Rassurez-vous : Citroën n'a pas l'intention de délocaliser ses têtes pensantes en Chine ou ailleurs...Nous sommes juste en 1961, le 28 décembre, pour être précis. Citroën "surfe" sur le succès de la DS qui entame sa cinquième année de vie, aidée il est vrai par sa petite soeur jumelle, l'ID. La 2 CV se vend toujours très bien, Citroën vient de présenter l'Ami 6, et Renault, pas vraiment menaçant jusqu'à présent, fourbit ses armes avec la toute nouvelle Renault 4, qui va très vite devenir une redoutable concurrente pour les Citroën populaires.
Bref, ce sont des années d'effervescence que vivent les constructeurs automobiles, alors que le marché croit de 10% par an. Le bureau d'études Citroën croule sous les projets et la petite bande d'ingénieurs et de "designers" a de plus en plus de mal à faire face : il faut préparer l'avenir, et Citroën cherche un site plus grand, plus pratique que les antiques locaux de la Rue du Théatre. L'Auto-Journal, toujours bien informé, nous révèle que Citroën va s'installer à Vélizy-Villacoublay, un endroit paisible, champêtre, bien loin de l'urbanisation qui caractérise cette zone aujourd'hui, avec les échangeurs A86-N118 et le Centre Commercial Régional. Le site choisi par Citroën est proche de Paris, à 8 km exactement, et permettra d'installer des infrastructures ultramodernes, dignes de la marque qui a créé la DS.
C'était sans compter sur les résistances de la population locale, effrayée à l'idée de voir un constructeur d'automobiles troubler la quiétude de la Vallée de la Bièvre. Décidément, les Français pratiquaient déjà dès 1961 leur sport favori : la résistance au changement. On peut donc lire dans l'Auto-journal qu'"une affichette de modeste dimension (l'avis d'enquête publique) a semé le désarroi au cours des dernières semaines parmi les populations de la Vallée de la Bièvre. Il faut l'admettre, en toute impartialité, que l'avis que nous reproduisons ci-contre, n'est guère rassurant pour les habitants d'une paisible oasis de verdure de la région parisienne." Voilà, et le journal va plus loin, et parle d'un vaste complexe, avec ses laboratoires, ses machines-outils, ses ateliers, et 88 bancs d'essais qui fonctionneront 24 heures sur 24 : quelle horreur ! On prévoit en plus de stocker 240.000 litres de liquides inflammables, de construire des pistes d'essais... On y voit également la reproduction d'un courrier du Dr Siedel, médecin de son état, qui proteste contre les dangers que représentent ces installations pour les riverains et autres cours d'eau.
"Que vient faire Vulcain et ses diaboliques machines à l'orée des bois de Verrières !" surenchérit le journal..."Il n'est pas possible que le Ministère de la Santé Publique ne prenne pas position lui aussi contre une opération aussi extravagante qui constituerait un encouragement officiel au regroupement des usines aux portes de Paris".
N'en jettez plus ! Mais comment Citroën a-t-il finalement réussi à s'installer sur le site convoité face à toutes ces protestations ! Depuis, l'environnement a bien changé. L'aérodrome de Villacoublay, auquel se rendait le Général De Gaulle lors de l'attentat du Petit-Clamart qui faillit lui coûter la vie, est toujours là, les autoroutes urbaines se croisent et se recroisent tout près des Bois de Verrières. Il reste des forêts et des espaces verts, beaucoup plus que dans la plupart des "banlieues" de Paris, mais il est vrai de plus en plus morcellés par les routes et autres zones d'activité.
On en oublierait presque la présence du fameux "Centre Technique" devenu PSA, que l'on peut désormais identifier clairement en passant à proximité sur la Nationale 118, grâce à l'immense logo lumineux récemment installé. On peut également admirer "ADN", nouveau batiment ultra-moderne et ultra-secrèt qui regroupe désormais les équipes du "style" Peugeot Citroën. Renault installera son "Technocentre" à quelques kilomètres de là, à Guyancourt, et toute la zone s'étendant autour du plateau de Saclay a vu arriver petit à petit de nombreux laboratoires de recherches en tous genres, à tel point que l'on parle d'une "silicon valley" à la française.
Alors, où sont passée les terribles nuisances que l'on nous promettait ? Il n'en est rien : aucune pollution, aucun vacarme, si ce n'est l'atterrissage régulier des avions officiels sur la base aérienne 107, puis quelques minutes plus tard les sirènes hurlantes des convois accompagnant les ministres pressés...
Aujourd'hui, personne ne trouverait à redire à l'implantation de Citroën dans la région, bien au contraire, vu les milliers d'emplois et les retombées financières apportés par ce site. Non, décidément, ce n'est pas encore aujourd'hui que Citroën réveillera le terrible Vulcain...
Voici un bel article sur l'historique du Centre Technique de Vélizy !
Rédigé par: Guillaume | 12 juin 2006 à 15:10
Mercì pour le tres tres belle article !!!
Rue de Theàtre 48...Velizy...La Fertè-Vidame...Draguignan...
Les mémoires ne mourront jamais.
Vive l'Histoire de Citroen!
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Rédigé par: citron | 29 décembre 2006 à 18:15