Oui, très exactement 50 ans ! Un anniversaire, ça se fête dignement...heu, même si il s'agit d'une voiture ?
Oui Môssieur, une DS, que dis-je, ma DS qui a 50 ans, ça mérite un hommage, et quand on sait comme moi que cette DS est dans une forme olympique, qu'elle roule (presque) comme une neuve, alors là, vraiment, cette vieille dame mérite le respect...et d'ailleurs, 50 ans pour une voiture, est-ce vraiment si vieux...? A en croire les primes à la casse que l'on voit fleurir pour un véhicule ayant passé ses 10 ans, voire ses 7 ans, alors, oui, sans hésiter nous pouvons le dire : 50 ans, c'est un âge CA-NO-NI-QUE...
C'est vrai qu'à son âge, ce n'est plus ce qu'on appelle une jeunette : rien qu'à la voir, on imagine bien qu'elle a connu la gloire à une autre époque, une époque où les canons de la beauté automobile n'étaient pas ceux d'aujourd'hui. Sa robe noire est sobre et discrète, mais son toit turquoise nous rappelle que sous cette apparence très sobre se cache une originale, une vraie...
Son histoire est aussi limpide que son liquide hydraulique : achetée neuve par un entrepreneur de Livry-Gargan, elle fait près de 40.000 km pendant les 3 premières années de son existence. Puis son propriétaire meurt et, inconsolable, elle restera de très longues années endormie au fond d'un garage, jusqu'à ce qu'un acheteur l'emporte au début des années 80 pour une bouchée de pain. Direction Pommeuse, en Seine-et-Marne, et retour sur la route. Mais l'hydraulique est comme un muscle : une longue période d'inactivité n'est jamais bonne. Elle se révèle capricieuse et fait régulièrement le coup de la fuite à son nouveau propriétaire. Celui-ci s'en séparera au début des années 90, et notre pré-retraitée va partir très loin, en Hollande, pour se faire bichonner par un amoureux du modèle qui va décider de lui redonner les artères de ses 20 ans. L'hydraulique va en effet être totalement remis à neuf : pompes, joints, et autres raccords...une seconde jeunesse, vous dis-je...
Les années passent, ma DS roule régulièrement et va sur ses 70.000 km. Notre docteur hollandais n'ayant désormais plus grand chose à soigner, il se sépare de notre Grand-mère, et c'est votre serviteur ici présent qui et fait l'acquisition, et qui, depuis maintenant trois ans, tente de faire en sorte qu'elle puisse encore longtemps parcourir les routes nationales qu'elle aime tant...
Les années 57-58
Sortie de chaîne fin 57, notre DS s'inscrit dans un paysage automobile de fin de pénurie faisant la part belle à la production française, qui va pour la première fois dépasser le million d'exemplaires : 187.926 exemplaires de Dauphine sortiront ainsi de chaîne, 137.775 Simca Aronde, 107.251 Citroën 2 CV, 91.278 Peugeot 403, 71.068 Renault 4 CV, 37.991 Dyna et seulement 28.593 ID-DS : notre DS est un modèle haut de gamme, et la montée en cadence à la fin de l'année 57 n'est pas encore terminée. Ce n'est que bien plus tard que la production de la DS va atteindre et même dépasser largement les 100.000 exemplaires par an.
Les années 57-58 sont marquées par un bel élan d'optimisme : en effet, le marché intérieur connaît une croissance forte d'environ 10% par an. La France rencontre aussi de beaux succès à l'exportation, en particulier sur les marchés suisse et belge. Renault se lance sur le marché américain, et y rencontrera un succès certain...avant une brusque descente aux enfers. Il en sera de même de Citroën, comme nous l'avons déjà évoqué précédemment sur ce site (voir Citroën, la tentation américaine ).
Citroën vient tout juste d'arrêter la production de la Traction Avant, qui tire sa révérence après 22 ans de succès. La 2 CV représente plus de 70 % des ventes, la DS monte en puissance, après des débuts marqués par une fiabilité aléatoire. On annonce un grand succès pour l'ID, qui devrait vite devenir une DS à boîte de vitesses mécanique.
Panhard se rapproche de Citroën, et la Dyna devient, après des modifications visant à fiabiliser et à assagir le modèle, une remplaçante désignée pour la Traction 11 légère, enfin, c'est ce qu'on croit savoir dans la presse de l'époque...
Peugeot mise sur la 403, qui connaît un grand succès. C'est en effet une "anti-DS", avec sa conception traditionnelle et...fiable.
Renault est le premier de tous les constructeurs français. C'est une entreprise toute puissante, qui produit 265.522 véhicules en 1957. Détenue par l'Etat, la Régie nationale ne cessera de se développer, et finira par faire très mal à l'ex-numéro 1 au milieu des années 60. Le PDG de Citroën aura beau crier à la concurrence déloyale, rien n'y fera : Renault deviendra vite le champion de l'innovation et ses modèles feront beaucoup d'ombre aux productions de Javel.
Simca connaît à la fin des années 50 un grand succès en France : les modèles sont attractifs, la gamme évolue rapidement, un peu comme aux Etats-Unis, avec des modèles clairement inspirés des productions de Détroit : Versailles, Chambord, Marly ou Présidence seront longtemps les véhicules favoris d'une certaine bourgeoisie française...
En dehors de ces champions nationaux, rien, ou presque : Vespa vend 1.000 unités par mois de son modèle 400 très économique destiné à une clientèle modeste. Facel Vega vend ses prestigieux modèles aux grands de ce monde, les étrangères font de timides apparitions : BMW Isetta, Fiat 500, fameux pots de yahourt bon marchés, ou à l'inverse quelques belles allemandes et italiennes comme Mercedes ou Alfa destinées à une tout autre catégorie sociale.
Voici donc en quelques lignes le paysage automobile qu'a rencontré notre DS pour ses premiers tours de roues.
Terminons ce panorama des années 57-58 par les faits ayant marqué l'actualité.
"Ma" DS a été immatriculée le 3 janvier 58. Le premier propriétaire a certainement attendu quelques jours : une "58", c'est toujours mieux qu'une "57", non ? Le lendemain samedi 4 janvier 58, paraissait le numéro 456 de Paris Match, avec en couverture la Princesse de Kent. L'actualité est bien maigre en ce début 58. On y apprend que Jayne Mansfied a épousé M. Univers, que le Clémenceau, futur porte-avion bien connu, fut mis à flot, qu'une grève à la RTF priva les téléspectateurs de programme de Noël. On s'inquiète de la crise aux Etats-Unis, après une année 57 marquée par la chute de la production industrielle et de Wall Street.
En France, on s'extasie devant la hausse des ventes de disques (1.600.000 - +100% par rapport à 1956), de l'alimentation et de la confiserie (+15%). On nous dit que le cadeau en vogue est le moulin à café électrique (!), que bientôt, une ligne Paris-Tripoli va voir le jour mais que les pourparlers avec les Etats-Unis pour la création d'une ligne Paris-San Francisco n'ont pas abouti, que Renault bat VW avec la Dauphine dans 12 Etats américains et enfin qu'une machine à calculer miniature de 60 kg équipera bientôt les avions de chasse...
Rien ne semble annoncer de changement majeur. Pourtant, de profonds bouleversements couvent dans cette France glorieuse des années 50. La situation en Algérie se détériore mois après mois. De Gaulle effectuera son retour triomphal en mai et fondera rapidement la 5ème république. Le 28 septembre 58, 80% des Français approuvent la nouvelle constitution par Référendum. L'été 58 est marqué par la Coupe du monde de football, organisée et remportée par la Suède. La France échoue en demi-finale mais marque les esprits grâce au trio extraordinaire que forment Fontaine, Kopa et Piantoni. Fangio prend sa retraite après 10 ans de compétition et
80 victoires. Le Pape Pie XII meurt le 9 octobre et laisse la place à Jean XXIII.
La Guerre froide bat son plein et le monde s'organise autour des deux pôles que constituent l'Est et l'Ouest. La France prend entre 58 et 68 des décisions importantes au sujet de sa politique énergétique, industrielle et de ses infrastructures. Les autoroutes, trains, avions, aéroports et autres centrales nucléaires qui façonnent encore aujourd'hui notre vie quotidienne en sont les résultats directs.
Ah si ma DS avait une âme, si elle pouvait parler, raconter toutes ces années, elle en aurait des choses à dire. Mais une voiture peut-elle avoir une âme ? Peut-être...Ou n'a -t-elle qu'une âme à travers celui qui la regarde, qui la conduit, qui y voyage...assurément, et c'est pour cela qu'on y est tant attaché : alors, bon anniversaire ! Et à dans 50 ans, j'espère...
c'est amusant, lorsque l'on peut connaître l'historique d'une voiture ancienne. Ma DS n'a que 45 ans ( une gamine ! ). Elle fut pendant les cinq prmières années de sa vie la voiture de fonction du PDG de Tubauto, société qui existe toujours. SOn immatriculation: 3000 NM 75 sent le piston !Elle parcourt ainsi un peu moins de 50000 kms en cinq ans, puis elle elle revendue à un ingénieur de SGE ( entreprise du BTP )qui la revend en 1974 pour racheter une R 16 TX plus moderne. Ensuite...mystère jusqu'à la fin des années quatre vingt dix, ou elle est rachetée et partiellement restaurée par un collectionneur
Elle a plutôt bien traversé le poids des ans, et fait très "gaulliène" avec son ancien avant et sa livrée noire. Il ne manque plus que les drapeaux bleu/blanc/rouge !
Rédigé par: gérard guérit | 03 janvier 2008 à 21:57