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Vision de l'automobile du futur dans les années 60...

J'ai trouvé au hasard de mes recherches un petit ouvrage de réflexion intitulé : "L'automobile aujourd'hui et demain". Il est daté de 1960. J'ai décidé de faire partager quelques extraits car ce qui y figure est vraiment intéressant. P1010329

Que peut-on y lire ?

Tout d'abord, la préoccupation n°1 en 1960 est l'économie d'utilisation des véhicules, car l'essence est chère, les taxes élevées, et surtout car l'objectif de l'industrie automobiles est avant tout d'équiper les "classes laborieuses". Pour cela il faut construire en grande série, et il est fait mention du précurseur de ce mode de fabrication et de la voiture populaire : André Citroën bien sûr !

On y parle beaucoup des évolutions notables des dernières années en matière de confort et de sécurité :

- Automatisme des boites de vitesses ("pratiquement toutes les voitures de série françaises peuvent déjà être livrées avec un embrayage automatique sur demande et seule la survivance d'une habitude ancrée à l'état de réflexe chez ceux qui conduisent depuis de nombreuses années constitue un obstacle à sa généralisation totale") : 45 ans plus tard, la troisième pédale existe toujours dans de nombreuses voitures malgré le progrès des boîtes robotisées...

-Suspensions pneumatiques (DS 19)

-Freins à disques (encore DS 19)

- Carburant à meilleur indice d'octane

On y parle également longuement du mode de propulsion des automobiles : le moteur à piston rotatif (Wankel), semble promis à un avenir brillant : compacité, poids réduit, agrément : c'était bien sûr sans compter sur la crise de 73, inimaginable à l'époque, et qui condamna la prolifération de ce type de moteur trop gourmand, qui équipera cependant quelques modèles (Citroën GS Birotor, NSU, et certains coupés Mazda encore aujourd'hui).

Un autre mode de propulsion était promis à un brillant avenir : la turbine à gaz : avec son cycle simple, son absence de vibration, le nombre réduit de composants qui augure d'une bonne fiabilité, la turbine à gaz est prise très au sérieux par les constructeurs qui multiplient les prototypes : Renault Etoile Filante, Rover "Whizzer", General Motors "Firebird", etc...On pense en 1960 que d'ici 5 ans, elle se sera imposée dans la production de voitures de tourisme. On connaît la suite, et cette tentative fut avortée.

Plus surprenant, on parle également de pile à combustible, sujet particulièrement d'actualité aujourd'hui puisque c'est une des pistes suivies par de nombreux constructeurs pour le remplacement de l'essence amenée à disparaître. Il est écrit que cette pile "produit de l'électricité directement par réaction électrochimique d'oxygène et l'hydrogène. On vante son poids et son encombrement plus faibles que les piles classiques...

Enfin, il est également fait mention de générateurs électriques qui transformeraient directement la chaleur en électricité. On pourrait combiner moteur thermique et générateur électrique afin que le premier alimente le second qui lui fournirait l'énergie directement aux roues motrices...entraînant la suppression de nombreux organes consommateurs d'énergie comme les embrayages ou les arbres et engrenages : ne cherchez pas, c'est le principe retenu aujourd'hui par Toyota sur ses modèles, en particulier le nouveau RX 300, qui une fois de plus montre le chemin à suivre...plus de 40 ans après l'idée initiale.

Autre sujet : l'encombrement des villes. On redoute déjà ce fléau. Seules deux solutions sont proposées : "interdiction de circuler dans les grandes villes et adoption pour la circulation urbaine de mini voitures".

Concernant les mini voitures, voici ce qu'on apprend : "il faut mentionner une nouveauté étudiée pour lutter contre l'encombrement en ville, et qui doit sortir vers 1962 : Il s'agit d'une voiturette bi-place, très ramassée, à moteur deux temps monté à l'arrière; les dimensions sont de 2m15 sur 1m35, la consommation ne dépasse pas 3,5l, et la vitesse 70 km/h. Baptisée "Transville", cette voiture a été conçue uniquement pour des usages urbains mais déjà un succès important lui semble assuré" : à quelques détails près, ce texte nous décrit la smart fortwo, apparue en 1998 et qui a colonisé les centres-villes...étonnant non ?P1010605

Concernant la circulation en ville, ce texte qui, rappelons le date de 1960, est encore plus troublant : "On peut donc imaginer que dans l'avenir, l'habitant d'une grande ville, dont le lieu de résidence se situe en périphérie, se rendra à son travail en micro voiture et reservera sa berline pour des trajets inter-urbains".

Mais déjà à cette époque, on pense que cela ne sera pas suffisant et que micro voiture ou pas, le problème de stationnement ne sera pas réglé : "A ce moment il n'y aura plus que des bâtiments administratifs et des bureaux. Le citadin qui habitera obligatoirement en périphérie viendra avec sa voiture jusqu'à la limite extérieure de cette zone. Là, il trouverait des garages de grande capacité où il laisserait sa voiture pour prendre ensuite les transports en commun. Ceux-ci devraient être développés de manière à absorber ce surcroît de trafic."

Ce texte aurait pu être écrit aujourd'hui et sa pertinence mérite le plus grand respect.

Concernant le développement des transports en commun, l'auteur précise que l'avenir est aux monorails suspendus qui viennent juste d'être testés près d'Orléans. Comme quoi la prospective n'est pas une science exacte...

L'auteur conclue sur l'avenir de l'automobile, et là, nous retrouvons un mélange de science-fiction (voitures sans roues, à coussins d'air (à l'horizon 1975), moteurs à "radicaux libres", voire à propulsion atomique, avec toutes les réserves d'usage) et d'idées surprenantes de réalisme...vues 45 ans plus tard, en particulier lorsqu'il parle  des bouleversements dus à l'électronique avec les  "dispositifs de sécurité et de régulation permettant de diminuer le nombre d'accidents de la circulation" :

-Guidage automatique, cerveau de commande qui remplit les fonctions combinées de frein, direction et accélérateur avec une manette unique (de récents prototypes Mercedes et Citroën proposent exactement la même chose), câble enterré dans la route détecté par le véhicule qui préviendrait son conducteur de tout écart de trajectoire (oui, on dirait presque le système AFIL de la Citroën C4!).

Je termine sur cette idée étonnante au sujet des radars promis à un grand avenir mais pas exactement tels que nous les connaissons avec la "mise au point d'un dispositif de contrôle de vitesse par radar pour les autoroutes". "Outre sa mission de contrôle, il pourrait servir à empêcher les accidents, par exemple lorsqu'un endroit dangereux du parcours ne doit pas être abordé à une vitesse supérieure à une certaine valeur. On pourrait alors concevoir que le contrôleur de vitesse soit relié à un système avertisseur feu rouge ou orange, qui s'allumerait automatiquement lorsque la vitesse dépasserait le maximum prévu". Ce scénario n'est pas très éloigné de ce qui nous attend dans un avenir proche ...à méditer.

Conclusion de l'auteur : "la voiture de 1975 n'aura sans doute plus grand chose de commun avec son ancêtre de 1900. Sans ses roues, sans moteur à essence, presque sans pilote pourrait-on dire..."

Il voulait sans doute parler de la voiture de 2075 : on l'a échappé belle...!

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