Rares sont les marques populaires qui suscitent une telle passion. Citroën est bien un phénomène à part dans l'industrie automobile. Quelles en sont les raisons ? Voici une tentative d'explication à travers quelques aspects fondateurs du mythe Citroën...
1. Citroën, entrepreneur.
Né en 1879, d'origine hollandaise, André Citroën quitte l'Ecole Polytechnique à 22 ans. A 27 ans, il fonde la Société André Citroën et Cie qui deviendra en 1927 la Société des Engrenages Citroën, exploitant un brevet d'engrenages à chevrons trouvé en Pologne, chevrons à l'origine de l'emblème du constructeur. Animé d'un immense charisme, visionnaire, patriote, Citroën qui se définit lui même comme "ingénieur-constructeur", n'est nullement passionné par l'automobile. Il avait bâti d'immenses usines dont sortirent pendant la guerre de 14-18 des millions d'obus. Avec son esprit d'analyse exceptionnel, il avait compris que la guerre ne pourrait être gagnée que grâce au matériel. Déjà, l'organisation de son usine d'obus de Javel lui permettra d'atteindre des cadences très élevées et il améliorera sans cesse sa productivité jusqu'à atteindre une production de 10.000 obus/jour. Le gouvernement de l'époque lui fut très reconnaissant et finança une grande partie des installations ultramodernes de Javel. La machine Citroën était dès lors lancée. Elle ne s'arrêtera plus. Il fallait voir grand, le salut était dans l'industrie, seule capable d'assurer le développement et la richesse de la France. Alors que cette dernière était en 1915 essentiellement artisanale et paysanne, repliée sur elle même, alors que les élites considéraient la modernité comme réservée aux nantis, Citroën pensait exactement l'inverse : il fallait donner aux masses la possibilité de consommer, il fallait que les inventions encore réservées à une élite se démocratisent pour pénétrer la société et engendrer un progrès général.
En 1919, seuls quelques aristocrates ou riches industriels pouvaient acheter un véhicule à moteur. Ces derniers étaient fabriqués au compte-gouttes par d'innombrables constructeurs artisans. Il fallait acheter le châssis chez l'un, la carrosserie chez l'autre, les accessoires chez le troisième etc...
Citroën avait compris avant les autres que l'automobile naissante allait bouleverser le XXème siècle, et que le moyen de développer cette industrie était de produire en grande série pour baisser les prix de revient et donc les prix de vente. Il l'avait compris car il observait, voyageait, et décelait immédiatement chez les autres l'idée géniale qu'il allait ensuite faire sienne et développer. C'est ainsi qu'il visita les usines Ford aux Etats-Unis.
Il revint en France avec la ferme intention d'appliquer les principes de son modèle Henri Ford en France, et ce même si le marché potentiel semblait quasi inexistant comparé à celui des Etats-Unis.
Comment remplacer la production d'obus dans son immense usine de Javel ?
La réponse était désormais claire : André Citroën construira des automobiles en grande série.
Mais André Citroën était un entrepreneur hors normes. Napoléon industriel, il agaçait car il bouleversait l'ordre établi et semblait en permanence courir après l'impossible : il fallait faire mieux que les autres, vite, inventer en permanence pour ne pas être rattrapé, il fallait dominer par tous les moyens possibles. Cette boulimie sera à l'origine de sa grandeur, mais aussi de sa perte...
Quelle vitesse ! En 4 mois, l'usine d'obus se transforme en et fabrique désormais des voitures. En 15 ans, André Citroën va bâtir un empire, révolutionner les méthodes de production, de distribution, de communication, démocratiser cette invention extraordinaire, l'automobile, avec toujours la volonté d'en donner plus à ses clients, car Citroën doit être au dessus des autres...
Citroën n'est ni passionné, ni ingénieur de génie, ni pilote émérite, c'est un entrepreneur visionnaire qui saura s'entourer d'hommes aux talents exceptionnels, comme Pierre Louïs, l'homme de la communication, ou plus tard André Lefebvre, l'ingénieur, qui donneront forme à son rêve. Il imprimera une marque si forte à sa société que les produits comme la 2 CV et la DS qui sortiront 10, 20 ans après sa mort porteront encore sa touche, faite d'innovation, de force créatrice et d'audace.
Commentaires