Voici une note que j'ai mis du temps à écrire car la recherche d'informations a été importante. C'est désormais chose faite et je vous invite à me rejoindre à Paris, ce matin d'octobre 1955, afin d'effectuer une promenade matinale...en DS bien sûr. C'est d'ailleurs ce qu'ont fait Paul Magès et André Lefebvre, les deux concepteurs principaux de la DS, durant le fameux Salon de l'Auto 1955, afin de tester les réactions du public à l'"ovni" qu'ils avaient créé.
Et ils ne furent pas déçus : ce fut une véritable émeute à chaque carrefour. Le paysage automobile venait d'un coup de vieillir de 20 ans. Mais justement, à quoi ressemblait ce même paysage à l'aube des années 60 ?
En ce temps là, le parc automobile était de 4,5 millions de véhicules, contre plus de 30 millions en 2004. L'essence coûtait 1,30 euros le litre (en euros constants) soit autant qu'aujourd'hui !
14 mois de travail étaient nécessaires pour s'acheter une 4 CV de base contre 7 mois aujourd'hui pour acquérir une Clio. Nous sommes 10 ans après la fin de la guerre. Les rationnements en tous genres ont pris fin il y a seulement quelques années. Les matières premières sont à nouveau disponibles mais depuis peu. La voiture est encore un objet de luxe. On la sort le dimanche ou pour les départs en vacances. Le reste de la semaine, on se déplace en vélo, ou en transports en commun. Les cadences de production sont pourtant de plus en plus élevées, la France a soif de progrès, d'équipement, de confort.
L'optimisme est revenu, la liberté aussi. Liberté d'aller vite, d'aller loin. La vitesse est adulée, on roule vite, car "c'est un plaisir précis, exultant et presque serein d'aller vite" (Françoise Sagan). Mais le réseau routier n'a pas encore évolué. Les nationales traversent villes et villages, les dangers de l'alcool sont encore peu connus ou reconnus, bref la route devient très dangereuse, 5800 personnes y meurent en 1953, et ce chiffre augmentera rapidement jusqu'à atteindre le pic vertigineux de 14.000 morts en 1974.
En 1955, il reste sur les routes de nombreux véhicules des années 40, comme la 202, la Juvaquatre
, ou bien quelques aristocratiques comme les Salmson et Hotchkiss.
Malheureusement, ces marques prestigieuses qui ont fait la réputation de l'automobile française avant guerre disparaissent petit à petit : Delahaye et Hotchkiss en 54, Salmson en 56, Talbot, Bugatti, devenues hors de prix et inadaptées aux besoins modernes, désuètes, elles sont beaucoup trop chères pour l'acheteur moyen et démodées pour les fortunés qui leur préfèrent les belles américaines.
En 1955, les Français modestes ont un choix réduit essentiellement aux 4 CV et 2 CV.
La Renault 4CV, par exemple, est bien adaptée aux besoins automobiles de l'époque. Inspirée par la coccinelle de VW, elle est relativement bien construite. Son moteur arrière de 17 ch lui procure une bonne vivacité.
La Citroën 2 CV est quant à elle simplissime mais géniale.
Proposée avec un moteur de 375 cm3 et 9 ch puis 12 ch en 1955, elle ne roule pas vite mais tient bien la route, est économique et fiable.Ses cadences de production prudentes n'ont jamais permis de résorber des délais de livraison impressionnants (jusqu'à plusieurs années) avant les années 60.
Les classes moyennes choisissent elles entre la très classique Peugeot 203, robuste et rationnelle, équipée d'un bon moteur 7 CV, et apparue dès 1949, ou bien la nouvelle Simca Aronde, plus moderne, et qui connaîtra un franc succès.

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Les Français aisés ont eux plus de modèles disponibles, entre la Traction Avant, toujours vaillante, et appréciée pour ses qualités dynamiques et de confort, la Ford Vedette, silencieuse, presque luxueuse, ou la Renault Frégate, spacieuse mais desservie par un moteur pas à la hauteur et une fiabilité aléatoire.
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Les adeptes du "rouler différent" se tourneront vers Panhard qui propose dès 1953 la Dyna Z, véhicule novateur, avec son habitacle moderne et clair, une carrosserie légère en aluminium qui procure une consommation très faible.
Il reste à positionner dans ce décor très fifties quelques modèles exotiques, comme les Simca Versailles, symboles de la réussite bourgeoise, avec leurs ailerons façon Cadillac et leur V8 de 80 ch !
Les modèles d'importation sont quant à eux assez rares, mais il faut citer l'Opel Kapitan, équipée d'un 6 cylindres mais dépourvue de chauffage, la Mercedes 220, sereine, dont les performances, la qualité de fabrication et le confort, sont déjà à la hauteur de la marque à l'étoile.![]()
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L'élite se tourne elle vers une nouvelle marque française de luxe, Facel Vega, qui étonne par la qualité de ses réalisations, et a la bonne idée d'équiper ses véhicules de moteurs américains robustes, fiables et puissants (de Soto puis Chrysler) qui leur procure des performances impressionnantes. ccccccccc
Bref, l'automobiliste des années 50 a déjà le choix, les nouveautés affluent, les importateurs se multiplient, le paysage automobile est disparate, la route encombrée, dangereuse mais synonyme de liberté et d'évasion. La France avance à grands pas vers la société de consommation...
Bien peu imaginent, malgré les indiscrétions de l' Auto-journal, que Citroën s'apprête à lancer une bombe dans quelques jours : la DS, qui se dévoilera devant un public médusé un matin d'octobre 55...mais ceci est une autre histoire...
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