Arrêt sur image : nous sommes en juillet 1968. La France se remet tout doucement des "évènements de mai", et retourne au travail, avec la gueule de bois. L'Automobile Magazine s'interroge sur les conséquences de tout cela dans un article intitulé "Et maintenant ?". Je feuillette ce magazine sans grande conviction, presque déçu que les sujets soient aussi "ordinaires", alors que j'imaginais déjà ressentir l'onde de choc encore bien présente. Mais non, décidément, ce n'est que bien plus tard que l'on se rendra vraiment compte qu'il y a eu un avant et un après mai 68...On réclamait alors plus de liberté dans une société trop rigide, et pourtant, force est de constater à travers la presse de l'époque que cette liberté était finalement peut-être plus présente que l'on imagine, la critique souvent plus virulente. On osait plus, parfois trop, sans se soucier vraiment des conséquences...bref, on était bien loin du politiquement correct qui caractérise notre société actuelle. Un exemple ?
Observez cette publicité (cliquez sur l'image) pour des pneus tirée du même magazine, qui m'a littéralement sauté aux yeux, tant elle est loin, très loin du "politiquement correct"... L'apologie de la vitesse, de la performance, de l'agressivité au volant y est poussée à son paroxysme. Impensable aujourd'hui, une telle publicité met en évidence un certain mode de pensée, où l'intérêt collectif s'efface complètement derrière la liberté individuelle. On est finalement libre de rouler vite, très vite, libre de se tuer, peut-être, libre de tuer aussi un autre usager de la route, qui sait...Pourtant, nous étions en pleines années "noires" avec une hécatombe de plus de 10.000 morts chaque année. C'était terrible, mais personne n'imaginait (ou une très faible minorité...) que cette liberté individuelle pouvait être à l'origine de cette hécatombe. Au contraire, on pensait encore, mais plus pour longtemps, que l'individu seul, et non la société avait le pouvoir de fixer ses propres limites, grâce à son sens aigu de la responsabilité...
Aujourd'hui, la collectivité "encadre" beaucoup plus l'individu. C'est pour son bien, et par extension, pour le bien de notre société. Elle se donne pour mission d'interdire ou de fortement décourager tout ce qui peut constituer un danger pour l'individu : vitesse, bien sûr, cigarette, alcool, mais peut-être aussi bientôt sucre, foie gras (ne riez pas, certains y pensent), fromage au lait cru (toutes ces bactéries, quelle horreur ! ) ou pourquoi pas par extension certains sports (trop?) dangereux... Toute vie épargnée est une victoire, c'est un principe fondateur de notre civilisation qui nous mène vers un monde meilleur...la collectivité se charge de nous protéger de nous-même et de nous rendre "heureux" : un monde parfait, un jour peut-être, un monde qui ressemblera peut-être à celui que décrit Aldous Huxley dans le "meilleur des mondes", si parfait qu'il deviendrait...invivable...?
Mais je digresse, et il vaut certainement mieux que je me cantonne à mon univers frivole à un volant et 4 roues, car il faut croire que je n'ai pas la prose philosophique très gaie...
La liberté individuelle régresse du fait des abus qu'on en fait.
C'est précisément parce que nombre de gens sont incapables de faire bon usage de leur liberté individuelle que des textes encadrant (donc limitant) la liberte de l'automobiliste ont été passés.
Tu l'as écrit toi-même, on pensait, fut-il un temps, que le sens aigu de la responsabilté suffisait. Mais comme tu l'as encore une fois écrit, l'hécatombe annuelle démentait ce rêve.
Il a donc fallu en tirer les conséquence. Encore une fois, la liberté individuelle régresse du fait des abus qu'on en fait. C'est ceretainement très triste, mais c'est ainsi. Cela n'a rien a voir avec le politiquement correct.
Rédigé par: Loïc | 24 novembre 2006 à 22:47