Vous connaissez peut-être les dossiers de "La Documentation Française", constitués de grandes planches et de photos, sur des sujets de géographie, de science ou d'histoire. Vous avez peut-être comme moi réalisé des exposés en utilisant ces dossiers, à une époque pas si lointaine où les devoirs étaient encore obligatoires et l'orthographe une science exacte.
Je me suis donc plongé dans ce dossier fort intéressant car donnant un bon aperçu d'une part des enjeux liés au développement des transports à cette époque et d'autre part du contexte économique de croissance incroyable qui caractérisait cette époque. Ce qui frappe, c'est de voir que la France est en 1962 à une étape clef de son développement : la période de reconstruction est finie depuis peu. Vient le temps des grands projets qui verront le jour sur les 20 prochaines années et qui façonneront la France que nous connaissons encore aujourd'hui. Oui, les années 61-66 sont des années charnières. 10 ans plus tôt, nous refermions encore les blessures de la guerre, 10 ans plus tard, la première crise économique et les grands dérèglements déferlent sur le monde.
EN 1962, les grandes décisions économiques passent par le "plan". Le plan évalue les besoins en grands travaux et détermine les moyens à mettre en oeuvre et le calendrier à suivre. Le IVème plan "transports" fixe les grandes orientations pour la période 62-65. On y apprend que le trafic ferroviaire doit s'accroitre de 30 % pour les marchandises, 20% pour les voyageurs, que la circulation routière doit elle s'accroître de 30 % en 3 ans et le transport aérien de 12 % par an. Pour le ferroviaire, priorité est donnée à l'achèvement de l'électrification des grandes lignes comme Paris-Le Havre et l'acquisition de nouvelles locomotives diesel pour les autres, pour la route, on prévoit de construire 95 km d'autoroutes de dégagement et 300 de liaison, qui s'ajouteront donc aux 188 km existants (!).
La priorité pour les routes nationales est de créer des déviations, des élargissements, de supprimer les points noirs et certains passages à niveau. L'objectif est d'augmenter le débit et d'améliorer la sécurité des routes (objectif louable mais il faudra encore beaucoup de temps pour y arriver...). Pour l'aviation civile, on veut mettre en place un réseau de liaisons intérieures au départ de Paris vers Brest, Lyon, Marseille, Nice, Montpellier, etc...ainsi que des liaisons entre les principales villes de province et les pays du Marché Commun. On vise ainsi "la décentralisation industrielle et le développement de l'économie régionale" : décidément, rien n'a changé...On veut par ailleurs construire une quatrième piste à Orly. Il n'est pas encore question de Roissy, mais cela ne saurait tarder. On y apprend également que le plan souhaite moderniser les liaisons fluviales avec le Canal du Nord . On parle même d'une liaison Mer du Nord - Méditérranée mais ce projet engendrait des difficultés considérables et resta dans les cartons.
Je ne résiste pas au plaisir de reproduire un extrait de l'introduction de ce dossier :
"Crise de croissance ? Crise d'adaptation ? Le fait est que des contraintes sévères pèsent sur tous les modes de transports. Les chemins de fer améliorent leur productivité, électrifient, diéselisent, developpent leur sécurité, luttent contre la concurrence routière. La route organise ses transports de voyageurs, élimine les bouchons urbains. Points de convergent routière, les villes sont menacées par la congestion. des solutions sont indispensables. L'harmonisation des économies régionales et les perspectives offertes par le Marché commun suscitent de vastes projets. L'avenir économique de la France est en partie subordonné aux solutions qui seront apportées à ces différenst problèmes...". Encore une fois, ce texte est d'actualité...
Oui, cette prise de conscience a donné lieu à des grandes décisions, qui se sont transformées en grands projets, comme le Tunnel sous la Manche, le TGV, le réseau autoroutier, la création d'un transport express régional (RER), du Concorde également. Certains furent plus réussis que d'autres, mais tous contribuèrent à dessiner la France que nous connaissons aujourd'hui et qui aurait bien besoin de "grand dessein" face à l'immobilisme et au manque d'ambition qui caractérise beaucoup d'esprits actuellement...
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