J'ai parfois presque envie de sourire (même si le sujet est on ne peut plus sérieux et grave) lorsque je vois l'emballement médiatique actuel au sujet de la pénurie touchant l'énergie et les matières premières. Avons-nous la mémoire si courte ? L'homme a une fâcheuse tendance à oublier d'apprendre de son histoire, récente ou non. Le problème de l'énergie et des ressources semble tout à coup être brûlant, il n'est pourtant pas nouveau. J'ai lu il y a peu un ouvrage de J.A. Grégoire, ingénieur automobile et inventeur français, écrit en 1974 et intitulé : "l'automobile de la pénurie".
Grégoire est un personnage bien connu des amateurs d'automobiles anciennes, il conçut plusieurs modèles innovants, fut un des précurseurs de la Traction-Avant, de la carrosserie aérodynamique, de la propulsion électrique. Il écrivit plusieurs ouvrages fort instructifs sur l'automobile dont celui-ci, où il livre ses réflexions juste après le premier choc pétrolier de 73.
Autant certains ouvrages tentant de prédire ou d'extrapoler du présent ce qui va se passer dans les 30 à 50 prochaines années relèvent parfois de la pure science-fiction, autant celui-ci est frappant de réalisme et pourrait presque avoir été écrit aujourd'hui. En voici quelques extraits choisis, ainsi que les réflexions qu'il m'a inspirées :
"Aujourd'hui, le problème majeur de l'ingénieur automobile est d'économiser le pétrole et plus généralement l'énergie dans l'utilisation des voitures qu'il conçoit. Il doit connaître en conséquence les consommations d'énergie et les réserves dans le monde pour ajuster son effort à la pénurie."
"On se souvient du tollé que souleva en 1972 le premier rapport du Club de Rome dirigé par Denis Meadows et intitulé "halte à la croissance".[...] Il eut toutefois l'inestimable mérite d'attirer l'attention des gens raisonnables sur le fait que nous vivions dans un monde fini (fini, par opposition à infini, ndlr) aux ressources limitées."
1. Des ressources mais pour qui ?
On voit bien ici que la préoccupation principale est celle des ressources énergétiques que nous brûlons sans retenue. Nous avions progressivement oublié depuis le premier choc pétrolier que nos ressources en matières premières étaient limitées. Aujourd'hui, la brusque montée en puissance de la Chine nous remet face à cette problématique.
Les pays occidentaux pensaient peut-être avec un peu de naïveté, volontaire ou non, que nous pourrions utiliser les ressources et la main d'oeuvre chinoise au service de notre croissance et de notre niveau de vie sans autre conséquence...Mais pour produire, la Chine consomme, et consomme beaucoup : plus que ce que nous imaginions. Par exemple, il y a encore quelques années, nous pensions que les émissions de gaz à effet de serre de la Chine rattraperaient celles des Etats-Unis en 2025. Puis, il y a quelques mois, on évoqua 2010. Et finalement, on se rend compte que c'est cette vraisemblablement cette année que la Chine deviendra le premier pays émetteur de GES...Eh oui, la Chine est certes l'usine du monde, mais c'est aussi un pays d' 1,3 milliards d'habitants qui aimerait consommer comme nous. Automobiles, équipement ménager, logement, etc... : de quel droit leur dirions nous aujourd'hui que c'est impossible, alors que jusqu'à présent, ça l'a été pour les pays occidentaux ? Et après la Chine, il y a l'Inde qui se profile à l'horizon...on voit bien que le relatif équilibre consommation/ressources actuel reposait en fait sur un déséquilibre structurel, qui apparaît au grand jour aujourd'hui mais que Grégoire, lucide, évoquait déjà en 1973 :
"S'il faut toujours plus d'énergie pour permettre aux pays riches de vivre mieux, il en faut aussi plus aux populations pauvres pour cultiver la terre, se transporter, se vêtir, s'éclairer. [...] Les experts du dernier rapport du club de Rome réclament à juste titre une révolution dans l'attitude des pays développés. Toutes les nations du monde, qu'on le veuille ou non, sont solidaires. Peut-on concevoir l'apocalypse dans certaines régions du monde et l'abondance et le confort dans d'autres ? "
2. La menace environnementale et le catastrophisme ambiant
Le problème énergétique est donc revenu brutalement sous les feux de l'actualité, sous l'effet de la croissance mondiale, de l'émergence de nouveaux marchés, mais aussi de nouveaux débouchés qui modifient le fragile équilibre offre/demande (par exemple la montée en puissance des biocarburants qui crée une nouvelle pression sur les prix des matières premières agricoles comme le maïs...). L'histoire semble donc se répéter sans que nous ayons tiré les leçons du passé. Elle se répète mais avec une dimension nouvelle qui était presque inexistante il y a 35 ans, celle de l'environnement. En 1973, nous parlions de pénurie de ressources et de déséquilibre Nord-Sud, mais personne n'évoquait le problème de l'environnement. Or, il semble de plus en plus probable que non seulement nous consommons nos ressources sans retenue mais qu'en plus nous menaçons notre planète et mettons en danger l'existence même de nos générations futures. C'est une nouvelle donne de dimension mondiale, qui dépasse les frontières et les politiques d'intérêt nationales, et face à laquelle nous semblons bien désemparés.
Alors, comment réagir, quelle attitude adopter face à ce problème d'une complexité extrème ? Faut-il voir l'avenir en noir ou bien peut-on relever ce nouveau défi qui concerne l'humanité toute entière ?
La tendance actuelle est malheureusement au catastrophisme sensationnel. En effet, nous lisons ou entendons partout le même discours de fin du monde, relayé par un journalisme qui s'est trouvé une nouvelle cause à mettre en scène. Pas une journée ne passe sans un papier ou un reportage mettant en avant un exemple destiné à frapper les esprits. Le réchauffement climatique est partout, servi à toutes les sauces : je regardais hier soir le journal télévisé : le Mont-blanc fait désormais 4810 mètres : encore un effet du réchauffement climatique (véridique !). Les vaches émettent des GES : qu'attend le gouvernement pour interdire la côte de boeuf d'un kilo, "dont la production émet autant de GES qu'un trajet de 100 Km en voiture"...Bref, la tentation est grande de dire n'importe quoi, du moment qu'on est écouté, au risque de passer à côté des vrais enjeux. Les médias raffolent du catastrophisme ambiant qui, semble-t-il fait vendre, alors...pourquoi se gêner. Malheureusement, ce ne sont souvent pas ceux qui parlent le plus fort qui ont raison...
3. Rétablir la vérité et...agir
Je suis profondément concerné par ma planète ainsi que par les problématiques environnementales. Mais je ne suis pas prêt à écouter n'importe quoi. Surtout, je
pense que les attaques frontales envers l'industrie, et celle dont je fais partie, l'automobile, ont quelque chose de suicidaire. Je peux vous en parler de cette industrie, parce que je crois bien la connaître. Il est de bon ton de la montrer du doigt, de la critiquer, de l'affubler de tous les maux. Avons-nous récemment entendu ou vu un sujet sur le progrès automobile sur les thèmes environnementaux ou sur le progrès de la sécurité ? A ma connaissance, aucun, ou presque. Par contre, dès qu'une initiative anti-voiture est prise, elle est mise en avant et fait l'objet d'une couverture médiatique impressionnante.
Sait-on quels progrès ont été réalisés
par l'industrie automobile depuis 20 ans ? Voici quelques informations synthétiques à ce sujet : tout d'abord, arrêtons de ne parler que de CO2, ce n'est pas un polluant de l'air, seule sa concentration est un problème. Parlons aussi des principales émissions polluantes générées par le secteur des transports : le monoxyde de carbone (CO), le monoxyde d'azote (NO), les composés organiques volatils (COV) aussi appelés hydrocarbures imbrûlés (HC)dans les gaz d'échappement, le dioxyde de souffre (SO2) et enfn les particules (PM). Les émissions de monoxyde de
carbone, par exemple, ont été divisées par trois en 10 ans. Il en est de même pour les émissions d'oxydes d'azote, ou encore des particules. Les normes qui s'appliquent aux véhicules neufs et que suivent tous les constructeurs automobiles sont peu connues du grand public, et pourtant...entre Euro 0 (1989) et Euro 4 (2006), les émissions HC+NOx ont baissé de 88% pour les véhicules diesel, de 93% pour les véhicules essence, et les particules des poids lourds ont baissé de 86%. L'air des villes est beaucoup plus respirable aujourd'hui qu'il y a 20 ans, n'en déplaise aux annonciateurs de catastrophes. Reportez vous aux graphes qui illustrent cette note, ils parlent d'eux-mêmes, et permettent de rétablir une vérité trop souvent méconnue.
4. Pour un vrai développement durable
Ce que j'ai écrit sur l'industrie automobile est applicable à beaucoup d'autres secteurs. Je suis de ceux qui croient que la critique gratuite ou le rejet du progrès ne mèneront nulle part. Je suis convaincu que l'économique et le politique doivent travailler main dans la main pour un vrai développement. L'économique, n'en déplaise à certains, permet à tous de se nourrir, de se loger, de se déplacer, et bien plus encore...Remettre en cause notre développement économique est peut-être séduisant sur le papier pour certains idéologues coupés de la réalité, mais totalement irréaliste et surtout dangereux. En revanche, travailler à faire en sorte que ce développement soit durable, là est le vrai défi. Je rappelle la définition du développement durable :
«C’est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs» (rapport Brundtland, du nom du Premier ministre norvégien, publié par les Nations unies en 1987). Le processus vise à concilier l’écologique, l’économique et le social, en établissant une sorte de cercle « vertueux » entre ces trois piliers.
(Source : Développement durable, quels enjeux géographiques, Documentation photographique n° 8053, 2006)
L' économique est bien une des trois composantes du développement durable, ne l'oublions pas.
L'industrie européenne est beaucoup plus responsable qu'on voudrait le faire entendre. Sait-on combien coûteraient certains biens que nous importons de Chine par exemple, si ils avaient été fabriqués avec les mêmes exigences qu'en Europe ? Notre compétitivité serait bien meilleure si les règles environnementales à respecter étaient les mêmes pour tout le monde !
Poussée et aidée par le pouvoir politique national et aussi surtout européen, notre industrie travaille pour résoudre les problématiques environnementales complexes qui se présentent. L’automobile, en permanence sous les feux de la rampe, n'est pas en reste. Les constructeurs ont tous démarré des recherches longues et coûteuses afin de relever les défis de demain. Les pistes et résultats sont prometteurs : j'écrirai dans quelques semaines une note consacrée à ce sujet, et vous serez surpris.
5. Pour conclure
Je terminerai cette note un peu plus grave que d'habitude par un coup de gueule : de grâce, arrêtons ce catastrophisme permanent, arrêtons de miner le moral des hommes, des femmes, des enfants en rabachant à longueur de journée que l'avenir sera noir, incertain, que tous les malheurs nous attendent. J'entendais à la radio la semaine dernière le résultat d'une grande étude sur les enfants : ils sont déprimés, anxieux : leur moral est au plus bas depuis 40 ans ; mettons nous à leur place : ils entendent à longueur de journée que tout est dangereux, que l'humanité va à sa perte, que la société a tout faux...ne pouvons nous pas simplement tourner cela en positif, prendre conscience de ce qui est nécessaire et agir au lieu de saper le moral de tous ? Avons-nous finalement encore le droit d'être heureux, de croire en l'avenir...de vivre, tout simplement ?
C'est très intéressant... et il est vrai que seule l'industrie de l'automobile déploit une telle énergie pour la réduction des emissions de gazs. Pointer du doigt le seul automobiliste, est purement démogogique et implique un débat quasi-inutile. Ce n'es pas de l'écologie.
En tous les cas, l'industrie automobile a produit un effort suffisant, et elle le poursuit ! alors que d'autres secteurs très polluant, sont libre de tout!
Nous devons toutefois nous séparer doucement des energies fossiles. Pour la pollution biensûr, pour notre indépendance energétique aussi, mais surtout : que dire d'une société qui ne parvient à se développer, qu'en usant des ressources limitées ?
Avons nous cette volonté ? Sommes-nous assez fort, pour en convaincre les pays "émergeants" ?
Tout est possible.
Rédigé par: Matthieu | 18 octobre 2007 à 19:28
très bien, cet article..il serait temps d'arrêter la scizophrénie ambiante. Il faudrait aussi que la presse, la radio et la télévision arrêtent de raconter n'importe quoi sur tout, d'autant que le n'importe quoi devient rapidement parole d'évangile. les exemples sont nombreux dans tous les domaines, et pas seulement dans l'automobile. Après, on s'étonnera que le moral des jeunes soit au plus bas...Il est vrai que lorsque l'on voit comme en ce moment des pubs pour le Renault Scénic qui vantent uniquement les faibles émissions de CO2, ça fait terriblement rêver, on a tout de suite envie de l'acheter.... Même les constructeurs s'autocensurent violemment !
Rédigé par: gérard guérit | 23 novembre 2007 à 12:19