La marque Citroën vient de fêter ses 90 ans. Un anniversaire célébré comme il se doit par des Chevrons en grande forme qui n'ont désormais plus peur de renouer avec un passé prestigieux. 90 années de défis, d'aventures, de succès mais aussi parfois d'échecs, de prouesses technologies, de style souvent marquant mais aussi parfois déroutant. 90 années riches en exploits sportifs, en records en tous genres. 90 années pendant lesquelles la marque mobilise autour d'elle des ingénieurs, des ouvriers, mais aussi un réseau de distribution, des vendeurs, des techniciens, des concessionnaires sans qui Citroën n'aurait jamais connu un tel développement en France et aux quatre coins du monde...
Arrêtons nous un instant sur les concessionnaires qui ont accompagné la marque depuis ses débuts, de 1919 à aujourd'hui. Combien en reste-t-il ? Le recensement est en cours, mais le chiffre est vraisemblablement compris entre 5 et 10 : Ils ont signé un contrat d'exclusivité en 1919 ou en 1920 avec un jeune constructeur qui n'avait à l'époque que quelques mois d'existence.
C'est l'un d'entre eux qui a accepté d'ouvrir son album de souvenirs et dont je vous livre le témoignage émouvant dans les lignes qui vont suivre. Le Garage Bonnet d'Aubenas a une histoire aussi limpide que la rivière Ardèche qui coule à quelques encablures. François Bonnet a signé son premier contrat avec Citroën en février 1920, à l'âge de 20 ans ! Son neveu, Gustave Dumas, rentre au garage le 2 octobre 1954, en devient PDG en 1966 et ne le quittera plus jusqu'à ce que son fils, François Dumas ne lui succède en 1992 à la tête de Dumas auto...
J'ai rencontré longuement Gustave Dumas ainsi que son fils François au mois d'octobre dernier. J'étais accompagné par José Menon, concessionnaire à Pithiviers et Fontainebleau et je dois dire que nous sommes repartis d'Aubenas avec l'impression d'avoir partagé un moment d'histoire et d'émotion. La conversation que nous avons eue avec Gustave Dumas nous a permis de revivre en accéléré 90 années d'engagement autant personnel que professionnel auprès de la marque aux Chevrons, un engagement qui ressemble même à une vocation tant l'histoire commune vécue avec la marque a été forte, tant la volonté de réussite et de professionnalisme pour l'accompagner sur le terrain reste vivace chez cet homme de bientôt 80 ans. Gustave Dumas n'a d'ailleurs rien perdu de sa vivacité d'esprit et de sa faculté d'analyse et pourrait presque repartir travailler à la concession dès demain si il en avait l'occasion...!
C'est ce témoignage que je vous propose de partager dans les lignes qui vous suivre, témoignage précédé d''un court historique du Garage Bonnet, rédigé par Gustave Dumas...
Première partie : historique du garage Bonnet
C'est en 1836, que Prosper Bonnet et son frère François, natifs de Voiron, s'établissent à Aubenas, comme carrossiers pour voitures à chevaux. En 1872, Prosper, (le fils de Prosper !) achète un terrain Avenue de la Liberté où il construit un atelier pour fabriquer des charrettes et se spécialiser dans les « camions » à quatre roues destinés à transporter les eaux minérales de Vals à Labégude. C'est le début de l'électricité ; il installe une génératrice entraînée par un moteur au charbon (gaz pauvre) et alimente le quartier ainsi que la fabrique de cartes postales Artige. Dans les années 1900, Prosper Bonnet comprend que l'avenir est à l'automobile, aussi entreprend-il de carrosser les premiers châssis de voitures et d'autobus. A cette époque, les voitures étaient livrées en châssis : chaque client choisissait sa carrosserie. Il s'intéresse ainsi à la vente de véhicules et représente plusieurs marques dont Peugeot.
Le 2 août 1914, il est mobilisé et affecté chez Berliet à Vénissieux pour réceptionner des véhicules pour l'armée, entre autres le fameux CBA de
la « voie sacrée. » Le 13 février 1915, il meurt des suites d'un accident de la route près de Lyon. François Bonnet
avait alors 15 ans. Enfant unique, il est le fils de Marie d'Abrigeon qui va
assurer la survie de l'entreprise en attendant que son fils soit en âge de s'en occuper. En 1920, un an après les débuts de Citroën, Mme Bonnet signe un contrat avec la marque aux
chevrons. En 1923,
alors qu'il a 23 ans, François Bonnet paraphe son premier contrat avec André
Citroën en personne.
1939. C'est la guerre et un an plus tard, les Allemands arrivent à Aubenas où ils réquisitionnent l'hôpital de Boisvignal et le garage Bonnet. Heureusement, comme ils n'ont pas beaucoup de véhicules, ils laissent à François Bonnet la possibilité de travailler ; seule une sentinelle armée montait la garde à l'angle de la galerie. Les ventes étant arrêtées, l'activité s'orienta vers le montage et l'entretien des gazogènes au bois ou charbon de bois à l'acétylène. Pour compléter son activité, François Bonnet se lance dans le transport avec 2 camions à benne P 32 et avec 2 taxis Rosalie Familiales. Il assure pour les PTT l'acheminement du courrier sur Valence.
1954. François Bonnet cherchait un collaborateur, de préférence dans sa famille. Il propose à son neveu, Gustave Dumas, de rentrer au garage...
Gustave Dumas : "J'ai rapidement compris que j'avais trouvé ma voie. Le 2 octobre 1954, je suis arrivé à 7h30 du matin pour travailler. En entrant, je croise le maréchal ferrant Trémolière qui avait son atelier contre le garage. Je lui confie que j'allais travailler avec François Bonnet! Il me dit : « Tu ne resteras pas 48h ! » En fait, je me suis très bien entendu avec François Bonnet, qui m'a très vite donné des responsabilités. La semaine commençait le lundi à 8 heures jusqu'au samedi 19h00. Nous avions 15 jours de congés payés par an. Chaque semaine, j'allais aider les agents à Privas, au Pouzin, St Sauveur de Montagut, Villeneuve, Les Vans, St Paul le Jeune, Ruoms, Vallon, Largentière. Dès 1956, nos résultats furent dans les meilleurs de la DR de Marseille...
En 1960, je démarrais la location courte durée et quelques temps après la longue durée avec notre client Rampa (travaux publics) au Pouzin. Durant cette période nous avons été concessionnaires Panhard, Autobianchi, Berliet (gamme basse). François Bonnet était souvent absent. Ensemble, nous allions à Paris assister à des réunions et, souvent munis de boîtes de marrons glacés, nous en profitions pour récupérer des véhicules. Les Ets Moncassin, rue de Javel, étaient notre transitaire et nous expédiait les véhicules en gare d'Aubenas. Nous revenions toujours de Paris avec des voitures neuves et, puisque l'autoroute n'existait pas, nous faisions étape dans des restaurants renommés.
En 1960, nous avons créé la société garage Bonnet SA. François Bonnet était PDG et moi le directeur général.
En 1963, nous avons acheté très cher 10500 m2 sur la RN 102 avec 220 m de façade ce qui nous a permis de construire un nouveau garage et une station service dont j'avais besoin pour financer les travaux. Le 17 juillet 1966, François Bonnet prenant sa retraite, je fus nommé PDG et par la suite concessionnaire. J'étais donc investi de toutes les responsabilités de l'entreprise rebaptisée peu après "Dumas auto".
Je désirais un garage moderne et
fonctionnel et malgré des finances
modestes, j'ai réussi mon opération. Nous avons travaillé pendant 2 ans sur les plans avec le
service d'architecture de Citroën et le cabinet Abeillon et Marguet. Ce fut un succès car il était le mieux équipé et le plus grand de la région ; nous avions choisi les solutions les plus modernes comme, par
exemple, la première machine à laver les
voitures.
Le 22 octobre 1969, l'inauguration eut lieu en présence du directeur commercial de Citroën (Mr Roché) et du président du groupement des concessionnaires, Mr Lauvergnat de Châteauroux. Notre effectif était de 43 personnes dont 2 secrétaires et le comptable qui faisaient toute la comptabilité et les facturations. Ce n'est qu'en 1955 que nous avons acheté d'occasion une additionneuse Thales à manivelle ; en 1958, les machines 4 opérations
électriques arrivent !
En 1966, j'ai remplacé
Paul Tarrot d'Avignon au comité des concessionnaires à Paris, jusqu'à ma retraite. Je représentais la direction régionale de Marseille avec mon ami Jammes de Montpellier. A la fin des années 70 les affaires étaient difficiles du fait que
Citroën ne sortait pas de nouveaux modèles. J'ai malheureusement dû licencier 10
personnes. J'ai été passionné par mon métier et ses
diverses activités ; Je pense avoir apporté ma pierre à notre
entreprise. Le garage Bonnet fut le premier garage digne de ce nom à Aubenas et il est actuellement avec Dumas
auto, l'une des plus anciennes concessions Citroën de France. Notre contrat porte le N° 60, ce qui
correspond à l'ordre d'arrivée chez Citroën; madame Prosper Bonnet fut en 1919 une des premières concessionnaires Citroën. Passionné par la marque aux chevrons, je suis l'un des rares à avoir collectionné les modèles de la marque jusqu'en 1960 ainsi que les affiches et prospectus depuis 1955. J'ai aussi rassemblé la majorité des livres se rapportant à ce génie de l'automobile qui en deuxième prénom s'appelait Gustave !"
Gustave Bonnet
Reportage passionnant. Merci de nous avoir fait partager cet agréable moment.
Rédigé par : DS4ever | 26 novembre 2009 à 09:51