Quelle automobile, autre que la DS, aurait pu symboliser avec autant de pertinence la France audacieuse, innovante, conquérante de la fin des années 50 ? Aucune...bien évidemment. Et c'est pour cela que la DS deviendra rapidement l'icone du pouvoir et sera à jamais associée au Général de Gaulle, qui l'utilisera presque exclusivement pour ses nombreux déplacements dès 1958, année de son retour à la tête du pays. D'ailleurs, Citroën ne s'y est pas trompé en sortant dès 1959 une version Prestige, avec séparation chauffeur, sur laquelle l'élite française composée de grands patrons et d'hommes politiques jeta son dévolu.
Reine de cortège...
Déjà fidèle à la marque Citroën, de Gaulle utilisa de nombreuses Tractions Avant, avant de basculer pour la DS. Il appréciait ce modèle pour son confort, mais aussi pour son habitabilité, car De Gaulle était fort grand, mesurant 1m88.
A chaque Salon de l'auto, il s'attardera d'ailleurs toujours un peu plus sur le stand Citroën, sa marque fétiche qui équipera l'Elysée, Matignon et tous les lieux de pouvoir durant de nombreuses années. Reine des cortèges, elle accueillera tous les grands de ce monde lors de défilés majestueux encadrée par des motards en BMW ou des gardes républicains à cheval : même Kennedy l'utilisera lors de sa visite en 1963...
La fameuse 1 PR 75
Mais la DS est un peu "juste" pour représenter le sommet de l'Etat français face aux grands de ce monde, américains en particulier. C'est la raison pour laquelle De Gaulle commandera en 1966 une DS très spéciale, la 1 PR 75, qui doit absolument être plus longue que la plus longue voiture officielle américaine, la Lincoln Continental : 6m53, contre (seulement) 6m40 à l'américaine, excusez du peu...
Cette DS très spéciale fut réalisée par Chapron. Refroidissement renforçé, boîte de vitesses adaptée afin de pouvoir défiler des heures durant à 6 km/h sans perturbations, habitacle luxueux séparé en deux parties distinctes, toutes vitres électriques, interphone, air conditionné, tout est
conçu pour satisfaire le Général sauf un détail, un seul, à cause duquel la voiture sera finalement peu utilisée : la vitre de séparation avec le chauffeur était fixe et empêchait le Général de converser avec ce dernier !
L'attentat du Petit-Clamart
Dans la légende de la DS, cet épisode tient une place bien particulière, puisqu'il apparaît que ce sont les qualités exceptionnelles de la voiture qui ont sauvé le Général (et la maladresse des tueurs, ne l'oublions pas). Revenons sur ce fait historique, qui faillit bien coûter la vie au Général et changer le cours de l'histoire...
Le changement d'attitude du Général au sujet de l'Algérie, pour laquelle l'indépendance semblait désormais inéluctable, entraîna une haine tenace d'un grand nombre de français nostalgiques de l' Algérie française. L'OAS semait la terreur, la France se déchirait et le Général avait des ennemis jusque dans les plus hautes sphères de l'Etat, de l' Armée et de la police. Après plusieurs tentatives infructueuses, le commando emmené par Bastien-Thierry, polytechnicien idéaliste, pense trouver le lieu idéal pour tendre un guet-apens au Général : le carrefour du Petit-Clamart, sur la route qui le mène de Paris à l'aéroport militaire de Villacoublay, où il s'envole fréquemment vers Saint-Dizier, afin de rejoindre sa résidence de Colombey-les-Deux-Eglises.
A l'issu du Conseil des Ministres, le Général prend place dans sa DS personnelle, en compagnie de son épouse, son gendre Alain de Boissieu, et le conducteur Françis Marroux. Derrière eux, seule une DS et deux motards assurent la sécurité.
Au Petit-Clamart, le commando attend le signal donné par Bastien-Thierry. Tout le monde est en place Avenue de la Libération. En premier, l'estafette où attendent trois membres du commando dont un guetteur observant Bastien-Thierry qui se trouve 200 m plus loin. Ensuite, une ID 19, où se trouvent Watin et Prévot armés de fusils mitrailleurs, puis un break 403 et trois autres conjurés également armés de fusils. Lorsque Bastien-Thierry donne le signal, il fait déjà nuit, et les premiers assaillants, ceux de l'estafette, réagissent tardivement et ont à peine le temps de tirer. Au même moment, ceux postés dans l'ID ouvrent le feu et plusieurs balles atteignent la DS qui tangue et arrache au passage un rétroviseur d'une Panhard arrivant en sens inverse. De Boissieu hurle dans la DS présidentielle "Mon père, baissez-vous tout droit au milieu, Marroux,foncez !" L'ID prend en chasse la DS, qui continue malgré tout sa route avec deux pneus crevés et arrive à rejoindre la base aérienne !
On relèvera 14 impacts de balles et 150 douilles sur la chaussée. La DS est en piteux état avec ses vitres brisées. Une balle s'est fichée à 11 cm de la tête de Mme De Gaulle. Imperturbable, le Général passera quand même en revue le piquet d'honneur de l'armée de l'air. Mme De Gaulle demandera si ses poulet n'ont rien : il ne s'agissait pas des policiers l'accompagnant mais de deux gallinacés placés dans le coffre pour les repas à Colombey...De Gaulle avouera que "cette fois-ci, c'était tangent", tout en critiquant les assaillants "qui tirent comme des cochons".
Bastien-Thierry sera condamné à mort, deux autres condamnés seront graciés, et la plupart feront plusieurs années de prison.
Alors, la DS a-t-elle vraiment sauvé le Général ?
On dit que sa tenue de route liée à la suspension hydropneumatique a permis au chaffeur de diriger la voiture même avec deux pneux crevés : c'est vrai que la DS est le seul véhicule capable d'une telle prouesse. La boîte hydraulique permit également de gagner quelques secondes, lorsque le chauffeur rétrograda en seconde pour réaccélérer. L'empattement très long, la direction assistée, les rotules de direction dans l'exact plan de symétrie des roues, tous ces éléments eurent leur utilité pour effectivement permettre au véhicule exceptionnel qu'est la DS de sortir de ce traquenard.
Mais De Gaulle a aussi eu beaucoup de chance ce jour là : n'est-ce pas ce qu'on appelle avoir la Baraka...?
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