Ce n'est pas une relation facile qu'entretient l'automobile avec son carburant préféré, celui issu du pétrole. En effet, depuis que les véhicules se meuvent sans l'aide de chevaux ou autres quadripèdes, nous essayons par tous les moyens de remplacer l'essence et le gasoil, issus de la transformation du pétrole, par d'autres carburants ou modes de propulsion. Le débat actuel sur les alternatives au pétrole, energie fossile et polluante, n'est pas nouveau, loin de là. Il est même né il y a bien longtemps, en même temps que l'automobile...
En effet, l'essence a eu fort à faire avant de réellement s'imposer, et ce jusqu'aux années 20. Sa distribution en bidons de 5 litres n'était pas très aisée. Elle était déjà lourdement taxée. La carburation des véhicules de l'époque n'était pas aussi efficace que nos injections modernes, et les véhicules à essence étaient souvent malodorants, répandant sur leur passage des fumées nauséabondes. On tenta donc de promouvoir d'autres energies pour l'automobile. Ce fut tout d'abord la vapeur qui, s'étant répandue avec succès au XIXème siècle dans les transports fluviaux et ferroviaires, fut choisie.
On peut admirer par exemple la superbe Amédée Bollée "La Mancelle", reproduite ci-contre, bel exemple de véhicule à vapeur dont on distingue nettement la chaudière derrière les passagers. Mais ce type de propulsion avait un inconvénient de taille : impssible de partir avant un long moment d'attente lié à la montée en température et en pression de la chaudière : à déconseiller si vous êtes pressés...L'électricité était quant à elle considérée par beaucoup comme LA solution d'avenir. En 1898 l' Automobile Club de France organisait un concours de fiacres automobiles : sur les 13 véhicules engagés, 12 étaient électriques.
La voiture de records "Jamais Contente" (illustration) fut également la première à dépasser les 100 km/h, et son mode de propulsion était électrique. L'électrique était vanté pour ses qualités : pas de bruit ni de fumées nauséabondes. Quelques constructeurs y crurent dur comme fer : on peut citer par exemple la maison Lohner, en Autriche, pour lequel un jeune ingénieur prometteur dénommé Ferdinant Porsche conçut un modèle motorisé par 4 moteurs électriques (un dans chaque roue).
La propulsion électrique fut longtemps considérée comme prometteuse, très longtemps même...mais elle n'a jamais connu le succès qu'on lui a promis depuis que l'automobile existe. Problème d'autonomie, poids et coût des batteries...alors que l'essence c'est si facile : pourquoi se compliquer la vie ? Et de fait, on ne comptait qu'un bon millier de véhicules électriques au début des années 40, et guère plus après, dans des domaines limités : camionnettes de livraison de proximité, trolleybus, et quelques voiturettes...
On testa aussi l'alcool entre les deux guerres. En effet, il avait l'immense avantage d'être produit en France, alors que l'essence était "issue du sol étranger". Ne riez pas, car à l'époque, c'était un motif valable...Le journaliste vedette de l'époque, Baudry de Saunier, devint même l'ambassadeur des caburants à base d'alcool qui avait l'immense avantage de pouvoir être produit même à partir des terres les plus pauvres, et aussi bien au Nord par les producteurs de betteraves que par les viticulteurs du Sud. Il écrivit un plaidoyer en faveur de ce carburant "sa Majesté l'alcool", où il démontra son immense supériorité sur l' essence. Le ministère de l'agriculture organisa quant à lui le concours de l'alcool, épreuve d'environ 100 km réservée aux véhicules fonctionnant à ce que nous appellons aujourd'hui tout simplement...l'Ethanol !
Encore un fois, c'est l'échec face à l'essence maintes fois rejetée mais finalement ...essentielle.
L'exemple le plus significatif de réflexion sur les carburants alternatifs doit être recherché non pas aujourd'hui mais il y a presque 70 ans, pendant la guerre de 39-45, et pour cause : cette fois-ci, à la différence du début de siècle et de notre époque, il y avait vraiment pénurie d'essence : la recherche de carburants alternatifs était obligatoire. Et, vous allez le constater, les solutions proposées furent nombreuses, à défaut d'être toutes efficaces.
Je suis tombé il y a quelques mois par hasard (est-ce vraiment un hasard puisque je cherche ? mais bon...) sur un numéro spécial automobile et bicyclette du magazine "L'Illustration", sorte de Paris-Match avant l'heure que vous connaissez certainement pour ses publicités d'époque maintes fois reproduites...Date de la parution : octobre 40. La débacle des armées françaises est encore toute fraiche, mais la vie continue. On y voit encore quelques publicités pour les bas DD ou encore le Cointreau, mais on sent bien transparaitre le début d'années bien douloureuses...L'Illustration informe ses lecteurs de la reprise de ses expéditions mais précise que désormais celles-ci seraient différenciées entre zone libre et occupée. Triste époque...
En page 4 et 5, l' "Echo des Nouveautés" compile un certain nombre de ce que nous appellons aujourd'hui "publi-rédactionnels" qui témoignent mieux que de longs discours sur ce climat ambiant.
A côté des isolants pour fenêtres permettant "le confort avec un chauffage minimum", de la nouvelle carte d'identité infalsifiable pour travailleurs afin qu'il n'y ait "plus d'élément suspect dans nos usines", on trouve de nombreuses "réclames" liées à la pénurie d'essence, un phénomène récent : les Fours Trihan et Fils vantent leur maîtrise de la fabrication du charbon de bois, les fabricants de galeries de toit proposent des modèles spéciaux "bouteilles de gaz et gazogènes", Fulmen nous ressert la Jamais Contente, parce que celle-ci est électrique, Westinghouse présente un chargeur spécial pour véhicules électriques, et Dupré-Perrin une remorque pour vélos de "80 kg de charge utile"...Renault ne présente plus ses voitures mais ses "gazogènes, camions, tracteurs, groupes électrogènes", Zenith propose des carburateurs spéciaux "Alcool, Acétylène, et gaz de gazogène".Bref, en quelques mois, la France s'organise pour parer à ce manque d'essence.
Les articles qui suivent sont particulièrement intéressants. Ils mettent en avant toutes les solutions
qui existent pour faire face à cette situation : réhabilitation de la bicyclette qui devient LE mode de transport urbain par excellence, et développement des cyclo-remorques en tous genres, définition d'un "ordre nouveau" face à la raréfaction de l'essence, avec en particulier le développement de carburants alternatifs comme l'alcool (encore lui), qui "pourrait permettre à la France de se passer d'essence d'importation", le gaz, et biensur l'électrique,
pour laquelle on prévoyait même la sortie d'un véhicule de tourisme tout électrique qui se rechargerait par l'intermédiaire d'une simple prise de courant chez soi, qui serait petite et économique et "dont le silence et l'absence de gaz brulés constitueraient un progrès immense".
Tout cela rappelle étonamment ce que nous pouvons lire et entendre actuellement face aux prophéties en tous genres sur la fin de l'ère pétrole. Car c'est un fait, le pétrole et l'automobile s'attirent et se repoussent en permanence, comme si l'automobile, depuis sa naissance, disait à celui qui la "nourrit" : "tu vois, tu crois que j'ai besoin de toi pour avancer mais un jour je réussirai à me passer de toi". L'automobile est née avec le pétrole mais pas grâce à ce dernier. Et elle ne mourra pas avec sa disparition...qu'on se le dise.
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