A la recherche de textes et d'ouvrages anciens sur l'automobile des années 60, je suis tombé chez un bouquiniste sur un petit guide intitulé "Comment conduire sa voiture". Sa lecture, mise en perspective avec notre époque, en dit long sur l'évolution des mentalités entre cette époque et aujourd'hui. Les années 60 se caractérisent par une croyance très forte en la liberté individuelle et son corollaire indispensable : la responsabilité. Chacun est libre de rouler vite, dans la mesure où il est conscient de ses propres limites et de celles de sa voiture. Ce bel idéalisme fut battu en brêche par la réalité. Face à l'absence presque totale de responsabilité des individus bénéficiant d'une grande liberté sur la route, face à l'excès d'optimisme et de confiance en ses facultés, l'hécatombe de morts sur les routes de France atteint un pic en 1972, avec 16.600 victimes (4.990 en 2005 !). Démonstration fut donc faite, malheureusement, de l'incapacité à être individuellement libre mais responsable. Il fallut donc se résigner à limiter la liberté individuelle afin de protéger la collectivité. Et même si cela me désole parfois tant la route est aujourd'hui liberticide, je ne peux que reconnaître que cette solution est la seule efficace pour faire baisser le nombre de victimes sur la route.
Se plonger dans ce petit guide à l'usage des conducteurs des années 60 est, à la lumière de ce qui précède, éloquent. 
On y lit que "pour rouler prudemment, il faut rouler rapidement. Il n'y a pas de vitesse excessive dans l'absolu. Il y a une vitesse excessive pour chaque conducteur. La vitesse sur route n'est pas dangereuse, au contraire. Si vous en êtes capable, plus vous roulerez vite, plus vous aurez dégagé la chaussée rapidement, plus vous serez en sécurité" (!).
Il faut "calculer sa vitesse en fonction de son habitude du volant et des performances du véhicule". "Dans ces conditions, les panneaux ou les mesures de limitation de vitesse ne sont pas seulement absurdes dans la mesure où ils s'appliquent uniformément à tous les véhicules et tous les conducteurs, ils sont aussi dangereux".
Ce texte est impensable aujourd'hui, et témoigne d'une évolution importante de notre société.
Dans le même registre, on lit que "le dérapage n'est pas dangereux s'il est contrôlé. Le conducteur expérimenté pourra même utiliser le dérapage pour prendre les courbes à vitesse plus élevée".
Quelques conseils plus légers font sourire aujourd'hui. Comme par exemple le fait de garder une paire de chaussures légères dans sa voiture (voire de chaussons pour les hommes ou de ballerines pour les femmes) pour la conduite. De même, la femme devra impérativement retenir ses cheveux pour conduire, surtout si c'est un cabriolet. En hiver comme en été, il faudra porter des gants au volant (en effet, la matière des volants de l'époque est souvent très glissante).
Le toit ouvrant, lui, doit rester "entrouvert", pour éviter d'y être éjecté en cas d'accident (il n'y a pas encore de ceintures de sécurité...).
Par contre, certains conseils sont eux parfaitement lucides, comme celui d'attacher ses enfants en voiture, de garder une bonne visibilité, d'avoir les phares bien réglés et les pneus gonflés, de rouler moins vite sous la pluie, etc....
Du bon sens, penserez-vous...oui, mais nous sommes en 1960, et tous ces conseils n'étaient pas innés à l'époque. Je suis pour ma part choqué de voir régulièrement encore aujourd'hui des enfants non attachés en voiture. Au moindre choc, c'est le drame.
L'ouvrage termine par un chapitre sur l'épreuve d'obtention du permis de conduire, inadaptée et dangereuse. Pour l'auteur, il faudrait que les nouveaux conducteurs prennent la route après un apprentissage beaucoup plus long et idéalement plusieurs centaines de km en conduite accompagnée. Sur ce point il fut visionnaire...sur beaucoup d'autres, il ne fit que reflêter son époque, et son idéalisme formidablement irresponsable...
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