait près de 40.000 km pendant les 3 premières années de son existence. Puis son propriétaire meurt et, inconsolable, elle restera de très longues années endormie au fond d'un garage, jusqu'à ce qu'un acheteur l'emporte au début des années 80 pour une bouchée de pain. Direction Pommeuse, en Seine-et-Marne, et retour sur la route. Mais l'hydraulique est comme un muscle : une longue période d'inactivité n'est jamais bonne. Elle se révèle capricieuse et fait régulièrement le coup de la fuite à son nouveau propriétaire. Celui-ci s'en séparera au début des années 90, et notre pré-retraitée va partir très loin, en Hollande, pour se faire bichonner par un amoureux du modèle qui va décider de lui redonner les artères de ses 20 ans. L'hydraulique va en effet être totalement remis à neuf : pompes, joints, et autres raccords...une seconde jeunesse, vous dis-je...

Les années passent, ma DS roule régulièrement et va sur ses 70.000 km. Notre docteur hollandais  n'ayant désormais plus grand chose à soigner, il se sépare de notre Grand-mère, et c'est votre serviteur ici présent qui et fait l'acquisition, et qui, depuis maintenant trois ans, tente de faire en sorte qu'elle puisse encore longtemps parcourir les routes nationales qu'elle aime tant...

Les années 57-58

Parc_franais Sortie de chaîne fin 57, notre DS s'inscrit dans un paysage automobile de fin de pénurie faisant la part belle à la production française, qui va pour la première fois dépasser le million d'exemplaires : 187.926 exemplaires de Dauphine sortiront ainsi de chaîne, 137.775 Simca Aronde, 107.251 Citroën 2 CV, 91.278  Peugeot 403, 71.068 Renault 4 CV, 37.991 Dyna et seulement 28.593 ID-DS : notre DS est un modèle haut de gamme, et la montée en cadence à la fin de l'année 57 n'est pas encore terminée. Ce n'est que bien plus tard que la production de la DS va atteindre et même dépasser largement les 100.000 exemplaires par an.

Les années 57-58 sont marquées par un bel élan d'optimisme : en effet, le marché intérieur connaît une croissance forte d'environ 10% par an. La France rencontre aussi de beaux succès à l'exportation, en particulier sur les marchés suisse et belge. Renault se lance sur le marché américain, et y rencontrera un succès certain...avant une brusque descente aux enfers. Il en sera de même de Citroën, comme nous l'avons déjà évoqué précédemment sur ce site (voir Citroën, la tentation américaine ).

Citroën vient tout juste d'arrêter la production de la Traction Avant, qui tire sa révérence après 22 ans de succès. La 2 CV représente plus de 70 % des ventes, la DS monte en puissance, après des débuts marqués par une fiabilité aléatoire. On annonce un grand succès pour l'ID, qui devrait vite devenir une DS à boîte de vitesses mécanique.Production_57

Panhard se rapproche de Citroën, et la Dyna devient, après des modifications visant à fiabiliser et à assagir le modèle, une remplaçante désignée pour la Traction 11 légère, enfin, c'est ce qu'on croit savoir dans la presse de l'époque...

Peugeot mise sur la 403, qui connaît un grand succès. C'est en effet une "anti-DS", avec sa conception traditionnelle et...fiable.

Renault est le premier de tous les constructeurs français. C'est une entreprise toute puissante, qui produit 265.522 véhicules en 1957. Détenue par l'Etat, la Régie nationale ne cessera de se développer, et finira par faire très mal à l'ex-numéro 1 au milieu des années 60. Le PDG de Citroën aura beau crier à la concurrence déloyale, rien n'y fera : Renault deviendra vite le champion de l'innovation et ses modèles feront beaucoup d'ombre aux productions de Javel.

Simca connaît à la fin des années 50 un grand succès en France : les modèles sont attractifs, la gamme évolue rapidement, un peu comme aux Etats-Unis, avec des modèles clairement inspirés des productions de Détroit : Versailles, Chambord, Marly ou Présidence seront longtemps les véhicules favoris d'une certaine bourgeoisie française...

En dehors de ces champions nationaux, rien, ou presque : Vespa vend 1.000 unités par mois de son modèle 400 très économique destiné à une clientèle modeste. Facel Vega vend ses prestigieux modèles aux grands de ce monde, les étrangères font de timides apparitions : BMW Isetta, Fiat 500, fameux pots de yahourt bon marchés, ou à l'inverse quelques belles allemandes et italiennes comme Mercedes ou Alfa destinées à une tout autre catégorie sociale.

Voici donc en quelques lignes le paysage automobile qu'a rencontré notre DS pour ses premiers tours de roues.

Terminons ce panorama des années 57-58 par les faits ayant marqué l'actualité.

"Ma" DS a été immatriculée le 3 janvier 58. Le premier propriétaire a certainement attendu quelques jours : une "58", c'est toujours mieux qu'une "57", non ? Le lendemain samedi 4 janvier 58, paraissait le numéro 456 de Paris Match, avec en couverture la Princesse de Kent. L'actualité est bien maigre en ce début 58. On y apprend que Jayne Mansfied a épousé M. Univers, que le Clémenceau, futur porte-avion bien connu, fut mis à flot, qu'une grève à la RTF priva les téléspectateurs de programme de Noël. On s'inquiète de la crise aux Etats-Unis, après une année 57 marquée par la chute de la production industrielle et de Wall Street.

En France, on s'extasie devant la hausse des ventes de disques (1.600.000 - +100% par rapport à 1956), de l'alimentation et de la confiserie (+15%). On nous dit que le cadeau en vogue est le moulin à café électrique (!), que bientôt, une ligne Paris-Tripoli va voir le jour mais que les pourparlers avec les Etats-Unis pour la création d'une ligne Paris-San Francisco n'ont pas abouti, que Renault bat VW avec la Dauphine dans 12 Etats américains et enfin qu'une machine à calculer miniature de 60 kg équipera bientôt les avions de chasse...

De_gaulle_3Rien ne semble annoncer de changement majeur. Pourtant, de profonds bouleversements couvent dans cette France glorieuse des années 50. La situation en Algérie se détériore mois après mois. De Gaulle effectuera son retour triomphal en mai et fondera rapidement la 5ème république. Le 28 septembre 58, 80% des Français approuvent la nouvelle constitution par Référendum. L'été 58 est marqué par la Coupe du monde de football, organisée et remportée par la Suède. La France échoue en demi-finale mais marque les esprits grâce au trio extraordinaire que forment Fontaine, Kopa et Piantoni. Fangio prend sa retraite après 10 ans de compétition et Fangio_280 victoires. Le Pape Pie XII meurt le 9 octobre et laisse la place à Jean XXIII.

La Guerre froide bat son plein et le monde s'organise autour des deux pôles que constituent l'Est et l'Ouest. La France prend entre 58 et 68 des décisions importantes au sujet de sa politique énergétique, industrielle et de ses infrastructures. Les autoroutes, trains, avions, aéroports et autres centrales nucléaires qui façonnent encore aujourd'hui notre vie quotidienne en sont les résultats directs.

Autotroute_marseille_vers_arlesAh si ma DS avait une âme, si elle pouvait parler,  raconter toutes ces années, elle en aurait des choses à dire. Mais une voiture peut-elle avoir une âme ? Peut-être...Ou n'a -t-elle qu'une âme à travers celui qui la regarde, qui la conduit, qui y voyage...assurément, et c'est pour cela qu'on y est tant attaché : alors, bon anniversaire ! Et à dans 50 ans, j'espère...

La surprise du Grenelle de l'Environnement

Les lesteurs assidus de Citropersoboulot connaissent déjà mes convictions au sujet du thème "automobile et environnement". Depuis longtemps déjà, je m'insurge contre ceux qui veulent à tout prix tuer l'industrie automobile en l'accusant de tous les maux environnementaux de notre planète. J'ai déjà montré, preuves à l'appui, que l'industrie automobile était l'une des plus responsables, et que les efforts accomplis depuis le début des années 90 ont permis des progrès spectaculaires. Malheureusement, nos médias et dirigeants politiques ont donné un véritable porte-voix à tous les détracteurs de l'automobile, alors que celle-ci a fait preuve d'un étonnant mutisme face à ces attaques virulentes et souvent fantaisistes.

Grenelle Déjà, on annonçait dans tous les médias que le Grenelle de l'Environnement ferait mal, très mal même, à l'automobile. Certains se réjouissaient déjà de pouvoir porter l'estocade à une industrie déjà à genoux. On évoquait une réduction généralisée des vitesses, un gel de tous les projets routiers, une super taxe sur les véhicules dits "polluants", une hausse de l'essence pour rendre l'énergie (trop) chère au plus grand nombre...

Et le Grenelle de l'Environnement arriva...j'imaginais déjà le pire...et, surprise, on parla très peu d'automobile. On nous promet certes un gel des projets routiers non nécessaires, mais a-t-on déjà construit des autoroutes sans raisons valables ? On crée une "éco pastille" pour décourager l'achat de véhicules polluants, ce qui n'est ni plus ni moins que le retour de la bonne vieille vignette dont les gouvernements français n'ont jamais réussi à se passer bien longtemps ; on veut favoriser le développement des transports en commun et l'achat des véhicules non polluants par les administrations, mais qui s'en plaindra ?

En réalité, le Grenelle de l'Environnement a eu un immense mérite : celui d'aborder toutes les problématiques de l'environnement en même temps, sans tabous mais aussi sans idéologie ni exagération vis-à-vis de l'un ou l'autre des thèmes discutés. Numriser0003_2 L'automobile a de ce fait été traitée à égalité parmi d'autres thèmes et pour la première fois l'opinion publique a pu se rendre compte que les problèmes environnementaux ne sont pas uniquement liés à quelques symboles soigneusement choisis par quelques illuminés surmédiatisés. Les français ont en particulier découvert grâce au Grenelle de l'Environnement que la construction et l'habitat sont des secteurs tout autant concernés par les émissions de CO2 et le gaspillage d'énergie. Ils ont découvert que les pesticides constituent un vrai problème environnemental. Et que finalement, les transports, avec environ 20 % des émissions totales de C02, dont la moitié pour les voitures particulières, doivent être considérés comme un élément parmi d'autres de la problématique.

Le deuxième effet du Grenelle de l'Environnement est que l'on s'intéresse aujourd'hui à ce que chacun Dacialoganrenaulteco2concept1_2est capable de faire pour relever le défi de l'environnement. Après les constats vient le temps de l'action, et l'opinion publique ainsi que les médias s'intéressent désormais logiquement aux solutions que propose l'industrie, automobile comprise, pour améliorer le bilan environnemental des biens produits. Saisissant la balle au bond, les industriels ont décidé de reprendre la parole et n'hésitent plus à communiquer abondamment à grand renfort d'opérations presse et de publicité sur les recherches en cours, les solutions trouvées, les perspectives procurées par telle ou telle technologie.

Et là, surprise, l'industrie automobile étonne encore : beaucoup de pistes prometteuses existent pour que la voiture de demain soit particulièrement propre et écologiquement irréprochable, n'en déplaise à certains. Elle a simplement besoin d'un peu de temps pour que ces nouvelles technologies soient économiquement compétitives afin que les consommateurs les acceptent. Il s'agit d'évolutions, plus que de révolutions, qui permettront, mises bout à bout, d'atteindre des émissions de CO2 rapidement comprises entre 90 et 150 g/km, avec une moyenne à 120-130 g/km, ce qui correspond à l'ambitieux Vw_blue objectif que s'apprète à fixer l'Union Européenne à l'horizon 2015.

Au delà des labels "marketing" mis en avant par les différents constructeurs (Renault ECO 2, BMW Efficient Dynamics, Peugeot Blue Lion, VW Blue Motion, etc..), on trouve pour certains comme BMW par exemple de vrais efforts afin que les nouveaux véhicules consomment peu et émettent moins de CO2. Par exemple, en suivant l'adage "les petits ruisseaux font les grandes rivières", BMW a réussi à mettre sur le marché une berline Bmw_3_eddont le moteur développe 177 ch et émet seulement 128 g de CO2 par km ! Pourtant, il n'y a rien de révolutionnaire derrière cette performance : juste une démarche intelligente derrière la conception de chaque élément consommateur ou producteur d'énergie : pompe à eau électrique et débrayable, pompte de direction assistée "varioserv" , récupérateur d'énergie au freinage, compresseur de climatisation débrayable, pneus à basse résistance au roulement, fonction Stop and Go, sans oublier des moteurs à injection directe d'essence. Moins de 130g, des performances de premier plan sans même avoir recours au full hybride...chapeau bas, messieurs les ingénieurs..

Il est désormais possible de se faire une idée précise des progrès réalisés et à venir grâce aux nombreuses pistes explorées par l'industrie automobile et ses fournisseurs actuellement :

Porschehybride Tout d'abord l'hybride, qui va connaître des progrès spectaculaires, avec l'arrivée des hybrides diesel, l'amélioration du rendement des batteries et aussi la possibilité de recharger les batteries sur secteur. Dans moins de 10 ans, les moteurs hybrides et essence auront la même puissance, et la plupart des déplacements urbains s'effectueront en mode "zéro émission". Après-demain, les batteries se miniaturiseront tout en gagnant en capacité grâce aux nanocondensateurs...

Numriser0001_2 Les moteurs à explosion connaîtront aussi des évolutions spectaculaires, n'en déplaise à ceux qui leur prédisaient une fin certaine et rapide. Toujours plus sobres grâce aux downsizing et à l'injection directe, ils vont bientôt se retrouver sans arbre à cames (système "Camless"), ceux-ci étant remplaçés par un système de commande électromagnétique des soupapes permettant un pilotage optimal du calage en fonction des conditions d'utilisation. Le gain de consommation devrait avoisiner les 20 % !

On verra ensuite arriver un nouveau type d'injecteur révolutionnaire de type "piézoélectrique" (illustration) permettant un dosage très fin du carburant et une nouvelle baisse de la consommation.

La généralisation de l'électronique pilotant chaque fonction mécanique (on parle ici de "mécatronique") permettra également d'optimiser en permanence le fonctionnement du véhicule afin que chaque élément mécanique ne soit en service que si c'est vraiment nécessaire et avec la bonne quantité d'énergie...

Je ne vais pas citer de manière exhaustive toutes les innovations sur lesquelles travaillent les ingénieurs afin de rendre les voitures plus propres, mais aussi plus sûres ou plus "intelligentes", car nous pourrions en faire un ouvrage et ce n'est pas le propos ici. J'espère que les quelques exemples mentionnés ci-dessus permettront aux lecteurs, profanes ou non, de comprendre que l'industrie automobile est responsable et qu'elle est prête à relever les défis qui se présentent à l'aube du XXIème siècle.

Toute la problématique, finalement, est de permettre au plus grand nombre de continuer à bénéficier de cet incroyable outil de liberté et de développement qu'est l'automobile. Certains aimeraient bien mettre fin "au privilège du plus grand nombre" et revenir à un monde sans voitures, où ces dernières deviendraient un luxe inaccessible réservé inévitablement à une élite, et où le reste de la population se retrouverait dans les mêmes conditions de déplacement ou presque qu'il y a un siècle.

Une automobile responsable, et pour le plus grand nombre, tel est le vrai enjeu des décennies à venir...

Une Ami 6, enfin...suite (2) !

Dsc_0095bCertains lecteurs ont suivi avec intérêt la belle histoire de ma nouvelle acquisition, une AMi 6 blanche de 1963, première main, 55.000 km, trouvée à Rennes. Nous avions, Thierry et moi, sorti ce trésor de l'obscurité dans laquelle elle se trouvait depuis plus de 25 ans.

Je me suis rendu ce week-end au garage où l'Ami 6 fait l'objet de soins attentifs afin de reprendre très prochainement la route. Trois mois déjà, et je commence à trouver le temps long...mais ça avance : encore quelques semaines, et j'ai toujours espoir de faire mes premiers tours de rouesDsc_0099b avant Noël.

Alors, après examen minutieux, allais-je avoir de bonnes ou de mauvaises surprises ?

Numriser0007b_3 Pour l'instant, plutôt bonnes ! Sous une couche de boue et de saleté impressionnante qui donna beaucoup de fil à retordre à notre spécialiste, les dessous de la voiture sont absolument sans rouille. En réalité, j'en ai une explication probable : au delà du fait que la voiture a peu roulé, et qu'elle était bien stockée, elle a subi au moment de l'achat un traitement anti-corrosion des soubassements. Comment le sais-je ? Rien de plus simple : quelques semaines après l'achat, le fils du propriétaire de la voiture m'a envoyé la lettre de confirmation de commande et la facture d'achat, où cette mention figurait dans le décompte !

Autre bonne surprise, le moteur semble en bon état, puisqu'il a démarré. Les travaux effectués pour l'instant sont les freins, l'allumage, le remplacement de nombreux joints moteur et transmission, l'échappement. Avec cela, elle devrait bientôt être prête à rouler. J'ai également échangé hier les jantes d'origine pour un jeu de jantes et pneus provisoires, le temps que je fasse les fasse sabler, et que je commande 4 pneus Michelin X neufs.

Dsc_0117b La carrosserie est aussi en excellent état: aucune corrosion ni bosses excepté sur les ailes arrières, en particulier celle de droite : j'hésite à les remplacer car le reste est vraiment parfait. Même la peinture n'est pas fanée et semble d'une étonnante fraicheur !...Une fois nettoyée, la voiture aura une très belle patine...et je prendrai ma décision.

Dsc_0105b J'en ai également profité pour revoir l'intérieur de plus près. Bonne surprise pour la banquette arrière "feuille de houx", qui est en très bon état. L'assise de la banquette avant n'est quant à elle pas récupérable, mais le dossier n'est pas si mal. Bref, plutôt une bonne surprise et peut-être qu'une chute de tissus suffirait à faire l'affaire ! Le reste (ciel de toit, tapis de sol, tableau de bord, portes...) est dans un état de fraicheur là encore incroyable. Dsc_0109b_2

Il reste maintenant le plus important : faire un test routier pour voir si tout fonctionne, procéder aux derniers réglages...et, enfin, s'atteler à la lourde tâche du nettoyage. Objectif : finir le chantier au printemps et tester la voiture lors d'un premier voyage sur une route que je connais bien : tiens, pourquoi pas la Nationale 6 : l'Ami 6 devant le château de La Rochepot, c'est un incontournable !

A suivre...

Le projet F : un échec lourd de conséquences...

Maquette_fL'entretien avec Alain Paget nous a permis de mettre en lumière cet esprit particulier qui régnait au sein d'Automobiles Citroën dans les années 60 : un esprit fait d'audace, de certitudes, et de supériorité technique, le tout dans un modèle d' organisation unique qui mélange dans un creuset improbable, talents individuels, foi collective dans l'intérêt supérieur de l'entreprise, goût du secret, et austérité de facade que chacun semblait respecter afin de laisser en réalité libre cours à une créativité sans limites...

Or si cet état d'esprit a, dans le passé, été à l'origine des succès de la marque, avec les incroyables réussites que sont les Traction, 2 CV et DS, il va se retourner contre l'entreprise dès lors que, se transformant en aveuglement, il empêchera de comprendre les profonds changements du contexte économique, des attentes des consommateurs et du marché à l'aube des années 70. L'entreprise pourtant toute puissante, va progressivement se fragiliser sous les assauts de la concurrence et, alors qu'elle pensait dans les années 60 pouvoir s'offrir tous ses rivaux ou presque, se retrouvera 10 ans plus tard dans une position de faiblesse telle qu'elle devra accepter l'impensable : un rachat par celui qu'elle refusa d'acheter 10 ans plus tôt, le sage mais solide Peugeot...

Les difficultés rencontrées par la marque dans la conception d'un modèle de milieu de gamme et l'échec du modèle F illustrent parfaitement ce processus ...

1. Un milieu de gamme chez Citroën : quelle drôle d'idée !

"Citroën ne peut se distinguer que dans les extrêmes" : voici en résumé la pensée qui dominait chez Citroën depuis la fin de la guerre. Pour rentabiliser ses modèles, il fallait qu'ils durent logtemps, et pour qu'ils durent longtemps, il fallait qu'ils soient porteurs d'innovations. Or quels segments de marché permettent justement d'innover ? Le très bas de gamme, avec une innovation tournée vers la réduction de poids, l'économie, la rusticité, la fiabilité et la robustesse, et le haut de gamme qui permet de commercialiser des techniques complexes et en avance sur leur temps permettant là aussi d'imaginer une durée de vie du modèle supérieure à la moyenne. Les  2 CV, Traction puis DS confirment cette théorie, puisque qu'elles furent produites respectivement 42 ans, 23 ans et 20 ans.

Il existe un autre facteur qui explique le succès du très bas de gamme et du haut de gamme au sortir de la guerre : en ces temps de pénurie d'essence, d'économie dévastée et de reconstruction, les besoins étaient naturellement orientés vers ces deux extrêmes : d'un côté la voiture économique et robuste, presque utilitaire et répondant uniquement à ce besoin impérieux de déplacement, de l'autre la voiture bourgeoise, celle du pouvoir, des chefs d'entreprises et des notables en tous genres. Entre ces deux extrèmes, rien ou presque : la classe "moyenne" n'existe pas. Et la voiture moyenne non plus.

Ce que Citroën considérait comme une marque de fabrique et de supériorité était certes en partie justifié économiquement, mais reflétait en fait simplement ce qu'était le marché automobile français des 10 à 15 années d'après guerre.

2. Premières tentatives et naissance de ...l'Ami 6

Le marché automobile a logiquement changé au début des années 60 avec l'émergence d'une classe moyenne nouvelle. Citroën a perçu comme d'autres ce phénomène mais a eu beaucoup de difficultés, pour les raisons évoquées plus haut, à adapter son offre à cette nouvelle donne, laissant de ce fait un boulevard à ses concurrents, Renault et Peugeot en tête.

C605La première tentative d'élargissement de la gamme était le projet M, vers la fin des années 50. Un prototype issu de ce vaste projet a survécu à la destruction et a été retrouvé à La Ferté Vidamme en 1989. Son nom est C 60. Il ressemble un petit peu à une grosse Ami 6 de profil. L'avant évoque plus la DS avec son capot plongeant. Le modèle bénéficiait d'une très bonne habitabilité. La liaison entre les flancs et le pavillon ne sont pas sans rappeler celle utilisée par la Renault 16.

C603Déjà confronté à des problèmes buddgétaires générés par le lancement coûteux de la DS, le projet M fut progressivement rogné : on passa à une plateforme de 2 CV, on abandonna les tentatives de 4 cylindres à plat pour finalement reprendre une version améliorée du bicylindres maison, et on abandonna la suspension hydropneumatique...bref, il ne restait plus grand chose du cahier des charges d'origine, si ce n'est une sorte de "Super 2 CV" qu'on nomma Ami 6. Il reste pourtant dans ce modèle quelques traces de ce projet initial : la lunette arrière inversée, ou encore les trois barettes de tôle pleine horizontales sur l'aile avant : elles devaient au départ être ouvertes pour laisser respirer le 4 cylindres à plat...

L'Ami 6 allait finalement remplir à peu près son rôle, aidée en cela par l'absence de réelle concurrence sur le segment jusqu'à 1965-1966.

3. Le projet F : de grands espoirs et une cruelle désillusion

Projet_f_2 Mais beaucoup de temps avait été perdu. Citroën reprend les études d'un vrai milieu de gamme : c'est le projet F. Comme toujours, la genèse est douloureuse : on a de l'ambition, des idées, mais peu de moyens, et surtout, plus grave, le cahier des charges évolue au gré des idées et des désideratas du bureau d'études, mal cadré. Le projet part dans tous les sens. On prévoit deux largeurs de caisse, de nombreuses motorisations : 4 cylindres à plat, en ligne, Projet_f_3voire moteur rotatif... Idem pour les suspensions, classiques ou hydropneumatiques. On pense aussi l'équiper d'une transmission hydrostatique (mouvement transmis par un liquide...) sur laquelle le bureau d'étude fondait de grands espoirs. Le projet dont vous pouvez voir quelques photos de l'unique survivant ne manquait ni d'élégance ni de modernité. L'avant évoque la RO 80 de NSU, l'intérieur devait inaugurer les fameuses lunules finalement apparues avec la CX 10 ans plus tard, la jonction pied milieu/pavillon est similaire à la R16. Que d'ambition ! Mais aussi que d'errance dans la mise en oeuvre du projet dont les premiers essais s'avèrent catastrophiques en raison de problèmes de tenue de route et de fiabilité.

Projet_fQui blâmer ? Une Direction Générale à la fois psycho-rigide sur la forme et trop peu directive sur le fond, un Bureau d' Etudes centré sur lui même, qui se disperse dans trop de projets et incapable d'en faire aboutir un seul ? Toujours est-il qu'après retard sur retard le projet est soudain abandonné à la veille de l'industrialisation, alors que Renault venait juste de lancer la R16 au nez et à la barbe de Citroën qui cria au scandale et au plagiat...

4. 5 ans de perdus...

Chose rare chez Citroën, le Directeur des études, Cadiou, fit les frais de cet échec, et fut mis sur la touche. Au delà de l'échec du projet F, c'est toute la stratégie du groupe qui allait vasciller et le retard de 5 ans pris avec l'échec du projet F allait coûter très cher à la marque aux chevrons : son absence dans le milieu de gamme allait laisser le champs libre à ses concurrents : Peugeot sort la 204, Renault la R 16, voitures à la conception moderne et qui répondent avec pertinence à une demande forte de cette nouvelle classe moyenne. Citroën est pour sa part empétré avec la reprise de Panhard qui va également s'avérer désastreuse. En 1969 sort pourtant la Dyane, une 2 CV relookée peu convaincante. Mais à quand la vraie nouveauté ?

Gs Les études d'un modèle intermédiaire reprennent dans l'urgence, elles aboutissent en 1970 à la GS, bien née mais qui arrive bien tard. Les finances sont dans le rouge, une alliance externe est recherchée avec Fiat, ce qui fait grand bruit : "Citroën tout puissant obligé de s'allier avec Fiat ? Impossible..." La presse s'empare du sujet...Finalement, ce n'est pas pour cette fois, mais la prochaine tempète arrivera bien vite, quelques années plus tard : la crise de 1973 aura cette fois raison de l'indépendance de Citroën et l'entreprise ne pourra faire face bien longtemps au recul du marché ; ironie de l'histoire, c'est Peugeot qui reprend Automobiles Citroën en 1975, et qui sauve celui qui faisait la fine bouche 10 ans plus tôt...

Dans l'industrie automobile, les erreurs de stratégie coûtent très cher...

Témoignage : "Au service Propagande de Citroën en 1960"

"La vie est faite de rencontres..."

Un jour, lors d'un déjeuner avec un ami qui a mené toute sa carrière dans la publicité, nous en venons à parler de Citroën et de mon intérêt pour son histoire, ses modèles et les hommes qui ont dirigé l'entreprise. Soudain, il me dit : "Je connais quelqu'un qui a travaillé au service publicité dans les années 60, il faut absolument que tu le rencontres...je lui en touche deux mots." Rendez-vous fut pris : direction la banlieue Sud de Paris, équipé de mon inséparable carnet de notes "Moleskine" ainsi que d'un dictaphone.

Marlne_cottonb_4Il s'appelle Alain Paget. Son nom vous est inconnu, mais tout amateur de la marque connaît le résultat de son travail chez Citroën puisqu'il a été l'adjoint de Puech, qui dirigeait le fameux "Service Propagande", ancêtre de la publicité et de la promotion. Il a ainsi été à l'origine de nombreux événements, salons, présentations de produits, conventions concessionnaires, etc...Activités importantes pour l'entreprise dont nous retrouvons aujourd'hui des témoignages sous forme de photos présentes dans les nombreux ouvrages consacrés à l'histoire de la marque.

Nous évoquons tout d'abord ensemble son arrivée chez Citroën, tout juste diplômé d'études techniques. Il était rentré pour un stage de Chef d'équipe à Javel...et y resta 12 années. Il est vite repéré par Ravenel, le Directeur Technique qui lui demande d'animer un stage de formation sur l'hydraulique à destination des personnels affectés à la chaîne de production des DS. En effet, ceux-ci étaient confrontés à des difficultés de montage importantes engendrées par la complexité du circuit hydraulique : De nombreuses pannes affectaient en effet les premières DS en raison de joints mal montés. Pierre_bercot_vers_1960b_4

Devenu responsable de toute la formation hydraulique des agents techniques du labo et de l'usine, il va former des centaines de collaborateurs de l'usine, allant même jusqu'à donner des cours de conduite pour cette voiture "qui roulait à 140 alors que toutes les autres ne dépassaient pas le 110".  On lui demande alors de rédiger un ouvrage expliquant en détail le fonctionnement de l'hydraulique de la DS. Sujet complexe qui lui demanda beaucoup de travail, et qui lui permit de rencontrer les ingénieurs du "labo" dont les inventeur du système, Paul Magès et Meignan. Ce livre à diffusion interne fut tiré à plusieurs centaines d'exemplaires. On le trouve d'ailleurs parfois en Discours_bercot_2bvente sur les bourses ou dans les librairies spécialisées. Vous n'y verrez nulle par le nom de notre auteur, car à l'époque, il n'était pas concevable de signer son travail : l'individu devait s'effacer devant l' entreprise et seuls quelques personnages marquants comme le Président Bercot pouvaient s'exprimer à l'extérieur. Le culte du secret, hérité des Michelin exigeait pour l'immense majorité des collaborateurs Citroën discrétion et effacement...

Alain Paget témoigne.

"Grâce à l'ouvrage que j'ai rédigé, j'ai pu rencontrer le responsable de la publicité de l'époque qui était chargé de le publier. Claude Puech, qui cherchait un adjoint, me remarqua et me proposa le poste, et c'est ainsi que, armé de mon bagage technique et passé par le service formation, je suis rentré à la "Propagande", en charge des salons, événements internes, centres d'essais, et autres manifestations..."

La propagande.

"La propagande était tout juste tolérée, et c'était le commerce qui avait tous les pouvoirs. Mais nous nous entendions très bien. Au début, Citroën faisait encore presque toutes ses publications, y compris publicitaires, en interne. Il y avait un service avec deux créatifs. Nous éditions tous les supports de communication nécessaires à l'activité, affiches, catalogues, communication réseau, information Photo_cat_ds_cab_non_utilisebpresse, objets publicitaires, au départ seuls, puis avec l' Agence Delpire, qui a proposé ses services à Bercot et qui fut choisie. Il nous arrivait régulièrement de faire appel à des membres du personnel ou de l'agence pour faire de la figuration sur les catalogues publicitaires. C'était artisanal, mais nous avions des idées... Delpire avait une approche moderne à l'époque. Ils employaient des grands photographes comme Klein ou Martin, ils mettaient en scène les voitures. Je peux aussi citer Serge Gevin, qui travaillait chez Delpire et qui s'occupait de l'événementiel. Il m'a appris les fondements du design. Plus tard il s'est mis à son compte et a créé des séries spéciales comme par exemple la Charleston. C'est un personnage remarquable qui a travaillé dans l'ombre et qui mérite d'être cité."

Je mentionne alors à A. Paget qu'il a connu chez Citroën de 1959 à 1971 les années les plus marquantes de la marque après la guerre,  tant celles-ci contribuèrent à forger une image faite de supériorité technique, d'audace, mais aussi d'un aveuglement, voire d'un entêtement qui allaient coûter cher par la suite.Eclat_dsb

Les "belles années"

"Belles années peut-être, mais surtout dures années", me reprend A. Paget." Oui, ces années ont été inoubliables car on avait l'impression de vivre quelque chose de spécial dans une entreprise qui se considérait comme l'élite du pays. On a vécu des moments euphoriques mais c'était aussi très dur. On avait une discipline de fer, on arrivait tôt, on partait tard. Si vous étiez remarqué et si vous aviez la motivation, c'est une société qui vous permettait d'aller très loin. Nous avions une autonomie et une liberté presque totales et avec le recul, c'est même incroyable de voir ce que je pouvais faire tout seul. Il y avait un encadrement psychologique supérieur qui faisait que tels des religieux, nous étions guidés par une sorte de foi. Personne n'aurait trahi la maison. Nous avions un sentiment de supériorité. L'entreprise était aussi très fermée vis à vis de l'extérieur, ce qui engendrait des critiques".

"Nous étions vraiment peu nombreux, 3 ou 4 tout au plus au service propagande, et nous faisions tout. C'était intense. L'entreprise était très puissante à l'époque. J'avais des contacts directs avec Wolgensinger, en charge de toute la communication, et avec Gautrelet, qui dirigeait le commerce. Aussi bizarre que cela puisse paraître, il n'y avait pas de titre chez Citroën. Pas de Directeur par exemple."

Les événements

Vienne_paris_vienne_4 Nous nous retrouvons au salon, près d'une table où plusieurs pochettes pleines de photos nous attendent. C'est avec une certaine émotion que nous nous sommes plongés dans ces souvenirs...Nous avons balayé dix ans d'événements, conventions réseau, nombreux banquets de concessionnaires et d'agents, présentation presse de l'Ami 6 break, opération de promotion "Jeunes au volant", présentation de la Dyane au personnel, reportage et visites des Usines de La Janais, accueil d'un raid journalistique en DS "Vienne-Paris-Vienne", arrivée du Tour de France en Ami 6, lancement de la SM, présence au Mans, lancement de la MEP, Salons de l'Auto, etc...

La_millionime_ds "Je m'occupais de toutes les manifestations. Nous avions toujours un photographe avec nous, c'est pour cela que j'ai de nombreuses photos de l'époque". "Nous choisissions des lieux prestigieux : Pré Catelan au Bois de Boulogne, Maison de la Chimie, Pavillon d'Ermenonville, Palais de Chaillot, hôtels parisiens et nous mettions le paquet sur les décorations, le traiteur (Potel et Chabot, en particulier). Nous étions très économes mais lors des événements, il fallait impressionner, nous étions très attentifs aux menus, à la décoration florale, tout devait être parfait, Je me souviens des pièces montées servies en dessert qui devaient être spectaculaires. On les descendait de Paris en break DS lorsque nous organisions des manifestations en province !"

Lancement_interne_dyane"J'organisais tout cela en plus de mes tâches au service de la Propagande. Parfois, nous terminions tard dans la nuit, et il n'était même pas imaginable d'arriver en retard le lendemain au bureau. Nous arrivions à 8 heures. Si vous étiez en retard, le gardien notait votre nom et l'envoyait à votre responsable hiérarchique. On ne rigolait pas..."

[J'évoque l'Ami 6]. "J'en ai eu plusieurs. On faisait de ces moyennes...j'avais eu l'idée d'organiser un Tour de France pour relancer le modèle qui souffrait de la concurrence de la nouvelle 204. Salon_68On voulait montrer qu'elle était rapide. Puis on a organisé un Tour d'Europe...j'ai été vendre ces idées aux méthodes commerciales parce que je ne pouvais pas l'organiser tout seul. C'est Claude Alinsard qui m'a dit "banco", et qui m'a fourni les voitures. J'ai également fait une brochure sur l'Usine de Rennes la Janais, qui était ultra moderne. J' y ai organisé plusieurs visites de concessionnaires et de vendeurs.

Le patrimoine.

"Citroën ne possédait quelques réserves de véhicules disséminées entre La Ferté-Vidame, la Rue du Théatre, la Rue de Lourmel mais personne ne se préoccupait du patrimoine. Un jour Bercot m'a convoqué et m'a demandé d'acheter des voitures. Il me donna un budget de 30.000 F, et c'est ainsi que j'ai acheté 34 véhicules dont des modèles rares et anciens comme par exemple une des autochenilles des années 30. Je suppose que ces modèles font toujours partie du Patrimoine aujourd'hui..."

En guise de conclusion

"J'ai connu beaucoup de monde à l'époque, il y avait de vraies personnalités. Il y avait pendant ces dix années une sorte de bouillonnement, nous vivions quelque chose de spécial, mais entraînés par le feu de l'action, nous nous en rendions à peine compte. Puis vers la fin des années 60/début 70 les premières difficultés apparurent. L'arrêt du projet F fut le premier coup dur et coûta cher au Directeur technique Cadiou. La concurrence de Peugeot et surtout de Renault (R4, R16) était redoutable. Des tensions au sujet du rapprochement avec le groupe Fiat se faisaient sentir. Progressivement je me suis rendu compte que ça bouillonnait de plus en plus à l'extérieur et moins à l'intérieur, et j'ai décidé de donner ma démission. C'était un geste osé à l'époque. Je n'avais connu que Citroën et j'avais besoin de vivre quelque chose de nouveau et de différent: j'ai rejoint le groupe Mercedes où je suis resté près de 15 ans, et ce fut une période tout aussi passionnante et intéressante..."

Nous refermons le livre des souvenirs après quelques heures passionnantes passées en compagnie de M. Paget qui me promit par ailleurs de rechercher dans ses archives d'autres témoignages de l'époque et de contacter certains autres "hommes de Citroën" avec lesquels il a gardé le contact. A suivre, donc...

[Je remercie M. Paget pour le temps qu'il m'a consacré et pour les nombreuses photos qu'il m'a prêtées afin que je puisse les scanner. J'en reproduis certaines afin d'illustrer cette note...]

Oubli du passé et peur de l'avenir...

Numriser0002J'ai parfois presque envie de sourire (même si le sujet est on ne peut plus sérieux et grave) lorsque je vois l'emballement médiatique actuel au sujet de la pénurie touchant l'énergie et les matières premières. Avons-nous la mémoire si courte ? L'homme a une fâcheuse tendance à oublier d'apprendre de son histoire, récente ou non. Le problème de l'énergie et des ressources semble tout à coup être brûlant, il n'est pourtant pas nouveau. J'ai lu il y a peu un ouvrage de J.A. Grégoire, ingénieur automobile et inventeur français, écrit en 1974 et intitulé : "l'automobile de la pénurie". Numriser0006 Grégoire est un personnage bien connu des amateurs d'automobiles anciennes, il conçut plusieurs modèles innovants, fut un des précurseurs de la Traction-Avant, de la carrosserie aérodynamique, de la propulsion électrique. Il écrivit plusieurs ouvrages fort instructifs sur l'automobile dont celui-ci, où il livre ses réflexions juste après le premier choc pétrolier de 73.

Autant certains ouvrages tentant de prédire ou d'extrapoler du présent ce qui va se passer dans les 30 à 50 prochaines années relèvent parfois de la pure science-fiction, autant celui-ci est frappant de réalisme et pourrait presque avoir été écrit aujourd'hui. En voici quelques extraits choisis, ainsi que les réflexions qu'il m'a inspirées :

"Aujourd'hui, le problème majeur de l'ingénieur automobile est d'économiser le pétrole et plus généralement l'énergie dans l'utilisation des voitures qu'il conçoit. Il doit connaître en conséquence les consommations d'énergie et les réserves dans le monde pour ajuster son effort à la pénurie."

"On se souvient du tollé que souleva en 1972 le premier rapport du Club de Rome dirigé par Denis Meadows et intitulé "halte à la croissance".[...] Il eut toutefois l'inestimable mérite d'attirer l'attention des gens raisonnables sur le fait que nous vivions dans un monde fini (fini, par opposition à infini, ndlr) aux ressources limitées."

1. Des ressources mais pour qui ?

On voit bien ici que la préoccupation principale est celle des ressources énergétiques que nous brûlons sans retenue. Nous avions progressivement oublié depuis le premier choc pétrolier que nos ressources en matières premières étaient limitées. Aujourd'hui, la brusque montée en puissance de la Chine nous remet face à cette problématique.

Les pays occidentaux pensaient peut-être avec un peu de naïveté, volontaire ou non, que nous pourrions utiliser les ressources et la main d'oeuvre chinoise au service de notre croissance et de notre niveau de vie sans autre conséquence...Mais pour produire, la Chine consomme, et consomme beaucoup : plus que ce que nous imaginions. Par exemple, il y a encore quelques années, nous pensions que les émissions de gaz à effet de serre de la Chine rattraperaient celles des Etats-Unis en 2025. Puis, il y a quelques mois, on évoqua 2010. Et finalement, on se rend compte que c'est cette vraisemblablement cette année que la Chine deviendra le premier pays émetteur de GES...Eh oui, la Chine est certes l'usine du monde, mais c'est aussi un pays d' 1,3 milliards d'habitants qui aimerait consommer comme nous. Automobiles, équipement ménager, logement, etc... : de quel droit leur dirions nous aujourd'hui que c'est impossible, alors que jusqu'à présent, ça l'a été pour les pays occidentaux ? Et après la Chine, il y a l'Inde qui se profile à l'horizon...on voit bien que le relatif équilibre consommation/ressources actuel reposait en fait sur un déséquilibre structurel, qui apparaît au grand jour aujourd'hui mais que Grégoire, lucide, évoquait déjà en 1973 :

"S'il faut toujours plus d'énergie pour permettre aux pays riches de vivre mieux, il en faut aussi plus aux populations pauvres pour cultiver la terre, se transporter, se vêtir, s'éclairer. [...] Les experts du dernier rapport du club de Rome réclament à juste titre une révolution dans l'attitude des pays développés. Toutes les nations du monde, qu'on le veuille ou non, sont solidaires. Peut-on concevoir l'apocalypse dans certaines régions du monde et l'abondance et le confort dans d'autres ? "

2. La menace environnementale et le catastrophisme ambiant

Le problème énergétique est donc revenu brutalement sous les feux de l'actualité, sous l'effet de la croissance mondiale, de l'émergence de nouveaux marchés, mais aussi de nouveaux débouchés qui modifient le fragile équilibre offre/demande (par exemple la montée en puissance des biocarburants qui crée une nouvelle pression sur les prix des matières premières agricoles comme le maïs...). L'histoire semble donc se répéter sans que nous ayons tiré les leçons du passé. Elle se répète mais avec une dimension nouvelle qui était presque inexistante il y a 35 ans, celle de l'environnement. En 1973, nous parlions de pénurie de ressources et de déséquilibre Nord-Sud, mais personne n'évoquait le problème de l'environnement. Or, il semble de plus en plus probable que non seulement nous consommons nos ressources sans retenue mais qu'en plus nous menaçons notre planète et mettons en danger l'existence même de nos générations futures. C'est une nouvelle donne de dimension mondiale, qui dépasse les frontières et les politiques d'intérêt nationales, et face à laquelle nous semblons bien désemparés.

Alors, comment réagir, quelle attitude adopter face à ce problème d'une complexité extrème ? Faut-il voir l'avenir en noir ou bien peut-on relever ce nouveau défi qui concerne l'humanité toute entière ?

La tendance actuelle est malheureusement au catastrophisme sensationnel. En effet, nous lisons ou entendons partout le même discours de fin du monde, relayé par un journalisme qui s'est trouvé une nouvelle cause à mettre en scène. Pas une journée ne passe sans un papier ou un reportage mettant en avant un exemple destiné à frapper les esprits. Le réchauffement climatique est partout, servi à toutes les sauces : je regardais hier soir le journal télévisé : le Mont-blanc fait désormais 4810 mètres : encore un effet du réchauffement climatique (véridique !). Les vaches émettent des GES : qu'attend le gouvernement pour interdire la côte de boeuf d'un kilo, "dont la production émet autant de GES qu'un trajet de 100 Km en voiture"...Bref, la tentation est grande de dire n'importe quoi, du moment qu'on est écouté, au risque de passer à côté des vrais enjeux. Les médias raffolent du catastrophisme ambiant qui, semble-t-il fait vendre, alors...pourquoi se gêner. Malheureusement, ce ne sont souvent pas ceux qui parlent le plus fort qui ont raison...

3. Rétablir la vérité et...agir

Je suis profondément concerné par ma planète ainsi que par les problématiques environnementales. Mais je ne suis pas prêt à écouter n'importe quoi. Surtout, je Numriser0004_2pense que les attaques frontales envers l'industrie, et celle dont je fais partie, l'automobile, ont quelque chose de suicidaire. Je peux vous en parler de cette industrie, parce que je crois bien la connaître. Il est de bon ton de la montrer du doigt, de la critiquer, de l'affubler de tous les maux. Avons-nous récemment entendu ou vu un sujet sur le progrès automobile sur les thèmes environnementaux ou sur le progrès de la sécurité ? A ma connaissance, aucun, ou presque. Par contre, dès qu'une initiative anti-voiture est prise, elle est mise en avant et fait l'objet d'une couverture médiatique impressionnante.

Sait-on quels progrès ont été réalisésNumriser0003 par l'industrie automobile depuis 20 ans ? Voici quelques informations synthétiques à ce sujet : tout d'abord, arrêtons de ne parler que de CO2, ce n'est pas un polluant de l'air, seule sa concentration est un problème. Parlons aussi des principales émissions polluantes générées par le secteur des transports : le monoxyde de carbone (CO), le monoxyde d'azote (NO), les composés organiques volatils (COV) aussi appelés hydrocarbures imbrûlés (HC)dans les gaz d'échappement, le dioxyde de souffre (SO2) et enfn les particules (PM). Les émissions de monoxyde de Numriser0005_3carbone, par exemple, ont été divisées par trois en 10 ans. Il en est de même pour les émissions d'oxydes d'azote, ou encore des particules. Les normes qui s'appliquent aux véhicules neufs et que suivent tous les constructeurs automobiles sont peu connues du grand public, et pourtant...entre Euro 0 (1989) et Euro 4 (2006), les émissions HC+NOx ont baissé de 88% pour les véhicules diesel, de 93% pour les véhicules essence, et les particules des poids lourds ont baissé de 86%. L'air des villes est beaucoup plus respirable aujourd'hui qu'il y a 20 ans, n'en déplaise aux annonciateurs de catastrophes. Reportez vous aux graphes qui illustrent cette note, ils parlent d'eux-mêmes, et permettent de rétablir une vérité trop souvent méconnue.

4. Pour un vrai développement durable

Ce que j'ai écrit sur l'industrie automobile est applicable à beaucoup d'autres secteurs. Je suis de ceux qui croient que la critique gratuite ou le rejet du progrès ne mèneront nulle part. Je suis convaincu que l'économique et le politique doivent travailler main dans la main pour un vrai développement. L'économique, n'en déplaise à certains, permet à tous de se nourrir, de se loger, de se déplacer, et bien plus encore...Remettre en cause notre développement économique est peut-être séduisant sur le papier pour certains idéologues coupés de la réalité, mais totalement irréaliste et surtout dangereux. En revanche, travailler à faire en sorte que ce développement soit durable, là est le vrai défi. Je rappelle la définition du développement durable :

«C’est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs» (rapport Brundtland, du nom du Premier ministre norvégien, publié par les Nations unies en 1987). Le processus vise à concilier l’écologique, l’économique et le social, en établissant une sorte de cercle « vertueux » entre ces trois piliers.
(Source : Développement durable, quels enjeux géographiques, Documentation photographique n° 8053, 2006)

L' économique est bien une des trois composantes du développement durable, ne l'oublions pas.

L'industrie européenne est beaucoup plus responsable qu'on voudrait le faire entendre. Sait-on combien coûteraient certains biens que nous importons de Chine par exemple, si ils avaient été fabriqués avec les mêmes exigences qu'en Europe ? Notre compétitivité serait bien meilleure si les règles environnementales à respecter étaient les mêmes pour tout le monde !

Poussée et aidée par le pouvoir politique national et aussi surtout européen, notre industrie travaille pour résoudre les problématiques environnementales complexes qui se présentent. L’automobile, en permanence sous les feux de la rampe, n'est pas en reste. Les constructeurs ont tous démarré des recherches longues et coûteuses afin de relever les défis de demain. Les pistes et résultats sont prometteurs : j'écrirai dans quelques semaines une note consacrée à ce sujet, et vous serez surpris.

5. Pour conclure

Je terminerai cette note un peu plus grave que d'habitude par un coup de gueule : de grâce, arrêtons ce catastrophisme permanent, arrêtons de miner le moral des hommes, des femmes, des enfants en rabachant à longueur de journée que l'avenir sera noir, incertain, que tous les malheurs nous attendent. J'entendais à la radio la semaine dernière le résultat d'une grande étude sur les enfants : ils sont déprimés, anxieux : leur moral est au plus bas depuis 40 ans ; mettons nous à leur place : ils entendent à longueur de journée que tout est dangereux, que l'humanité va à sa perte, que la société a tout faux...ne pouvons nous pas simplement tourner cela en positif, prendre conscience de ce qui est nécessaire et agir au lieu de saper le moral de tous ? Avons-nous finalement encore le droit d'être heureux, de croire en l'avenir...de vivre, tout simplement ?

Naissance de C42

Numriser0001 C42, vous connaissez ? Non, ce n'est pas le dernier prototype ultrasecret de la marque aux Chevrons...ni le nom de code d'un nouveau bio-carburant. C42, c'est tout simplement le nom du nouvel écrin dédié à la marque construit en lieu et place de l'anonyme "Hippo Citroën", au 42, Avenue des Champs-Elysées.

Cela faisait 32 ans qu'aucun bâtiment totalement nouveau n'était sorti de terre sur la plus belle avenue du monde. L'événement est d'importance, et il l'est d'autant plus qu'il symbolise à plus d'un titre la renaissance de la marque qui s'opère depuis quelques années.

J'ai assisté à l'inauguration de C42 le 27 septembre, et je vous livre mes quelques impressions "à chaud"de cette première visite...

C42 est tourné vers le futur, mais se nourrit du passé prestigieux et des valeurs façonnées durant les différentes vies de la marque depuis sa création en 1919.

Numriser Premier symbole : le lieu, les Champs-Elysées, la plus belle avenue du monde, symbole du faste et vitrine des plus grandes marques françaises. Citroën s'y installe dès 1919, tout d'abord comme locataire, puis il trouve enfin en 1927 un local digne de ses ambitions au numéro 42, afin d'y exposer les nouvelles séries "B14". Citroën est l'un des premiers à avoir compris l'importance de "vitrines" dédiées non seulement à l'exposition des produits mais aussi et surtout à la mise en avant de la marque, de ses valeurs, de son histoire. Il s'agissait à l'époque d'une démarche très innovante, alors qu'aujourd'hui c'est un élément clef des politiques marketing des Numriser0008Groupes possédant des marques fortes.

Citroën avait ainsi créé des "magasins d'exposition" à des emplacements soigneusement choisis, comme Place de l'Opéra, Place de l'Europe ou encore sur les Champs-Elysées. André Citroën avait aussi demandé à ses services de mettre en place des règles strictes pour l'aménagement de ses points de vente, en particulier pour la façade, l'éclairage, le sol en carreaux noirs en blancs, les enseignes, etc...ce qui permit au réseau Citroën de présenter dès les années 30 une unité qui le rendait reconnaissable entre tous : ici encore, l'entreprise innove et créée les prémices de ce que l'on appelle aujourd'hui le "Corporate Identity".

Numriser0004_2  Deuxième  symbole : l'audace. Elle est partout dans l'histoire de Citroën et constitue presque une marque de fabrique. Elle s'est souvent exprimée dans la communication : on se souvient des milliers d'ampoules illuminant la Tour Eiffel avec les lettres géantes "CITROEN", ou encore des Croisières Noires ou Jaunes puis plus récemment avec le "style" de communication de l'Agence Delpire puis de RSCG. ... Elle s'est aussi exprimée fortement à travers les produits comme la Traction, la 2 CV ou la DS...

Et l'audace est bien présente lorsqu'on pénètre dans ce temple de marque au style épuré très "Courrèges", à la façade étonnante dont l'élévation paraît en mouvement et dont les chevrons géants semblent être les facettes d'un diamant en création.

Numriser0002 Troisième symbole : le design et l'architecture. Le projet conçu par l'architecte Manuelle Gautran constitue une véritable prouesse, tant il innove pas ses formes et séduit par la pureté du design. Il me rappelle l'époque pas si lointaine (quoique...) où Citroën, avec la DS, devenait le maître incontesté du design industriel et de la forme devenue fonction. De la voiture à l'inspiration artistique, le lien était fait, et on se souvient de la "sculpture" de DS à la Triennale de Milan en 1957, on se souvient également du texte de Roland Barthes dans "Mythologies", ou plus récemment de la présence remarquée de Citroën à la FIAC lors du cinquantenaire de la DS...encore elle...